mardi 31 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2103049 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | TALHAOUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 juin 2021, M. C A B, représenté par Me Talhaoui, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er juin 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a décidé de sa remise aux autorités italiennes et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an.
Il soutient que :
- la décision de remise aux autorités italiennes est insuffisamment motivée ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait en France depuis moins de trois mois ;
- la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision est entachée d'un vice de procédure en ce que les services de police ne l'ont pas interrogé spécifiquement sur l'éventualité d'une telle mesure ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est présent sur le territoire français depuis 2009 et qu'il ne présente pas de menace pour l'ordre public ;
- cette décision est entachée d'une erreur de fait dès lors la décision de refus de séjour du 27 mai 2020 n'est pas produite dans son dossier ;
- cette décision porte une atteinte manifeste à son droit à la libre circulation et méconnaît les stipulations de l'article 45 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;
- le règlement (CE) n° 562/2006 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 ;
- le règlement (UE) n° 610/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A B, ressortissant tunisien né le 1er janvier 1981, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er juin 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a décidé de sa remise aux autorités italiennes et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de remise aux autorités italiennes :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles L. 621-1 à L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui constituent le fondement en droit de la décision attaquée. Elle précise en outre, d'une part, que M. A B était en possession de documents de nature à permettre sa réadmission en Italie et, d'autre part, qu'il était entré en France depuis plus de trois mois et qu'il ne justifiait pas des conditions de son séjour en France ni de ce qu'il disposait de ressources suffisantes. La décision en litige contient ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615- 1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7 () ". Aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne () l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009 ". Aux termes de l'article L. 621-3 de ce code : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 signée le 19 juin 1990, dans sa version issue du règlement (UE) n° 265/2010 du Parlement européen et du Conseil du 25 mars 2010 et du règlement (UE) n° 610/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par un des Etats membres peuvent, sous le couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pour une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours sur le territoire des autres États membres, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a), c) et e), du règlement (CE) no 562/2006 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 établissant un code communautaire relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) et qu'ils ne figurent pas sur la liste de signalement nationale de l'Etat membre concerné () ".
5. Contrairement à ce que soutient M. A B, il ressort de son procès-verbal d'audition qu'il a indiqué être rentré en Tunisie en 2018 " pour deux ou trois mois " puis être revenu à Nice et y être resté depuis lors. En outre, s'il a, lors de son audition, dit être allé en Italie pendant une durée de deux mois " il y a au mois neuf mois en arrière ", une telle énonciation n'est pas de nature à établir qu'il serait en France depuis moins de trois mois, alors qu'il ne verse aux débats aucun élément en ce sens. Il est par ailleurs constant qu'il a fait l'objet d'une décision de refus de séjour en date du 27 mai 2020. Dans ces conditions, dès lors que M. A B était entré en France depuis plus de trois mois à la date de la décision attaquée sans être titulaire d'un titre de séjour, le préfet des Alpes-Maritimes pouvait, en application des dispositions précitées de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ordonner sa remise aux autorités italiennes.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation pour une durée d'un an :
6. Aux termes de l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 622-2, l'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l'article L. 621-1 à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans l'Etat aux autorités duquel il doit être remis, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. " Aux termes de l'article L. 622-3 de ce code : " L'édiction et la durée de l'interdiction de circulation prévue à l'article L. 622-1 sont décidées par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
7. Pour prononcer à l'encontre de M. A B une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur les circonstances que l'intéressé ne démontrait pas avoir habituellement résider en France depuis son entrée sur le territoire national, qu'il ne justifiait pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et de ce qu'il s'était fait interpeller, le 1er juin 2021, en situation de travail non déclaré. Toutefois, ce dernier motif ne permet pas de caractériser, à lui seul, que la présence du requérant sur le territoire français constituerait une menace pour l'ordre public. Ainsi, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A B aurait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet des Alpes-Maritimes a fait une inexacte application de l'article L. 622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile. Par suite, M. A B est fondé, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête invoqués à l'encontre de cette décision, à en demander l'annulation.
8. Il résulte de ce qui précède que M. A B est uniquement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 1er juin 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a interdit de circulation sur le territoire français M. A B pour une durée d'un an est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Kolf, conseillère,
Mme Bergantz, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
A. Bergantz
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
C. Albu
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026