mercredi 19 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2100994 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | ZOLEKO TSANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 février 2021, M. D B, représenté par Me Zoleko, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 décembre 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour du 11 décembre 2020 ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dès la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à son profit, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, en cas d'attribution de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme au profit de son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, celui-ci déclarant renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Holzer, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique du 28 septembre 2022.
Les parties n'étaient présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant de nationalité comorienne, né en 1978, est entré en France, selon ses déclarations, en mars 2016. Il a sollicité, le 11 décembre 2020, son admission exceptionnelle au séjour auprès du préfet des Alpes-Maritimes lequel a refusé sa demande par une décision du 21 décembre 2020. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, le requérant soutient que l'arrêté attaqué n'a pas été signé par le préfet et qu'en l'absence de publication d'une délégation de signature, l'auteur de l'arrêté doit être considéré comme incompétent. Cependant, par l'article 3 de l'arrêté n° 2020-323 publié régulièrement le 19 mai 2020 au recueil spécial des actes administratifs n° 106.2020, accessible tant aux juges qu'aux parties, le préfet des Alpes-Maritimes a accordé une délégation permanente de signature à M. C A, signataire de l'arrêté attaqué, pour les actes et documents relevant du domaine de compétence de la direction de la réglementation, de l'intégration et des migrations au sein duquel figurent notamment les refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable, devenu l'article L. 435-1 : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'en présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, dans un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
5. D'une part, M. B soutient qu'il est entré sur le territoire français en mars 2016 et qu'il vit maritalement avec une compatriote comorienne, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 15 décembre 2028 et les trois enfants de cette dernière, nés d'une précédente relation. Il soutient également s'occuper quotidiennement de ces enfants dont la dernière fille qui souffre d'un retard psychomoteur majeur avec comitialité. Toutefois, pour établir une communauté de vie avec cette ressortissante comorienne, il ne produit aucun justificatif postérieur à août 2019, et pour les années précédentes, se borne à produire une attestation de souscription commune à un contrat d'électricité et de gaz conclu le
22 janvier 2018, une attestation de paiement de la caisse d'allocations familiales pour le seul mois de juillet 2019, un courrier des impôts ainsi que des attestations sur l'honneur de proches non-datées ou datées de juillet 2019. Par ailleurs, une attestation sur l'honneur de l'enseignante d'une de ces trois filles indiquant que M. B l'emmène et la récupère à l'école n'est pas suffisante pour établir l'intensité des liens qui l'uniraient aux enfants du foyer. Enfin, le requérant ne peut raisonnablement faire valoir que sa présence est nécessaire pour l'accompagnement de la plus jeune des filles souffrant d'un handicap pour justifier d'un motif exceptionnel de nature à permettre la régularisation de sa situation dès lors qu'il atteste, lui-même, du fait que celle-ci est prise en charge en internat de semaine par un institut médical spécialisé. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces enfants sont dépourvus de tout lien avec leur père biologique.
6. D'autre part, si le requérant se prévaut d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en tant qu'employé polyvalent, une telle circonstance ne suffit pas à le faire regarder comme justifiant d'un motif exceptionnel de nature à permettre la régularisation de sa situation.
7. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les dispositions précitées et commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle doivent être écartés.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. La décision de refus de titre de séjour en litige n'a pas vocation à séparer le requérant de ces trois enfants. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté comme inopérant. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, et dans la mesure où l'intensité des liens qui l'uniraient aux enfants du foyer n'est pas établie, ce moyen n'est, en tout état de cause, pas fondé.
10. En quatrième lieu, il ressort des motifs mêmes de la décision attaquée que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de sa demande d'admission au séjour.
11. En cinquième et dernier lieu, et à supposer qu'en visant en dernière page de ses écritures les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables et les stipulations de l'article 8 de la convention
européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le requérant ait ainsi entendu se prévaloir de ces dispositions pour contester la décision de refus d'admission au séjour, il ressort, d'une part, des pièces du dossier que la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement des dispositions précitées et que le requérant ne peut dès lors utilement s'en prévaloir et, d'autre part, qu'au regard des motifs énoncés au point 5 et dans la mesure où il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu la majorité de sa vie, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
12. Il en va de même du moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, également visées en dernière page par les écritures du requérant, dès lors qu'il ne peut utilement s'en prévaloir à l'encontre d'une décision qui a pour objet de lui refuser un titre de séjour en France.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, sa requête doit être rejetée y compris en ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et en celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Bonhomme, président,
Mme Soler, conseillère,
M. Holzer, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.
Le rapporteur,
M. HOLZER
Le président,
T. BONHOMME
La greffière,
M.-L. DAVERIO
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026