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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104193

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104193

mercredi 15 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104193
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCARLES DE CAUDEMBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 août 2021 et 2 février 2024, Mme C B, représentée par Me Carles de Caudemberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Antibes Juan-Les Pins lui a infligé un blâme, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours gracieux ;

2°) d'annuler la décision du 3 juin 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Antibes Juan-Les Pins a refusé de la titulariser ;

3°) d'enjoindre au centre hospitalier d'Antibes Juan-Les Pins d'effacer de son dossier la sanction disciplinaire prise à son encontre et de procéder à la reconstitution de sa carrière dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Antibes Juan-Les Pins la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;

- la décision du 3 juin 2021 est entachée d'un vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire préalable ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance de l'article 2 du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que les règles de quorum et de convocation de la réunion de la commission administrative paritaire aient été respectées ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision du 3 juin 2021 méconnaît le principe du non bis in idem ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le refus de titularisation ne constitue pas une sanction prévue par les textes.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2023, le centre hospitalier d'Antibes Juan-Les Pins conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 29 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n°97-487 du 12 mai 1997 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 décembre 2024 :

- le rapport de Mme Soler, rapporteure,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- et les observations de Me Carles de Caudemberg, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée en qualité d'infirmière titulaire par le centre hospitalier d'Antibes Juan-Les Pins à compter du 1er juillet 2019. Par une décision du 20 novembre 2019, elle a été nommée stagiaire dans le grade de cadre de santé paramédical à compter du 15 novembre 2019. Par une décision du 25 janvier 2021, le directeur du centre hospitalier d'Antibes Juan-Les Pins lui a infligé un blâme pour des faits de falsification de plannings dans son intérêt. Par un courrier du 2 avril 2021, elle a formé un recours gracieux contre cette décision. Aucune réponse n'a été apportée à sa demande. Par une décision du 3 juin 2021, le directeur du centre hospitalier d'Antibes Juan-Les Pins a refusé de la titulariser dans le grade de cadre de santé paramédical. Mme B demande l'annulation de la décision du 25 janvier 2021, de la décision implicite rejetant son recours gracieux et de la décision du 3 juin 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 janvier 2021 et de la décision implicite rejetant son recours gracieux :

2. Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa rédaction applicable au litige : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. / () / Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire a l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre du fonctionnaire intéressé, de sorte que ce dernier puisse à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe. Si l'autorité qui prononce la sanction entend se référer à un avis, le texte de cet avis doit être incorporé et joint à sa décision.

3. En l'espèce, il ressort de la lecture de la décision contestée du 25 janvier 2021 que le directeur du centre hospitalier d'Antibes Juan-Les Pins, pour infliger une sanction de blâme à Mme B s'est borné à reprocher à celle-ci, " pendant l'année 2020 ", " des présences non effectives suite à des modifications a posteriori au travers de sa propre session informatique " et " la falsification de plannings dans son propre intérêt ", sans davantage de précisions en particulier sur la ou les périodes exactes concernées par ces faits ni sur le nombre de jours concerné par cette falsification. Si la décision en litige se réfère aux conclusions de l'enquête administrative portant sur les plannings des cadres de nuit pendant l'année 2020, sans que cette enquête n'ait été ni incorporée ni jointe à la décision en litige, une telle référence ne saurait suffire à constituer la motivation exigée par les dispositions précitées de la loi du 13 juillet 1983. Dès lors, Mme B est fondée à soutenir que la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Antibes Juan-Les Pins lui a infligé un blâme est entachée d'un défaut de motivation. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés à l'encontre de ces décisions, la décision du 25 janvier 2021 doit être annulée, ensemble la décision implicite rejetant le recours gracieux de Mme B.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 3 juin 2021 :

4. Aux termes de l'article 37 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière dans sa rédaction applicable au litige : " La titularisation des agents nommés dans les conditions prévues à l'article 29, aux a et c de l'article 32 et à l'article 35 est prononcée à l'issue d'un stage dont la durée est fixée par les statuts particuliers. / () / L'agent peut être licencié au cours de la période de stage après avis de la commission administrative paritaire compétente, en cas de faute disciplinaire ou d'insuffisance professionnelle. Dans ce dernier cas, le licenciement ne peut intervenir moins de six mois après le début du stage ". Aux termes de l'article 9 du décret du 12 mai 1997 fixant les dispositions communes applicables aux agents stagiaires de la fonction publique hospitalière : " L'agent stagiaire ne peut être licencié pour insuffisance professionnelle que lorsqu'il a accompli un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage. / () / Lorsque l'agent stagiaire a la qualité de fonctionnaire titulaire dans un autre corps, cadre d'emplois ou emploi, il est mis fin à son détachement et l'intéressé est réintégré dans son administration d'origine dans les conditions prévues par le statut dont il relève ".

5. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Cependant, la circonstance que tout ou partie de tels faits seraient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente prenne légalement une décision de refus de titularisation, pourvu que l'intéressé ait été alors mis à même de faire valoir ses observations. Il résulte de ce qui précède que, pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, l'intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.

6. En l'espèce, il ressort des motifs de la décision litigieuse que le directeur du centre hospitalier a refusé de titulariser Mme B au motif que " le défaut de probité manifesté par la falsification de plannings constaté en 2020 et ayant fait l'objet de la sanction disciplinaire susvisée constitue un comportement incompatible avec les fonctions de cadre de santé paramédical titulaire, du fait de l'exemplarité et de la légitimité de l'encadrant vis-à-vis des personnes encadrées, et portant atteinte à la confiance de l'autorité hiérarchique inhérente à la délégation des fonctions d'encadrement ". Ainsi, le motif relevé dans la décision litigieuse est de nature à caractériser une insuffisance professionnelle mais également une faute disciplinaire, ainsi que l'a par ailleurs retenu le directeur dans sa décision du 25 janvier 2021. L'administration devait donc mettre l'intéressée à même de présenter des observations avant de prendre la décision en litige. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est, au demeurant, pas soutenu par l'administration, que Mme B ait disposé de la faculté de présenter ses observations préalablement à la décision litigieuse. Dès lors, la requérante est fondée à soutenir que le refus de titularisation contesté est entaché d'un vice de procédure, lequel l'a privée d'une garantie. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés à l'encontre de cette décision, la décision du 3 juin 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Antibes Juan-Les Pins a refusé de titulariser Mme B doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. D'une part, aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " () / Parmi les sanctions du premier groupe, le blâme et l'exclusion temporaire de fonctions sont inscrits au dossier du fonctionnaire. Ils sont effacés automatiquement du dossier au bout de trois ans si aucune sanction n'est intervenue pendant cette période. / () ".

8. Dans l'hypothèse où le blâme prononcé à l'encontre de Mme B le 25 janvier 2021 serait encore inscrit à son dossier, il y a lieu d'enjoindre au directeur du centre hospitalier d'Antibes Juan-Les Pins d'effacer du dossier individuel de la requérante cette sanction dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la requérante.

9. D'autre part, compte tenu des motifs qui la fonde, l'annulation de la décision du 3 juin 2021 impliquait seulement de réintégrer Mme B en qualité de stagiaire à compter du 6 mars 2021 et de réexaminer sa situation mais pas de procéder à la reconstitution de sa carrière. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme B a été titularisée dans le grade de cadre de santé paramédical à compter du 1er novembre 2023 par le centre hospitalier de Grasse. Dès lors, en raison de ce changement dans les circonstances de fait, il n'y a plus lieu de prononcer cette injonction.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 25 janvier 2021, la décision implicite rejetant le recours gracieux de Mme B et la décision du 3 juin 2021 sont annulées.

Article 2 : Dans l'hypothèse où le blâme prononcé à l'encontre de Mme B le 25 janvier 2021 serait encore inscrit à son dossier, il est enjoint au directeur du centre hospitalier d'Antibes Juan-Les Pins d'effacer du dossier individuel de la requérante cette sanction dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier d'Antibes Juan-Les Pins.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

M. Bulit, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2025.

La rapporteure,

Signé

N. SOLER

Le président,

Signé

G. TAORMINALe greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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