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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2103278

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2103278

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2103278
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET SZEPETOWSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2021, Mme B D épouse A, représentée par Me Szepetowski, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2021 par lequel le maire d'Aspremont a retiré le permis de construire qui lui avait été tacitement accordé le 8 octobre 2020 et refusé sa demande de permis de construire n° PC 06006 20 J0004 ayant pour objet la démolition d'un logement de fonction, la régularisation de la réalisation d'un centre équestre, la suppression de neuf volumes de ce centre équestre et la mise en place de deux poteaux d'incendie, sur un terrain situé route de Colomars, ensemble la décision par laquelle le maire d'Aspremont a rejeté son recours gracieux présenté à l'encontre de l'arrêté du 4 janvier 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Aspremont de lui délivrer un certificat de permis de construire tacite à compter du 11 octobre 2020 ou, à titre subsidiaire, du 8 octobre 2020 ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Aspremont la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- l'arrêté litigieux procède au retrait d'un permis de construire tacite du 8 octobre 2020 qui n'a pas d'existence légale ;

- il méconnaît les exigences imposées par la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'arrêté n° 2016-15167 du 9 août 2016 instituant des servitudes d'utilité publique prenant en compte la maîtrise des risques autour des canalisations de transport de gaz naturel ou assimilé, d'hydrocarbures et de produits chimiques ;

- le projet litigieux ne devait pas porter sur la régularisation du logement annexe lequel a déjà fait l'objet d'un précédent permis de construire.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 9 mai 2022 et 7 juillet 2023, la commune d'Aspremont, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Parriaux, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- aucun des moyens soulevés n'est, au demeurant, fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024 :

- le rapport de M. Holzer ;

- les conclusions de M. Combot, rapporteur public ;

- et les observations de Me Parriaux, représentant la commune d'Aspremont.

Une note en délibéré présentée pour Mme A a été enregistrée le 12 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 4 janvier 2021, le maire d'Aspremont a, d'une part, retiré le permis de construire qu'il avait tacitement délivré à Mme A le 8 octobre 2020 et, d'autre part, refusé la demande de permis de construire n° PC 06006 20 J0004 présentée par cette dernière et ayant pour objet la démolition d'un logement de fonction, la régularisation de la réalisation d'un centre équestre, la suppression de neuf volumes de ce centre équestre et la mise en place de deux poteaux d'incendie, sur un terrain situé route de Colomars. Par un courrier du 22 février 2021, réceptionné par la commune d'Aspremont le 26 février suivant, Mme A a formé un recours gracieux contre cet arrêté. En l'absence de réponse de la part du maire de la commune, ce recours gracieux a été implicitement rejeté. Par sa requête, Mme A demande alors au tribunal d'annuler cet arrêté du 4 janvier 2021, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux née du silence gardé par le maire d'Aspremont sur ce recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction. () " Aux termes de l'article R. 423-28 du même code : " Le délai d'instruction prévu par le b et le c de l4article R. 423-23 est porté à : () / b) Cinq mois lorsqu'un permis de construire porte sur des travaux relatifs à un établissement recevant du public et soumis à l'autorisation prévue à l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation () ". D'autre part, aux termes de l'article 12 ter de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " Sans préjudice de la faculté de prévoir, pour les mêmes motifs que ceux énoncés à l'article 9, une reprise des délais par décret, les délais d'instruction des demandes d'autorisation et de certificats d'urbanisme et des déclarations préalables prévus par le livre IV du code de l'urbanisme, y compris les délais impartis à l'administration pour vérifier le caractère complet d'un dossier ou pour solliciter des pièces complémentaires dans le cadre de l'instruction, ainsi que les procédures de récolement prévues à l'article L. 462-2 du même code, qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus. Ils reprennent leur cours à compter du 24 mai 2020. () "

3. Il est constant que le dossier de demande de permis de construire a été déposé le 27 février 2020 auprès de la commune d'Aspremont et que l'autorité communale a notifié un délai d'instruction de cinq mois dès lors que le projet litigieux portait sur un établissement recevant du public. Il s'ensuit que, compte tenu de la suspension des délais entre le 12 mars 2020 et le 24 mai 2020 en application de l'article 12 ter de l'ordonnance du 25 mars 2020 précitée, le délai d'instruction de cinq mois a expiré le 7 octobre 2020 et qu'un permis de construire tacite est né le 8 octobre suivant. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux procède au retrait d'une décision inexistante et qu'elle aurait été titulaire d'un permis de construire tacite le 11 octobre 2020.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Par ailleurs, l'article L. 122-1 du même code dispose : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. " La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire du permis de construire d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Les dispositions précitées font également obligation à l'autorité administrative de faire droit, en principe, aux demandes d'audition formées par les personnes intéressées en vue de présenter des observations orales, alors même qu'elles auraient déjà présenté des observations écrites. Ce n'est que dans le cas où une telle demande revêtirait un caractère abusif qu'elle peut être écartée.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 22 décembre 2020, le maire d'Aspremont a informé Mme A de son intention de retirer le permis de construire intervenu tacitement au terme du délai d'instruction et lui a laissé un délai de dix jours pour formuler ses observations. Ce courrier a été notifié par voie d'huissier le 23 décembre 2020. Dans ces conditions, et indépendamment de la circonstance selon laquelle ce délai comprenait deux dimanches et deux jours fériés, la requérante a, contrairement à ce qu'elle soutient, disposé d'un délai suffisant et raisonnable pour présenter ses observations. En outre, la circonstance, au demeurant non établie, que la requérante n'a pas eu accès à l'ensemble des décisions prises dans le cadre de l'instruction de sa demande de permis de construire n'est pas de nature à entacher la procédure contradictoire préalable d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance d'une telle procédure doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

7. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. A ce titre, l'autorité compétente doit prendre en compte les éléments d'information disponibles, en particulier les études réalisées dans le cadre de l'élaboration ou de la révision d'un plan de prévention des risques alors même que celui-ci n'est pas encore entré en vigueur, ni n'a fait l'objet d'une application anticipée.

8. En l'espèce, pour retirer puis refuser le permis de construire sollicité par la requérante, le maire d'Aspremont a retenu, en application des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, que le projet litigieux, eu égard à sa situation, à ses caractéristiques ainsi qu'aux conditions matérielles de lutte contre l'incendie, portait atteinte à la sécurité publique au regard du risque incendie. D'une part, il résulte du principe énoncé au point précédent et contrairement à ce que soutient la requérante, que le maire d'Aspremont pouvait prendre en considération le classement du terrain d'assiette du projet litigieux en zone rouge d'aléa fort à très fort prévu par le plan de prévention du risque incendie de forêt alors même qu'il n'était pas encore opposable à la date de l'arrêté attaqué. En outre, la requérante ne saurait être regardée comme contestant sérieusement que son projet, eu égard à sa situation et ses caractéristiques consistant notamment à la régularisation d'un centre équestre qui implique la présence de personnes telles que des visiteurs ainsi que d'animaux, est de nature à porter atteinte à la sécurité publique au regard du risque incendie. D'autre part, par la seule production de fiches techniques concernant deux points d'eau et d'une attestation de M. C, architecte, indiquant uniquement que la voie d'accès intérieure présente une pente moyenne de " 13% environ ", Mme A ne saurait davantage être regardée comme contestant utilement la matérialité de l'ensemble des éléments que le maire d'Aspremont a retenu pour qualifier le projet litigieux comme ne prenant pas suffisamment en compte le risque incendie. Dans ces conditions, le motif de refus tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être regardé comme étant fondé.

9. Il résulte de l'instruction que le maire d'Aspremont aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Par suite, il n'y a pas lieu pour le tribunal de se prononcer sur les autres motifs de refus retenus par le maire d'Aspremont dans l'arrêté attaqué dont celui tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme qui n'a, au demeurant, pas été contesté par la requérante et aurait ainsi été de nature à fonder, dans ces conditions et à lui seul, l'arrêté attaqué.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentée par Mme A à l'encontre de l'arrêté du 4 janvier 2021 et de la décision par laquelle le maire d'Aspremont a rejeté son recours gracieux doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par ladite commune.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de Mme A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Aspremont, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

13. Il y a lieu, en revanche, de faire application des dispositions citées au point précédent et de mettre à la charge de la requérante une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Aspremont et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à la commune d'Aspremont une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse A et à la commune d'Aspremont.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère.

Assistés de Mme Martin, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

M. HolzerLe président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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