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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104119

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104119

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL ADDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juillet 2021 et le 7 mars 2022, la SNC Pitch Promotion, représentée par Me Nahmias et Me Daboussy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2021 par lequel le maire de la commune d'Auribeau-sur-Siagne a refusé de lui délivrer le permis de construire n° PC 000600720E0014 pour la construction d'un bâtiment comprenant 60 logements et un bureau ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Auribeau-sur-Siagne, à titre principal, de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de permis de construire dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Auribeau-sur-Siagne la somme de 15 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le motif du refus tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme n'est pas fondé dès lors que le chemin de l'Avarie est amplement suffisant pour assurer la desserte de l'opération dans les conditions prévues par le projet ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article R. 111-25 du code de l'urbanisme dès lors que les 96 places de stationnement prévues répondent aux caractéristiques du projet ;

- le motif du refus tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est erroné dès lors que ce motif ne repose que sur l'avis consultatif de l'architecte des bâtiments de France, que le maire s'est approprié, et qu'en tout état de cause, le projet ne porte pas atteinte à l'intérêt et au caractère des lieux avoisinants.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 février 2022 et le 28 mars 2022, la commune d'Auribeau-sur-Siagne, représentée par Me Chrestia, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la SNC Pitch Promotion la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 27 avril 2022, la clôture d'instruction a été ordonné le même jour.

Un mémoire présenté pour SNC Pitch Promotion a été enregistré le 5 mai 2022, postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Daboussy, représentant la SNC Pitch Promotion, et de Me Karbowiak, représentant la commune d'Auribeau-sur-Siagne.

Considérant ce qui suit :

1. Par une demande du 7 septembre 2020, complétée en dernier lieu le 10 novembre 2020, la SNC Pitch Promotion a déposé une demande de permis de construire en vue de la construction d'un bâtiment comprenant 60 logements et un bureau sur un terrain situé au n° 633 route de Cannes et chemin de l'Avarie à Auribeau-sur-Siagne. Par un arrêté du 21 janvier 2021, le maire de la commune d'Auribeau-sur-Siagne a opposé un sursis à statuer sur la demande de permis de construire puis par un arrêté du 29 juin 2021, a refusé de délivrer le permis de construire sollicité. Par une ordonnance du 27 août 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Nice a suspendu cet arrêté et enjoint à la commune de réexaminer la demande de permis de construire. A la suite de ce réexamen, le maire a délivré à la société un permis de construire temporaire. Par la présente requête, la SNC Pitch promotion demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 juin 2021 par lequel le maire de la commune d'Auribeau-sur-Siagne a refusé de lui délivrer le permis de construire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit un accès unique pour les véhicules depuis le chemin de l'Avarie, situé au Nord, lequel chemin mesure 5 mètres de large à l'endroit prévu pour l'accès aux véhicules. Par ailleurs, le chemin de l'Avarie est en double sens de circulation permettant le croissement des véhicules. Il ressort également du plan de masse que le projet prévoit la réalisation d'une voie d'accès de 4,50 mètres de large sur la parcelle permettant la création d'un espace d'attente à la sortie du parc de stationnement et une zone de manœuvre. En outre, le projet se situe à quelques dizaines de mètres de la route de Cannes suffisamment adaptée pour le surplus de véhicules dès lors qu'il s'agit d'une route départementale, sans que la présence à proximité d'un EPHAD ne soit de nature à remettre en cause cette capacité d'absorption de circulation. Enfin, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le projet a fait l'objet d'un avis favorable du service départemental d'incendie et de secours le 26 novembre 2020. Dans ces conditions, le maire de la commune a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que le projet méconnaissait l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme au regard de l'étroitesse du chemin de l'Avarie.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-25 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au présent litige : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable peut imposer la réalisation d'installations propres à assurer le stationnement hors des voies publiques des véhicules correspondant aux caractéristiques du projet. / Il ne peut être exigé la réalisation de plus d'une aire de stationnement par logement lors de la construction de logements locatifs financés avec un prêt aidé par l'Etat. / L'obligation de réaliser des aires de stationnement n'est pas applicable aux travaux de transformation ou d'amélioration de bâtiments affectés à des logements locatifs financés avec un prêt aidé par l'Etat, y compris dans le cas où ces travaux s'accompagnent de la création de surface de plancher, dans la limite d'un plafond de 50 % de la surface de plancher existant avant le commencement des travaux. ".

5. D'une part, contrairement à ce qui est soutenu par la société requérante, la commune d'Auribeau-sur-Siagne pouvait apprécier la légalité du projet en litige au regard des dispositions précitées de l'article R. 111-25 du code de l'urbanisme. Le moyen tiré d'une erreur de droit sera donc écarté.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la construction de 29 logements T1 et T2, ainsi que 31 logements T3 et T4. Il ressort notamment de la notice descriptive que le projet prévoit de réaliser un parc de stationnement de 94 places souterraines complétées par des emplacements deux roues, ainsi que deux places de stationnement en surface pour personne à mobilité réduite, soit au moins une place de stationnement pour chaque logement T1 et T2 et deux places de stationnement pour chaque logement T3 et T4. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le projet se situe à proximité immédiate de l'arrêt du bus de la ligne 610 qui dessert les communes de Cannes et de Grasse et de quatre places de stationnement public dont une pour personne à mobilité réduite. Dans ces conditions, le maire de la commune d'Auribeau-sur-Siagne a commis une erreur d'appréciation en estimant que le nombre de places de stationnement n'était pas suffisant.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

8. Contrairement à ce que soutient la SNC Pitch Promotion, il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire se serait estimé en situation de compétence liée par l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. Par ailleurs, le maire a estimé, en se référant à ces observations, que le projet n'était pas adapté à l'environnement par ses dimensions, son architecture et son aspect extérieur.

9. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le projet, classé en R+3, se situe dans une zone urbanisée comprenant des constructions en R+2 et R+3 et qu'il prévoit l'implantation en retrait du niveau R+3 afin de limiter sa visibilité depuis la voie publique. Par ailleurs, son architecture est sobre et contemporaine avec une façade dans les tons ocres pastels en cohérence avec les constructions voisines et la toiture plate du bâtiment permet de limiter sa hauteur. Si le maire fait valoir que le projet constitue un ensemble compact et monobloc, d'une part, il ressort des photographies versées aux dossiers que plusieurs constructions existantes sont composées de modules alignés et accolés contribuant à un effet de monobloc, et d'autre part, le projet se situe à proximité d'un EHPAD, qui est lui-même un bâtiment imposant en bordure de voie. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet serait de nature à porter atteinte aux caractères et à l'intérêt des lieux avoisinants. Par suite, le maire a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que le projet méconnaissait les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la SNC Pitch Promotion est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué du 29 juin 2021 est illégal et qu'il doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

12. L'exécution du présent jugement qui annule le refus de permis de construire opposée à la SNC Pitch Promotion implique que lui soit délivré un permis de construire. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'ordonnance du juge des référés du 27 août 2021 ayant suspendu l'arrêté litigieux du 29 juin 2021 et ayant enjoint au maire de la commune d'Auribeau-sur-Siagne de réexaminer la demande de permis de construire, celui-ci a délivré la SNC Pitch Promotion un permis de construire par arrêté du 21 septembre 2021 qui ne revêt plus de caractère provisoire. Par suite, l'exécution du présent jugement qui annule l'arrêté du 29 juin 2021 n'implique aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Auribeau-sur-Siagne une somme de 1 500 euros à verser à la SNC Pitch Promotion au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

14. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la SNC Pitch Promotion qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune d'Auribeau-sur-Siagne du 29 juin 2021 est annulé.

Article 2 : La commune d'Auribeau-sur-Siagne versera à la SNC Pitch Promotion la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SNC Pitch Promotion et à la commune d'Auribeau-sur-Siagne.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Pouget, présidente,

Mme Duroux, première conseillère,

Mme Chaumont, première conseillère,

assistés de Mme Gialis, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

La présidente,

signé

M. POUGETLa greffière,

signé

E. GIALIS

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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