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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2102272

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2102272

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2102272
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantGERNEZ PHILIPPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 avril 2021, M. D B, représenté par Me Gernez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le chef du bureau des officiers de la police nationale a implicitement rejeté sa demande préalable aux fins d'indemnisation des préjudices subis à raison des fautes commises par le ministre de l'intérieur et des outre-mer ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 44 500 euros en réparation des préjudices financiers subis découlant de la perte de chance ainsi que la somme de 7 000 euros en réparation du préjudice moral ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision rejetant implicitement sa demande préalable est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- ainsi que l'a jugé le tribunal administratif de Nice par trois jugements devenus définitifs, les notes de service des 16 décembre 2013, 17 décembre 2013 et 15 janvier 2014 portant affectation de trois officiers de police sur les postes auxquels il avait candidaté et rejetant sa candidature, sont entachées d'illégalité en ce qu'elles n'ont pas été précédées de la consultation obligatoire de la commission administrative paritaire ;

- ces illégalités fautives sont de nature à engager la responsabilité pour faute de l'Etat ;

- les trois décisions illégales ont porté atteinte à ses perspectives de carrière dès lors qu'il avait vocation à occuper ces trois emplois ;

- il a subi une perte de chance de pouvoir passer au grade de commandant de police du fait de ces trois décisions qui ne lui ont pas permis d'occuper un poste à niveau de responsabilité supérieure à celui qu'il occupait ; les trois capitaines de police qui ont été nommés à sa place sont tous passés au grade de commandant de police, les plaçant indûment dans une situation privilégiée par rapport à lui ;

- cette perte de chance subie lui ouvre droit à l'indemnisation des préjudices financiers qui en résultent pour un montant global de 44 500 euros :

- il subit un préjudice financier au titre de la période d'activité entre la date de nomination des capitaines de police sur les postes auxquels il avait candidaté jusqu'à son départ en retraite le 13 décembre 2025 ;

- il subit un préjudice financier au titre de la pension de retraite qui lui sera servie au regard de la différence de revenus entre un capitaine de police à l'échelon exceptionnel et un commandant de police au 7ème échelon ;

- du fait des fautes commises par l'Etat, il subit un grave préjudice moral évalué à la somme de 7 000 euros ; il a été très marqué psychologiquement par ces décisions et a dû être placé en congés de maladie ordinaire au regard de son état dépressif réactionnel ; cette situation résultant des fautes commises par l'Etat lui a causé d'énormes difficultés tant sur le plan personnel que professionnel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, le lien de causalité entre les illégalités fautives entachant les décisions portant rejet de la candidature de M. B et les préjudices allégués n'est pas établi ;

- à titre subsidiaire :

- le lien de causalité entre ces illégalités fautives et les préjudices allégués n'est pas suffisamment direct et certain ;

- le préjudice moral allégué est dépourvu de caractère certain.

Par un mémoire enregistré le 21 mai 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud - SGAMI Sud, conclut à sa mise hors de cause.

Un mémoire complémentaire, présenté pour M. B, enregistré le 13 mai 2024, n'a pas été communiqué en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mai 2024 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- et les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, capitaine de police depuis le 2 mars 2005, demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser les sommes de 44 500 euros en réparation des préjudices financiers subis découlant de la perte de chance d'être promus commandant et de 7 000 euros en réparation du préjudice moral.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il résulte des écritures de M. B, qui demande au tribunal de prononcer, d'une part, l'annulation de la décision prise par le chef du bureau des officiers de police en tant qu'elle emporte rejet implicite de la demande indemnitaire préalable formée le 29 décembre 2020 en réparation des préjudices qu'il estime avois subis du fait de l'illégalité entachant les notes de services des 16 décembre 2013, 17 décembre 2013 et 15 janvier 2014, d'autre part, la condamnation de l'Etat à l'indemniser de ces préjudices, que le requérant a entendu donner à sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Il en résulte que la décision du chef du bureau des officiers de police rejetant la demande indemnitaire préalable de M. B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande. Au regard de cet objet, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision rejetant implicitement la demande préalable du 29 décembre 2020 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la faute commise par l'Etat :

3. M. B, affecté, à compter de l'année 2013, à l'unité judiciaire du service de la police aux frontières de l'aéroport de Nice-Côte d'Azur, a présenté sa candidature au poste de chef d'état-major de la police aux frontières de l'aéroport de Nice, au poste de chef des unités de quart, de contrôle transfrontière et d'information du service de la police aux frontières de l'aéroport de Nice et au poste d'adjoint au chef de brigade mobile de recherche de Nice. Par notes de service du 16 décembre 2013, du 17 décembre 2013 et du 15 janvier 2014, le directeur départemental de la police aux frontières des Alpes-Maritimes a affecté M. A sur le premier poste, M. C sur le deuxième et Mme E sur le troisième, rejetant ainsi implicitement la candidature de M. B.

4. Par trois jugements du 5 mai 2017, devenus définitifs, le tribunal administratif de Nice a annulé, d'une part, la note de service du 16 décembre 2013 du directeur départemental de la police aux frontières des Alpes-Maritimes en tant qu'elle affecte M. C au poste des unités de quart, de contrôle transfrontière et d'information du service de la police aux frontières de l'aéroport de Nice et qu'elle rejette la candidature de M. B sur ce poste, d'autre part, la note de service du 17 décembre 2013 du directeur départemental de la police aux frontières des Alpes-Maritimes en tant qu'elle affecte M. A au poste de chef d'état-major du service de la police aux frontières de l'aéroport de Nice et qu'elle rejette la candidature de M. B sur ce poste, enfin, la note de service du 15 janvier 2014 du directeur départemental de la police aux frontières des Alpes-Maritimes en tant qu'elle affecte Mme E au poste d'adjoint au chef de la brigade mobile de recherche de Nice et qu'elle rejette la candidature de M. B sur ce poste. Ces trois décisions ont été annulées par les trois jugements précités au motif qu'elles n'avaient pas été précédées de la consultation obligatoire de la commission administrative paritaire.

5. En prenant de telles décisions illégales, le directeur départemental de la police aux frontières des Alpes-Maritimes a commis une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat à l'égard de M. B.

En ce qui concerne les préjudices invoqués et le lien de causalité :

6. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'une décision administrative entachée d'un vice de procédure, il appartient au juge de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si la même décision aurait pu légalement intervenir et aurait été prise, dans les circonstances de l'espèce, par l'autorité compétente. Dans le cas où il juge qu'une même décision aurait été prise par l'autorité compétente, le préjudice allégué ne peut alors être regardé comme la conséquence directe du vice de procédure qui entachait la décision administrative illégale.

7. M. B soutient qu'en l'absence de l'erreur procédurale commise par l'Etat ayant conduit à la nomination de M. A, M. C et Mme E sur des postes à responsabilité supérieure au sien, et au rejet de ses candidatures sur ces trois postes, il aurait pu être nommé sur un de ces postes et passer au grade de commandant de police. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'au regard de ses compétences et de son expérience professionnelle, comparativement aux mérites des trois capitaines de police ayant été nommés, il était le seul à pouvoir occuper un de ces trois postes. Dès lors que M. B n'établit pas que sa candidature à un des trois postes présentait des mérites supérieurs à celles de M. A, de M. C ou de Mme E, il résulte de l'instruction que, dans les circonstances de l'espèce, le directeur départemental de la police aux frontières des Alpes-Maritimes aurait pris la même décision s'il avait pris sa décision au terme d'une procédure régulière. Par suite, les préjudices allégués par le requérant ne peuvent être regardés comme en lien direct avec le vice de procédure ayant conduit à l'annulation des trois décisions par jugements du tribunal administratif du 5 mai 2017.

8. Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires de M. B, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de la zone de défense et sécurité Sud - SGAMI Sud.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Soli, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure,

signé

D. Gazeau

Le président,

signé

P. Soli La greffière,

signé

C. Ravera

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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