mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2102554 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SZEPETOWSKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 mai 2021 et le 12 mars 2023, M. I C, représenté par Me Zago, demande au tribunal :
1°) d'annuler le permis de construire n° PC 00614920S0007 délivré par le maire de La Trinité le 10 mars 2021 à Mme H en vue de la création d'un escalier clos couvert à la place de l'escalier extérieur existant, sur un terrain cadastré F01, sis chemin Sato Sobran à La Trinité (06340) ;
2°) de mettre à la charge de la commune de La Trinité une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il justifie d'un intérêt à agir ; il bénéficie d'un bail verbal pour le bien objet du permis de construire litigieux alors même que les propriétaires de ce logement sont décédés depuis plusieurs années ; il subira des troubles dans la jouissance du bien qu'il occupe dès lors que les travaux projetés portent sur l'entrée du bien où il réside et que les travaux vont engendrer des nuisances sonores, visuelles et olfactives ;
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- le permis de construire porte sur l'extension d'une construction illégale ; le permis de construire aurait dû porter sur l'ensemble de la construction et non sur la seule extension ;
- le pétitionnaire ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme dès lors que le terrain d'assiette du projet est situé dans une zone soumise à risques ;
- il a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article L. 451-1 et de l'article R. 421-7 du code de l'urbanisme ; le projet envisage une démolition ; la pétitionnaire a omis de renseigner la case 5 du formulaire Cerfa ; aucune mention de la démolition n'apparaît sur l'affichage du permis délivré.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, Mme J H, représentée par Me Szepetowksi, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- La requête est irrecevable ; M. C est dépourvu d'intérêt à agir dès lors qu'il est occupant sans droit ni titre du bien objet du permis de construire ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, la commune de La Trinité conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable ; M. C est dépourvu d'intérêt à agir dès lors qu'il ne justifie pas occuper régulièrement le bien et qu'il ne fait état d'aucun trouble dans ses conditions d'occupation ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 14 mars 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 17 avril 2023 à 12 heures.
Par un courrier du 26 janvier 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité du moyen nouveau tiré de ce que le pétitionnaire ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme dès lors que le terrain d'assiette du projet est situé dans une zone soumise à risques, invoqué dans le mémoire en réplique du 12 mars 2023, compte tenu de la cristallisation des moyens intervenue en application du premier alinéa de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mai 2024 :
- le rapport de Mme Chaumont, première conseillère,
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,
- et les observations de Me De Premare, représentant la commune de La Trinité.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 10 mars 2021, le maire de la commune de La Trinité a délivré à Mme J H un permis de construire en vue de la création d'un escalier clos couvert à la place de l'escalier extérieur existant, sur un terrain cadastré F01, sis chemin Sato Sobran à La Trinité (06340). Par la présente requête, M. I C demande au tribunal d'annuler le permis de construire délivré le 10 mars 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme (). ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation, à des membres du conseil municipal. (). ".
3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme L, adjointe déléguée à l'urbanisme et à l'environnement. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 4 juin 2020, le signataire de l'arrêté en litige a reçu délégation du maire de La Trinité pour signer les décisions en matière d'urbanisme. Cet arrêté, qui a été affiché en mairie, a fait l'objet d'une transmission, le 15 juin 2020, à la préfecture des Alpes-Maritimes. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme : " Les constructions, même ne comportant pas de fondations, doivent être précédées de la délivrance d'un permis de construire. () ". Aux termes de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou la décision d'opposition à déclaration préalable ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme. / Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables : / () 5° Lorsque la construction a été réalisée sans qu'aucun permis de construire n'ait été obtenu alors que celui-ci était requis ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-17 code précité : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable lorsqu'ils ne sont pas soumis à permis de construire en application des articles R*421-14 à *R. 421-16 les travaux exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires, et les changements de destination des constructions existantes suivants : / a) Les travaux ayant pour effet de modifier l'aspect extérieur d'un bâtiment existant, à l'exception des travaux de ravalement ; () ".
5. M. C soutient que le maire aurait dû refuser le permis de construire dès lors que celui-ci ne portait pas sur l'ensemble de la construction.
6. Il appartient au pétitionnaire d'apporter la preuve de l'existence légale de sa construction, au moment où il envisage d'y réaliser des aménagements soumis à déclaration ou à autorisation. La construction est considérée légale si elle a été construite avant la loi du 15 juin 1943 relative au permis de construire ou conformément à une législation applicable à l'époque de la construction ou conformément au permis de construire accordé.
7. Il ressort des mentions de l'acte notarié daté du 31 mai 1976 et de la synthèse de recherche sur l'origine de propriété réalisé par Me de Boysson-Ferre, notaire, que Mme H a acquis la maison d'habitation en cause de Mme K qui elle-même, aux termes d'un acte notarié du 12 mars 1976, en avait acquis la propriété par vente de M. D. Ce dernier, aux termes d'un acte notarié du 19 décembre 1958, en avait acquis la propriété par vente de M. F qui lui-même, aux termes des deux actes notariés du 15 et 22 avril 1947, en avait acquis la propriété par vente de M. G et Mme E. Mme E avait reçu la propriété de cet immeuble dans le cadre de la succession de sa mère, Mme A, décédée en 1917, qui elle-même en a reçu la propriété dans le cadre d'une donation-partage réalisée par sa mère, Mme B, par acte notarié du 6 août 1900. L'ensemble de ces éléments permet ainsi d'établir que la maison d'habitation dont Mme H est actuellement propriétaire et pour laquelle elle a sollicité l'autorisation d'extension existe avant le 15 juin 1943, date de l'instauration de la législation sur les permis de construire. Par suite, le maire de La Trinité n'avait pas à opposer le défaut d'existence légale de la construction.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " () lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code (), les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative ".
9. Il résulte de ces dispositions qu'un nouveau moyen présenté après l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense est, en principe, irrecevable. Il est toujours loisible au président de la formation de jugement de fixer une nouvelle date de cristallisation des moyens s'il estime que les circonstances de l'affaire le justifient. Il doit y procéder dans le cas particulier où le moyen est fondé sur une circonstance de fait ou un élément de droit dont la partie concernée n'était pas en mesure de faire état avant l'expiration du délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense et est susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire.
10. Le moyen tiré de ce que le pétitionnaire ne pouvait pas se prévaloir des dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme dès lors que la construction est située en zone à risques a été présenté pour la première fois par le requérant dans le mémoire enregistré le 12 mars 2023, postérieurement au délai de deux mois à compter du premier mémoire en défense, effectuée le 10 janvier 2023. Un tel moyen n'est fondé sur aucune circonstance de fait ou de droit dont le requérant n'aurait pu faire état avant l'expiration des délais précités ni n'apparaissent procéder d'une adaptation de ses prétention et argumentation en fonction des motifs et du dispositif de la décision de cassation. Dès lors, en application des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, il doit être écarté comme irrecevable.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 451-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque la démolition est nécessaire à une opération de construction ou d'aménagement, la demande de permis de construire ou d'aménager peut porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. Dans ce cas, le permis de construire ou le permis d'aménager autorise la démolition ".
12. Il ressort des pièces du dossier que si, dans un premier temps, la pétitionnaire avait envisagé la démolition de l'écurie et une extension mesurée, cela lui a été refusé par un arrêté du 25 septembre 2020. Mme H a alors présenté un nouveau projet portant, ainsi qu'il ressort du formulaire Cerfa du 7 mars 2021 et de la notice descriptive du projet, sur une extension mesurée en façade Sud, avec la création d'un escalier clos et couvert à la place de l'escalier existant. La notice descriptive précise également que cette réhabilitation de l'habitation existante, telle qu'elle est proposée, est consécutive à l'obligation de maintenir en l'état l'écurie existante. Ainsi, aucun projet de démolition n'étant demandé par la pétitionnaire, le maire n'avait pas à délivrer un permis de démolir et Mme H n'avait pas à mentionner sur l'affichage règlementaire la démolition envisagée, qui n'était pas demandée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 451-1 du code de l'urbanisme doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
15. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de La Trinité, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée à ce titre par M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. C la somme demandée à ce titre par Mme H et la commune de La Trinité.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. I C, à Mme J H et à la commune de La Trinité.
Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Chaumont, première conseillère,
Mme Duroux, première conseillère,
Assistés de Mme Antoine, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
La rapporteure,
signé
A-C. Chaumont
Le président,
signé
F. Pascal La greffière,
signé
P.-B. Antoine
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026