jeudi 26 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2101435 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Magistrat M. BONHOMME |
| Avocat requérant | SCP A.B.C.G. (ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE ROMAND) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 mars 2021, M. A B, représenté par
Me Grebille-Romand, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions successives de retraits de points consécutives aux infractions commises les 17 juin 2015 (trois points), 9 juillet 2015 (deux points), 11 novembre 2015 (trois points), 9 juin 2016 (un point), 8 mai 2017 (trois points), 5 avril 2018 (trois points), 14 avril 2019 à 22h59 (trois points), et 14 avril 2019 à 23h05 (trois points) ;
2°) d'annuler la décision référencée 48SI du 22 janvier 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté que le nombre de points affecté à son permis de conduire était nul, que ce dernier avait perdu sa validité et lui a demandé de le restituer dans un délai de dix jours ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le permis invalidé en reconstituant son capital de points sous huitaine ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
5°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Il soutient que :
- il remplit les conditions pour bénéficier d'une reconstitution de points suite au stage de sensibilisation à la sécurité routière ;
- l'administration n'établit pas qu'il a bénéficié de l'information préalable requise aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre la décision du 22 janvier 2021 en tant qu'elle invalide son permis pour solde de points nul et contre la décision de retrait de points suite à l'infraction du 9 juin 2016 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées contre la décision de retrait de points suite à l'infraction du
17 juin 2015 sont tardives ;
- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné M. Thierry Bonhomme, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. C, aucune des parties n'étant présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision 48SI du 22 janvier 2021, le ministre de l'intérieur a indiqué à
M. B que compte tenu de différents retraits intervenus, le nombre de points affecté à son permis de conduire est désormais nul, que ce dernier a perdu sa validité et qu'il lui appartient de le restituer aux services préfectoraux de son département dans un délai de dix jours. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que celles portant retrait de points suite aux infractions commises les 17 juin 2015 (trois points), 9 juillet 2015 (deux points), 11 novembre 2015 (trois points), 9 juin 2016 (un point), 8 mai 2017 (trois points), 5 avril 2018 (trois points), 14 avril 2019 à 22h59 (trois points), et 14 avril 2019 à 23h05 (trois points).
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du 16 juin 2021 afférent au titre de conduite de M. B, que, d'une part, les mentions relatives à l'infraction du 9 juin 2016 ont été supprimées, d'autre part, le solde de points du permis de conduire de l'intéressé est devenu positif et est doté de quatre points. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur est fondé à soutenir que les conclusions dirigées contre sa décision de retrait d'un point prise consécutivement à l'infraction précité et contre celle référencée 48SI du 22 janvier 2021, qui doivent être regardées comme ayant été retirées postérieurement à l'introduction de la requête, sont devenues sans objet, et qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".
4. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.
5. En l'espèce, pour établir que les conclusions dirigées contre la décision portant retraits de points suite à l'infraction du 17 juin 2015 sont tardives, le ministre de l'intérieur renvoie aux mentions apparaissant sur le relevé d'information intégral relatif au titre de conduite du requérant indiquant " Accusé de réception n° 2C 0816 2101 467 du 01/07/16 (A/R)08/2005 ", et produit également l'accusé de réception correspondant, indiquant que le pli contenant la lettre 48N qui informait M. B d'un retrait de trois points suite à l'infraction constatée le 17 juin 2015 à 15h28 a été distribué par la société La Poste le 1er juillet 2016. Ces éléments établissent que la décision dont il s'agit a été notifiée à l'intéressé le 1er juillet 2016. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur est fondé à soutenir que les conclusions tendant à l'annulation de cette décision, enregistrées au greffe du tribunal le 12 mars 2021, sont tardives et, partant, irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ". Aux termes de l'article L. 223-3 de ce code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ".
7. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.
S'agissant des infractions constatées les 11 novembre 2015 et 8 mai 2017 :
8. Le II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 de ce code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". Enfin, en vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
9. Lorsqu'une infraction entraînant retrait de points est constatée au moyen d'un appareil conforme aux dispositions exposées au point précédent, l'agent verbalisateur invite le contrevenant à apposer sa signature sur une page écran où figure l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.
10. Il résulte de l'instruction, notamment des pièces versées au débat par le défendeur, que M. B a, lors des procès-verbaux concernant les infractions constatées les 11 novembre 2015 et 8 mai 2017, apposé sa signature sur les pages écran mentionnées au point précédent. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme apportant la preuve que le requérant avait reçu les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
S'agissant de l'infraction commise le 9 juillet 2015 :
11. Si le ministre de l'intérieur verse aux débats le procès-verbal afférent à cette infraction, signé par le contrevenant, ce document ne comporte aucune mention selon laquelle l'intéressé aurait bénéficié des informations exigées par les dispositions citées au point 6. Dès lors, M. B est fondé à soutenir qu'il n'a pas bénéficié de l'information préalable légalement requise. Il s'ensuit que la décision retirant deux points sur son permis de conduire suite à l'infraction du 9 juillet 2015 est illégale et doit être annulée.
S'agissant des infractions commises les 5 avril 2018 et 14 avril 2019 :
12. En l'espèce, le ministre de l'intérieur se borne à faire valoir que l'intéressé a bénéficié de l'ensemble des informations légalement exigées à l'occasion d'une précédente infraction commise le 9 avril 2010. Toutefois, alors qu'un délai de près de huit ans s'est écoulé entre ces infractions, cette seule circonstance ne permet pas de considérer que le requérant a bénéficié de l'information nécessaire préalablement aux retraits de trois points effectués. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur ne peut être regardé comme apportant la preuve qu'il s'est acquitté de l'obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route pour ces infractions. Par suite, M. B, qui, dans les circonstances de l'espèce, a été privé d'une garantie, est fondé à soutenir que les trois décisions de retrait de trois points consécutives à ces infractions sont intervenues au terme d'une procédure irrégulière et à en demander, pour ce motif, l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
13. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".
14. Si l'annulation contentieuse d'une décision ou de plusieurs décisions de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur et des outre-mer reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre, et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu dès lors, d'enjoindre à l'administration de reconnaître à l'intéressé le bénéfice des onze points irrégulièrement retirés et de réexaminer la situation de M. B dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant elle-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
16. Aucun dépens n'a été exposé au cours de la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre par M. B ne peuvent donc qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur retirant un point sur son permis de conduire suite à l'infraction constatée le 9 juin 2016 et de la décision du 22 janvier 2021 invalidant son permis de conduire pour solde de points nul.
Article 2 : Les décisions du ministre de l'intérieur retirant deux puis trois points chacune sur le permis de conduire de M. B suite aux infractions respectives des 9 juillet 2015, 5 avril 2018, 14 avril 2019 à 22h59 et 14 avril 2019 à 23h05 sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de restituer onze points au capital de points du permis de conduire de M. B, sous réserve de la commission de nouvelles infractions ayant entrainé des retraits de points, et d'en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.
Article 4 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
T. CLa greffière,
Signé
O. MOULOUD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026