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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2102265

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2102265

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2102265
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET SZEPETOWSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés le 23 avril 2021, le 15 février 2023 et le 3 mars 2023, la société en nom collectif " Terra Nova ", représentée par Me Szepetowski, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recettes émis à son encontre par la commune de Drap le 12 février 2021 pour un montant de 487 308,58 euros au titre de la participation financière à l'assainissement collectif ainsi que le branchement au réseau d'eau potable, ainsi que l'avis des sommes à payer émis le 11 mars 2021 par la régie de la commune de Drap pour un montant identique ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Drap la somme 3 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que :

- elle a déjà payé la taxe d'aménagement majorée, de sorte qu'elle n'a pas à s'acquitter de la participation au financement de l'assainissement collectif qui fait double emploi avec ladite taxe d'aménagement ;

- la délibération du conseil municipal de Drap du 29 novembre 2012 ayant institué la taxe d'aménagement majorée, dont elle s'est acquittée du paiement, l'a été en vue de la réalisation de travaux d'infrastructure concernant notamment l'eau et l'assainissement, travaux ne figurant plus dans la nouvelle délibération du conseil municipal de Drap du 30 novembre 2017, laquelle n'a été prise qu'aux fins de pouvoir cumuler l'exigence de la taxe d'aménagement à taux majoré et de la PFAC, situation caractérisant un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, la commune de Drap, prise en la personne de son maire en exercice et représentée par Me Willm, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

La requête a été communiquée au directeur départemental des finances publiques qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une lettre du 22 mars 2024, les parties ont été informées, conformément aux articles R. 611-7 et R. 776-25 du code justice administrative, que la décision était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, en application des dispositions des articles L. 1331-1 et L. 1331-7 du code de la santé publique.

La commune de Drap a présenté des observations en réponse, enregistrées le 28 mars 2024.

Par ordonnance du 6 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 mars 2023 à 12 heures.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

- les conclusions de M. Combot, rapporteur public,

- et les observations de Me Karbowiak, représentant la commune de Drap.

Considérant ce qui suit ;

1. Le 13 novembre 2017, la commune de Drap accordait un permis de construire à la société SAGEC Méditerranée pour la construction d'un ensemble immobilier de 103 logements, 350 m² de locaux à usage de bureaux et 250 m² de locaux à usages de commerces, sur les parcelles cadastrées B n° 344 ; 345p ; 346p ; 1242 ; 1243 et 1720 sises au numéro 30 avenue Jean Moulin à Drap, permis ensuite transféré le 20 mars 2018 à la société en nom collectif (ci-après, " SNC ") Terra Nova. Le 12 février 2021, la commune de Drap a émis contre la SNC Terra Nova un titre de recettes d'un montant de 487 310, 58 euros au titre de la participation au financement de l'assainissement collectif (ci-après " PFAC "). La société Terra Nova demande au Tribunal l'annulation de ce titre de recettes ainsi que de l'avis des sommes à payer émis par la régie de la commune de Drap aux fins de recouvrer ladite somme.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes du code de l'urbanisme, dans sa rédaction en vigueur : " Art. L.101-2. - Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : / 4° La sécurité et la salubrité publiques ;/ Art. L.331-1. - En vue de financer les actions et opérations contribuant à la réalisation des objectifs définis à l'article L.101-2, les communes ou établissements publics de coopération intercommunale, la métropole de Lyon, les départements, la collectivité de Corse et la région d'Ile-de-France perçoivent une taxe d'aménagement. /La taxe d'aménagement constitue un élément du prix de revient de l'ensemble immobilier au sens de l'article 302 septies B du code général des impôts ". Aux termes du code de la santé publique, dans sa rédaction en vigueur : " Art. L.1331-1. - Le raccordement des immeubles aux réseaux publics de collecte disposés pour recevoir les eaux usées domestiques et établis sous la voie publique à laquelle ces immeubles ont accès soit directement, soit par l'intermédiaire de voies privées ou de servitudes de passage, est obligatoire dans le délai de deux ans à compter de la mise en service du réseau public de collecte.// Il peut être décidé par la commune qu'entre la mise en service du réseau public de collecte et le raccordement de l'immeuble ou l'expiration du délai accordé pour le raccordement, elle perçoit auprès des propriétaires des immeubles raccordables une somme équivalente à la redevance instituée en application de l'article L.2224-12-2 du code général des collectivités territoriales./ Art. L.1331-7. - Les propriétaires des immeubles soumis à l'obligation de raccordement au réseau public de collecte des eaux usées en application de l'article L.1331-1 peuvent être astreints par la commune, la métropole de Lyon, l'établissement public de coopération intercommunale ou le syndicat mixte compétent en matière d'assainissement collectif, pour tenir compte de l'économie par eux réalisée en évitant une installation d'évacuation ou d'épuration individuelle réglementaire ou la mise aux normes d'une telle installation, à verser une participation pour le financement de l'assainissement collectif./ ".

3. D'une part, il résulte des dispositions de l'article L. 1331-7 du code de la santé publique que les propriétaires des immeubles devant se raccorder au réseau d'assainissement collectif des eaux usées en application de l'article L. 1331-1 de ce code peuvent être soumis au versement d'une participation au financement de l'assainissement collectif (PFAC), applicable aux constructions neuves et à celles déjà existantes générant des eaux usées supplémentaires, laquelle participation est due en contrepartie pour tenir compte de l'économie par eux réalisée en évitant une installation d'évacuation ou d'épuration individuelle réglementaire ou la mise aux normes d'une telle installation. Elle est déterminée par délibération de l'organe délibérant compétent en matière d'assainissement et exigible à compter de la date du raccordement au réseau public d'assainissement.

4. D'autre part, la participation au financement de l'assainissement collectif régie par le code de la santé publique n'est pas une taxe d'urbanisme, contrairement à la taxe d'aménagement régie par les articles L. 331-1 et suivants et R. 331-1 et suivants du code de l'urbanisme et créée par l'article 28 de la loi n°2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 pour remplacer, à compter du 1er mars 2012, l'ensemble des taxes et certaines participations d'urbanisme dans les communes dotées d'un plan local d'urbanisme. Or, il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire que la participation au financement de l'assainissement collectif prévue par le code de la santé publique ne puisse pas être perçue cumulativement avec une taxe d'aménagement prévue par le code de l'urbanisme et il n'existe aucun principe général du droit français qui proscrive que deux impôts ou redevances ayant, le cas échéant, ce qui n'est pas démontré en l'espèce, totalement ou partiellement la même finalité, puissent être cumulativement perçus auprès du même redevable à propos de la même activité ou fait générateur. Au demeurant, le fait générateur de la participation au financement de l'assainissement collectif n'est pas, contrairement à la taxe d'aménagement, la délivrance d'une autorisation d'urbanisme, mais le raccordement effectif de constructions neuves ou de constructions existantes générant des eaux usées supplémentaires.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la taxe d'aménagement à taux majoré prévue par l'article L. 331-15 du code de l'urbanisme, avec un taux de la part communale ou intercommunale pouvant ainsi être porté jusqu'à 20%, a été créée à fin de financement de certains travaux substantiels de voirie ou de réseaux ou la création d'équipements publics généraux rendus nécessaires par l'importance des constructions nouvelles édifiées dans certains secteurs, permettant aux collectivités territoriales de mieux accompagner leurs politiques d'urbanisation en procédant à une différenciation géographique des taux et une meilleure répartition entre les constructions, du coût des équipements publics. C'est dans ce contexte, que par délibération du 29 novembre 2012, le conseil municipal de la commune de Drap, dotée d'un plan local d'urbanisme approuvé le même jour, a instauré une taxe d'aménagement à un taux de 18% sur l'ensemble du territoire, en visant notamment des travaux substantiels d'infrastructures et de superstructures tels que ceux d'eau et d'assainissement. Ce taux a été reconduit par une délibération du 28 novembre 2013 sur la base de laquelle le permis de construire du 13 novembre 2017 a été délivré à la société requérante. La délibération du 30 novembre 2017 du conseil municipal de la commune de Drap a reconduit la taxe d'aménagement à un taux de 18% sur tout le territoire de la commune, en raison de travaux et équipements nécessaires aux besoins des futurs usages des constructions à édifier. Enfin, la délibération du 10 février 2020 du conseil municipal de la commune de Drap a institué une participation au financement de l'assainissement collectif afin d'assurer les dépenses d'assainissement collectif, d'un montant de 3 000 euros hors taxes pour un branchement neuf, et a par ailleurs fixé à 12 euros le mètre carré de surface de plancher le montant de la redevance pour le raccordement à l'eau potable d'une construction nouvelle.

6. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire litigieux a été pris à l'encontre de la société requérante en application des dispositions précitées de l'article L. 1331-7 du code de la santé publique et de la délibération n° 010/2020 du 10 février 2020 du conseil municipal de la commune de Drap susmentionnée. La société requérante ne conteste pas que le raccordement au système d'assainissement est devenu effectif au cours de l'année 2020. Par suite, ladite société était redevable de la PFAC et elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne le serait pas dès lors qu'elle se serait déjà acquittée de la taxe d'aménagement à taux majoré, car ainsi qu'il a été dit précédemment le fait générateur de la PFAC n'est pas, contrairement à la taxe d'aménagement, la délivrance d'une autorisation d'urbanisme, mais le raccordement effectif de constructions neuves ou de constructions existantes générant des eaux usées supplémentaires.

7. Si la société requérante soutient en outre que la délibération du 30 novembre 2017 du conseil municipal de la commune de Drap reconduisant la taxe d'aménagement à un taux majoré aurait été prise aux seules fins de permettre le cumul de la perception de cette taxe avec celle de la PFAC, ce moyen, qui doit être regardé comme tiré du détournement de pouvoir, n'est en tout état de cause pas fondé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions susmentionnées doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu de mettre à la charge de la société requérante une somme de 1 500 euros, au profit de la commune de Drap, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société en nom collectif Terra Nova est rejetée.

Article 2 : La somme de 1 500 euros est mise à la charge de la société en nom collectif Terra Nova, au profit de la commune de Drap, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société en nom collectif Terra Nova, à la commune de Drap et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère,

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 octobre 2024.

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

L'assesseur le plus ancien,

signé

M. Holzer

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2102265

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