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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2102205

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2102205

mardi 27 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2102205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantDE SURVILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 21 avril 2021 et 5 septembre 2023, M. C Illy, représenté par Me De Surville, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2020 portant nomination de Mme A en qualité de contrôleuse générale des services actifs de la police nationale, directrice départementale de la sécurité publique de Versailles (78) pour une durée de trois ans à compter du 12 octobre 2020, renouvelable dans la limite d'une durée totale d'occupation du même emploi de six ans, en tant qu'il ne le nomme pas sur ce poste ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Il soutient que :

- son recours est recevable ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la nomination de Mme A par l'acte attaqué est entachée d'un défaut d'impartialité en ce qu'elle était sous-directrice des ressources humaines et de la logistique à la direction centrale de la sécurité publique et en ce qu'elle a siégé en qualité de représentant de l'administration lors du conseil de discipline le concernant ; il existe un conflit d'intérêts ; Mme A avait tout intérêt à écarter sa candidature et s'est montrée virulente lors du conseil de discipline ; Mme A a manqué à ses obligations déontologiques ainsi qu'aux principes de transparence et de neutralité ;

- Mme A a été nommée sur le poste de directrice de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne par décret du 20 juillet 2021, soit 9 mois seulement après avoir été nommée sur le poste de contrôleuse générale des services actifs de la police nationale, directrice départementale de la sécurité publique de Versailles, par l'acte querellé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 2007-315 du 7 mars 2007 relatif aux conditions de nomination et d'avancement dans les emplois d'inspecteur général et de contrôleur général des services actifs de la police nationale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 février 2024 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,

- et les observations de Me De Surville, représentant M. Illy.

Considérant ce qui suit :

1. M. Illy, commissaire général de police national, a candidaté au poste de directeur départemental de la sécurité publique de Versailles (78) le 21 septembre 2020. Par arrêté du 7 octobre 2020, Mme B A a été nommée contrôleuse générale des services actifs de la police nationale, directrice départementale de la sécurité publique de Versailles (78) pour une durée de trois ans à compter du 12 octobre 2020, renouvelable dans la limite d'une durée totale d'occupation du même emploi de six ans. M. Illy a formé, le 24 décembre 2020, un recours gracieux aux fins de retrait de cet arrêté. Le silence gardé par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur ce recours a fait naitre une décision implicite de rejet. M. Illy doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 7 octobre 2020 en tant que cet arrêté ne le nomme pas au poste de contrôleur général des services actifs de la police nationale, directeur départemental de la sécurité publique de Versailles, ainsi que de la décision rejetant implicitement son recours gracieux.

2. Aux termes de l'article 1er du décret n° 2007-315 du 7 mars 2007 relatif aux conditions de nomination et d'avancement dans les emplois d'inspecteur général et de contrôleur général des services actifs de la police nationale : " Dans les services actifs de la police nationale, les emplois d'inspecteur général et de contrôleur général sont pourvus par voie de détachement. La commission administrative paritaire du corps dont relève l'agent n'est pas consultée sur la mise en position de détachement. / Sauf dispositions contraires, les nominations aux emplois d'inspecteur général et de contrôleur général sont prononcées par arrêté du ministre de l'intérieur ". Selon l'article 5 de ce décret, dans sa rédaction en vigueur : " Peuvent être nommés dans un emploi d'inspecteur général des services actifs de la police nationale les commissaires divisionnaires ou les commissaires généraux ayant occupé un emploi de contrôleur général pendant un an au moins et, dans la limite de 5 % des emplois considérés, les magistrats de l'ordre judiciaire et les fonctionnaires appartenant à l'un des corps recrutés par la voie de l'Ecole nationale d'administration ou de l'Ecole polytechnique qui justifient de neuf années au moins de services effectifs accomplis dans un ou plusieurs de ces corps ou en position de détachement dans un emploi fonctionnel ".

3. En premier lieu, si le requérant soutient que son profil était en adéquation parfaite avec le poste de contrôleur général des services actifs de la police nationale, directeur départemental de la sécurité publique de Versailles (78), il résulte cependant des dispositions précitées que la nomination sur un emploi de contrôleur général, pour laquelle le ministre dispose d'un large pouvoir d'appréciation, ne saurait constituer, d'aucune manière, un droit pour les commissaires divisionnaires ou les commissaires généraux remplissant les conditions requises pour une telle nomination. Par ailleurs, la circonstance qu'il détenait plus d'ancienneté que Mme A et qu'il aurait eu " un parcours professionnel nettement plus élogieux ", ce qui n'est cependant pas établi par les pièces du dossier, n'est pas de nature à faire regarder la décision en litige comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, le requérant se prévaut de la partialité et du conflit d'intérêts dont aurait fait preuve Mme A en sa qualité de sous-directrice des ressources humaines et de la logistique à la direction centrale de la sécurité publique, en ce qu'elle a candidaté sur le poste objet de la décision en litige alors qu'en raison de ses fonctions elle avait connaissance des postes vacants avant tout le monde. Toutefois, par cette seule allégation, non assortie d'éléments précis et circonstanciés, M. Illy n'établit pas que la circonstance que Mme A occupait le poste de sous-directrice des ressources humaines lors du dépôt des candidatures au poste de contrôleur général des services actifs de la police nationale, directeur départemental de la sécurité publique de Versailles, ait pu exercer une influence sur sa nomination audit poste et, par suite, sur le sens de la décision attaquée, ou lui aurait conférer un avantage par rapport aux autres candidats dont il faisait partie. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que les candidatures au poste susmentionné n'étaient pas examinées par la direction centrale de la sécurité publique à laquelle Mme A appartenait.

5. D'autre part, s'il soutient que Mme A a manqué à ses obligations déontologiques et aux principes de transparence et de neutralité en ce qu'elle a siégé en tant que membre représentant l'administration au sein du conseil de discipline réuni sur l'éventualité d'une sanction disciplinaire le concernant et qu'elle était ainsi intéressée à écarter sa candidature alors qu'elle aurait dû se déporter, ses allégations ne sont pas établies par les pièces du dossier. A cet égard, la seule circonstance que Mme A aurait siégé au sein du conseil de discipline réuni le 7 octobre 2020 concernant le requérant au regard des faits commis par celui-ci entre 2013 et 2019 sur les postes qu'il a occupés dans le Bas-Rhin et les Alpes-Maritimes, soit le même jour que l'édiction de l'acte contesté, n'est, par elle-même, pas de nature à établir que la candidature du requérant aurait été examinée avec partialité ou qu'un conflit d'intérêt aurait existé. Par ailleurs, contrairement à ce qu'il soutient, il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi que l'a jugé le Conseil d'Etat au demeurant par la décision n° 454074 du 31 mai 2022 rejetant le recours de M. Illy aux fins d'annulation du décret du 3 juin 2021 lui infligeant la sanction disciplinaire de mise à la retraite d'office, que les membres représentant l'administration, dont Mme A, auraient manifesté, lors du conseil de discipline précité, une animosité ou un parti pris à l'égard de l'intéressé révélant un défaut d'impartialité. Il suit de là que les moyens tirés de ce que Mme A s'est placée dans une situation de conflit d'intérêts à son égard, a manqué de partialité à son encontre et a commis des manquements à ses obligations déontologiques et aux principes de transparence et de neutralité doivent être écartés.

6. En troisième lieu, la circonstance que Mme A ait été nommée par décret du 20 juillet 2021 directrice de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne, soit postérieurement à l'arrêté en litige, est dépourvue d'incidence sur la légalité de celui-ci.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. Illy tendant à l'annulation de la décision du 7 octobre 2020 et de la décision portant rejet implicite de son recours gracieux doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. Illy est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C Illy et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Soli, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.

La rapporteure,

signé

D. Gazeau

Le président,

signé

P. Soli La greffière,

signé

L. Bianchi

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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