mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2103609 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | EL MOUSSAID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juin 2021, M. A B, représenté par Me El Moussaid, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a fixé en France le centre de sa vie familiale et professionnelle ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 avril 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Soler a été entendu au cours de l'audience publique du 10 mai 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né en 1994, affirme être entré en France en septembre 2011 et y résider de manière stable et continue depuis cette date. Il a adressé à la préfecture des Alpes-Maritimes, par un courrier du 30 juillet 2020, une demande d'admission au séjour. En l'absence de réponse, une décision implicite de rejet de sa demande est née à l'issue d'un délai de quatre mois. Par un courrier, reçu le 8 janvier 2021 par la préfecture, il a demandé la communication des motifs du refus. Aucune réponse n'a été apportée à sa demande. M. B demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. M. B soutient qu'il a fixé le centre de sa vie privée et familiale en France où il réside depuis le mois de septembre 2011. Si les éléments produits au dossier sont suffisamment étayés et concordants pour établir sa présence stable et continue en France depuis cette date, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que les liens personnels ou professionnels du requérant, qui est célibataire et sans charge de famille, rendraient impossible un retour dans son pays d'origine. A cet égard, la seule circonstance que sa mère soit, à la date de la décision attaquée, en situation régulière sur le territoire français, n'est pas suffisante, alors que le requérant est âgé de 26 ans à cette même date et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que d'autres membres de sa famille seraient en situation régulière sur le territoire, pour démontrer que ses liens personnels seraient tels qu'il aurait fixé en France le centre de sa vie privée et familiale. De même, l'existence d'une promesse d'embauche datée du 16 mars 2020 pour un contrat à durée déterminée de 6 mois n'est pas suffisante pour démontrer d'une intégration professionnelle caractérisée alors même que les relevés bancaires produits par le requérant ne démontrent pas d'une activité, même non déclarée, lui procurant des revenus réguliers suffisants. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes ne pouvait refuser de l'admettre au séjour dès lors qu'il aurait fixé le centre de sa vie privée et familiale en France. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.
4. En second lieu, si le requérant soutient que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa demande de titre de séjour, il ressort des pièces du dossier que la demande de M. B a été rejetée par une décision implicite. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation est inopérant et doit être écarté comme tel.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des
Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près du tribunal judiciaire de Nice.
Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bonhomme, président,
Mme Soler, conseillère,
M. Holzer, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
N. SOLER
Le président,
Signé
T. BONHOMMELa greffière,
Signé
O. MOULOUD
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
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