mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2102722 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 mai 2021 et 9 mars 2023, Mme A B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 14 octobre 2020 par laquelle le jury du diplôme " brevet de technicien supérieur services et prestations des secteurs sanitaires et social " a rejeté sa demande de validation des acquis de l'expérience, ensemble la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Nice a rejeté son recours gracieux formé à l'encontre de ladite décision ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Nice de lui délivrer le diplôme de " brevet de technicien supérieur services et prestations des secteurs sanitaires et social " ;
3°) de mettre à la charge du recteur de l'académie de Nice la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'illégalité pour être insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, la rectrice de l'Académie de Nice soulève l'irrecevabilité de la requête pour être portée devant une juridiction incompétente territorialement pour en connaître. Sur le fond, elle conclut au rejet de la requête comme étant infondée.
Par une ordonnance en date du 24 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 mai 2023.
Un mémoire a été produit par Mme B le 5 janvier 2024, après la clôture de l'instruction. Il n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 septembre 2024 :
- le rapport de Mme Raison,
- et les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public,
Considérant ce qui suit :
1. Par décision en date du 14 octobre 2020, le jury de validation des acquis de l'expérience de l'académie de Nice pour l'obtention du diplôme " brevet de technicien supérieur services et prestations des secteurs sanitaires et social " a rejeté la demande formée par Mme A B au titre de la session universitaire 2020. Cette dernière a formé un recours gracieux le 8 janvier 2021 à l'encontre de cette décision, qui a été implicitement rejeté par l'administration. L'intéressée demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur la légalité externe :
2. En premier lieu, ni les dispositions de la loi du 11 juillet 1979, relatives à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire, n'oblige un jury à motiver ses délibérations, de telle sorte que le moyen tiré du défaut de motivation est donc inopérant et doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 335-5 du code de l'éducation dans la version applicable au litige : " I. - Les diplômes ou les titres à finalité professionnelle sont obtenus par les voies scolaire et universitaire, par l'apprentissage, par la formation professionnelle continue ou, en tout ou en partie, par la validation des acquis de l'expérience () La validation des acquis produit les mêmes effets que les autres modes de contrôle des connaissances et aptitudes. La validation est effectuée par un jury dont la composition garantit une présence significative de représentants qualifiés des professions concernées () ".
4. Mme B soutient que la composition du jury d'examinateurs qui a refusé la délivrance du diplôme dont s'agit était irrégulièrement constituée, au motif que ledit jury ne comportait aucun membre exerçant l'une des professions auxquelles ce diplôme permet d'accéder. Il ressort cependant de l'arrêté du 17 septembre 2020 portant composition du jury produit par le rectorat, qu'ont siégé de manière effective en qualité de jury le 14 octobre 2020 deux membres appartenant au milieu professionnel dont relève le diplôme sollicité. Dès lors, le moyen doit être écarté comme manquant en fait.
Sur la légalité interne :
5. Aux termes de l'article 335-5 du code de l'éducation dans sa version applicable au litige : " I. - Les diplômes ou les titres à finalité professionnelle sont obtenus par les voies scolaire et universitaire, par l'apprentissage, par la formation professionnelle continue ou, en tout ou en partie, par la validation des acquis de l'expérience. II. - Toute personne justifiant d'une activité professionnelle salariée, non salariée, bénévole ou de volontariat, ou inscrite sur la liste des sportifs de haut niveau mentionnée au premier alinéa de l'article L. 221-2 du code du sport ou ayant exercé des responsabilités syndicales, un mandat électoral local ou une fonction élective locale en rapport direct avec le contenu de la certification visée peut demander la validation des acquis de son expérience prévue à l'article L. 6411-1 du code du travail. La durée minimale d'activité requise pour que la demande de validation soit recevable est d'un an, que l'activité ait été exercée de façon continue ou non. Pour apprécier cette durée, l'autorité ou l'organisme qui se prononce sur la recevabilité de la demande mentionnée à l'article L. 6412-2 du même code peut prendre en compte des activités mentionnées au premier alinéa du présent II, de nature différente, exercées sur une même période, ainsi que les périodes de formation initiale ou continue en milieu professionnel. Lorsqu'une demande de validation des acquis de l'expérience émane d'un membre bénévole d'une association, le conseil d'administration de l'association ou, à défaut, l'assemblée générale peut émettre un avis pour éclairer le jury sur l'engagement du membre bénévole. La validation des acquis produit les mêmes effets que les autres modes de contrôle des connaissances et aptitudes. La validation est effectuée par un jury dont la composition garantit une présence significative de représentants qualifiés des professions concernées. Le jury peut attribuer la totalité du diplôme ou du titre. A défaut, il se prononce sur l'étendue de la validation et, en cas de validation partielle, sur la nature des connaissances et aptitudes devant faire l'objet d'un contrôle complémentaire. Les parties de certification obtenues sont acquises définitivement. Ces parties de certifications permettent des dispenses d'épreuve si le règlement fixé par l'autorité administrative, l'établissement ou l'organisme qui délivre la certification prévoit des équivalences totales ou partielles. Le jury se prononce au vu d'un dossier constitué par le candidat, à l'issue d'un entretien avec ce dernier et, le cas échéant, d'une mise en situation professionnelle réelle ou reconstituée, lorsque cette procédure est prévue par l'autorité qui délivre la certification. ". Aux termes de l'article R.335-9 du même code : " Les procédures d'évaluation doivent permettre au jury de vérifier si les acquis dont fait état le candidat correspondent aux aptitudes, compétences et connaissances exigées par les référentiels de la certification visée. Le jury décide de l'attribution ou de la non attribution de la certification visée. Il peut délivrer une ou plusieurs parties identifiées de certification attestant de l'acquisition d'un ou plusieurs blocs de compétences. Dans ce cas, il identifie les aptitudes, compétences et connaissances devant faire l'objet d'un contrôle complémentaire en vue de l'obtention de la certification visée ".
6. L'appréciation faite par le jury des mérites d'un candidat à la validation des acquis de l'expérience relève de l'appréciation souveraine de ce jury et ne saurait utilement être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir. Par suite, la requérante ne peut utilement soutenir que le jury aurait, en refusant de lui délivrer le diplôme requis en totalité ou partiellement, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de son parcours et de ses qualités professionnelles.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par le rectorat, que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'académie de Nice, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que Mme B demande au titre des frais qu'elle a exposés.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Nice.
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Emmanuelli, président,
- Mme Raison, première conseillère,
- M. Loustalot-Jaubert, conseiller.
assistés de Mme Foultier, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
La rapporteure,
L. RAISONLe président,
O. EMMANUELLILa greffière,
M. FOULTIER
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation le greffier
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