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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2102441

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2102441

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2102441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGHM

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a examiné la requête de la SARL Salma contestant l'arrêté préfectoral du 30 avril 2021 ordonnant la fermeture temporaire de son établissement "Islam Viandes" pour non-respect des mesures sanitaires liées au Covid-19. Le tribunal a écarté l'exception de non-lieu soulevée par le préfet, l'arrêté ayant reçu exécution avant son abrogation. Sur le fond, il a annulé l'arrêté au motif que la mise en demeure préalable n'était pas restée sans suite, la société ayant adressé des observations sur la régularisation des manquements, en méconnaissance de l'article 29 du décret n°2020-1310 du 29 octobre 2020.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Salma, représentée par Me Guatteri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°2021-495 du 30 avril 2021 par lequel le préfet des

Alpes-Maritimes a prononcé la fermeture temporaire pour une durée de 15 jours de l'établissement " Islam Viandes " situé à Nice ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux n'est pas motivé en ce qui concerne la durée de la fermeture de l'établissement ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux, dès lors qu'il n'a pas été tenu compte des observations qu'elle a adressées le 9 avril 2021 au préfet et dans lesquelles elle fait état de la régularisation des divers manquements qui lui avaient été reprochés ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020, dès lors que la mise en demeure dont l'établissement a fait l'objet n'est pas restée sans suite ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que la circulation du Covid-19 dans le département des Alpes-Maritimes était en décrue au mois d'avril 2021 et que ses observations n'ont pas été prises en compte.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2022, le préfet des Alpes-Maritimes doit être regardé comme concluant à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête et à titre subsidiaire à son rejet.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige a été abrogé par un arrêté du 10 mai 2021 ;

- les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen sérieux et de l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas fondés ;

- il n'est pas contesté que l'arrêté litigieux n'a pas tenu compte des observations de la société requérante aux fins de remédier aux manquements qui lui étaient reprochés.

Par une ordonnance du 6 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 20 novembre 2023.

Vu :

- l'ordonnance du 6 mai 2021 et portant le n°2102438 par laquelle le juge des référés a suspendu l'exécution de l'arrêté en litige ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 octobre 2024 :

- le rapport de M. Garcia, rapporteur,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- la société Salma et le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présents ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. La société Salma exploite un établissement recevant du public dénommé " Islam Viandes ", situé rue Paganini à Nice, spécialisé dans le commerce de détail de viandes ainsi que des produits à base de viandes. Le 26 mars 2021, la police municipale a effectué un contrôle du respect des mesures figurant dans le décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de Covid-19 et a relevé le port incorrect de masques chirurgicaux de la part des clients. Une mise en demeure de respecter les mesures prévues par ce décret a été adressée à la société le 31 mars 2021. Lors d'un second contrôle le 8 avril 2021, il a été relevé de nouveaux manquements à ces mesures. Par un arrêté du 30 avril 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé la fermeture temporaire de cet établissement pour une durée de quinze jours. La société requérante demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. Si le préfet des Alpes-Maritimes a, par un arrêté du 10 mai 2021, prononcé l'abrogation de l'article 1er de l'arrêté litigieux, lequel était relatif à la fermeture de l'établissement, il n'en demeure pas moins que le premier arrêté a reçu exécution dès sa notification et a été exécuté jusqu'à l'intervention de l'ordonnance du 6 mai 2021 par laquelle le juge des référés a suspendu son application. Par suite, l'exception de non-lieu opposée en défense par le préfet des

Alpes-Maritimes ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire : " () Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret. ". Aux termes de l'article 1er du même décret : " I. - Afin de ralentir la propagation du virus, les mesures d'hygiène définies en annexe 1 au présent décret et de distanciation sociale, incluant la distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes, dites barrières, définies au niveau national, doivent être observées en tout lieu et en toute circonstance. () " et aux termes de son article 27 : " I. - Dans les établissements relevant des types d'établissements définis par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation et où l'accueil du public n'est pas interdit en vertu du présent titre, l'exploitant met en œuvre les mesures de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er (). Il informe les utilisateurs de ces lieux par affichage des mesures d'hygiène et de distanciation mentionnées à l'article 1er. () III. - Toute personne de onze ans ou plus porte un masque de protection dans les établissements de type () M () ".

5. Pour mettre en demeure la société Salma de se conformer aux obligations mises à sa charge au titre du décret précité, les services du préfet ont relevé, dans leur courrier du

31 mai 2021, le non-respect du port obligatoire du masque de la part des clients de l'établissement " Islam Viandes ". Puis, à l'issue du second contrôle opéré le 8 avril 2021 ayant abouti à l'arrêté attaqué, il a été relevé l'absence de respect de la jauge maximale autorisée, l'absence de contrôle d'accès des personnes et le fait que quatre salariés n'étaient pas porteurs d'un masque de protection.

6. Il ressort des pièces du dossier, sans que ces éléments soient contestés par le préfet, que, postérieurement à cette mise en demeure, la société Salma a effectué diverses actions en vue de se conformer à ses obligations. Elle fait ainsi état, dans sa réponse à la mise en demeure et dans ses écritures, de diverses factures en date des 5 avril 2021, 13 avril et 29 avril ayant pour objet l'achat de masques chirurgicaux, de gel hydroalcoolique et de matériel de signalisation à fin d'assurer les règles de distanciation sociale. Il ressort également des pièces du dossier que les différentes photographies, dont la date de prise de vue n'est pas contestée, font état du respect de l'obligation du port obligatoire du masque et de la jauge maximale, eu égard notamment à la signalétique apposée à l'entrée de l'établissement. Enfin, il ressort des pièces du dossier, que la société Salma a embauché un salarié par contrat en date du 9 avril 2021 en vue de procéder à la gestion du flux de la clientèle, ainsi qu'à la mise à disposition de masques. Dès lors, en l'absence d'autres éléments de nature à laisser penser que la mise en demeure serait restée sans suite, et alors que le préfet reconnaît en défense ne pas avoir tenu compte des observations de la société en réponse à la mise en demeure dont elle a fait l'objet, cette dernière est fondée à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'un défaut d'examen sérieux et d'une erreur de droit.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé la fermeture temporaire pour une durée de 15 jours de l'établissement " Islam Viandes " doit être annulé.

Sur les frais de l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à la société Salma en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé la fermeture temporaire pour une durée de 15 jours de l'établissement " Islam Viandes " est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à la société Salma une somme de 1 000 (mille) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Salma et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes ainsi qu'au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice, en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

M. Garcia, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

A. GARCIA

Le président,

Signé

G. TAORMINALe greffier,

Signé

D. CRÉMIEUX

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière

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