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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104322

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104322

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104322
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS GÉRARD ROMAIN - VINCENT ZIMMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 10 août 2021, le 27 septembre 2023 et le 12 octobre 2023, la société " Les Embruns LTD ", représentée par Me Romain, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 10 février 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'autorisation d'occuper temporairement le domaine public maritime, ensemble la décision de rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui délivrer l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, première conseillère,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Blais, représentant la société " Les Embruns LTD ".

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté préfectoral du 8 janvier 1992, la société " Les Embruns LTD " a été autorisée, jusqu'au 31 décembre 1995, à occuper une parcelle de 11 m² appartenant au domaine public maritime, située au n° 28 avenue Claude Vignon à Saint-Jean-Cap-Ferrat, en vue de maintenir un pompage d'eau de mer au droit de la villa " Les Embruns ". Cette autorisation d'occupation temporaire a été renouvelée par un arrêté préfectoral du 16 janvier 1996 jusqu'au 31 décembre 2004. Par un courrier du 9 juillet 2020, la société " Les Embruns LTD " a sollicité auprès de la préfecture des Alpes-Maritimes, le renouvellement de l'autorisation d'occupation temporaire en vue de maintenir un pompage d'eau de mer échue depuis le 31 décembre 2004. Par un courrier du 10 février 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté cette demande, lequel refus a fait l'objet d'un recours gracieux, par courrier du 6 avril 2021, qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, la société " Les Embruns LTD " demande au tribunal d'annuler la décision du 10 février 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'autorisation d'occuper temporairement le domaine public maritime, ensemble la décision de rejet implicite de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 7° Refusent une autorisation, () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles l'autorité en charge de la gestion du domaine public refuse de délivrer une autorisation ou de renouveler une autorisation d'occupation du domaine public, sont au nombre des décisions qui doivent faire l'objet d'une motivation.

4. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser l'autorisation d'occupation du domaine public maritime, le préfet des Alpes-Maritimes a relevé que depuis le 31 décembre 2004, le pompage d'eau de mer sur le domaine public maritime a été maintenu par la société " Les Embruns LTD " sans autorisation, que le renouvellement d'un tel pompage " n'est envisageable que dans le cas où il n'y a pas de possibilité de raccordement aux réseaux publics, et sous condition de diagnostics et de suivis environnementaux ", que " l'installation concernée par la demande est située en zone Natura 2000 en mer, site du Cap-Ferrat " et que " l'installation objet de la demande se situe sur une petite zone sableuse au cœur d'un herbier de posidonies frangeant". Le préfet en conclut que le dossier " ne permet pas d'apprécier l'impact de l'installation sur [les] écosystèmes marins ". Dans ces conditions, la décision attaquée comporte ainsi les considérations de fait qui en constituent le fondement.

5. En revanche, si les articles L. 2122-1 et L. 2132-3 du code général de la propriété des personnes publics sont visés par la décision du préfet du 10 février 2021, celle-ci ne cite aucun texte sur lequel s'appuie l'administration pour justifier son refus au regard de la possibilité de raccordement aux réseaux publics et des impacts sur les écosystèmes marins. La décision du 10 février 2021 est ainsi entachée d'une insuffisance de motivation en droit, la société requérante n'étant pas en mesure, à la lecture de cette décision, de connaître l'ensemble des fondements juridiques de l'autorisation refusée.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision attaquée doit être annulée, ensemble la décision de rejet du recours gracieux de la société " Les Embruns LTD ".

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. L'exécution du présent jugement implique que la demande d'autorisation d'occupation du domaine public présentée par la société " Les Embruns LTD " soit réexaminée. Par suite, il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à la société " Les Embruns LTD " au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 février 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande d'autorisation d'occuper temporairement le domaine public maritime présentée par la société " Les Embruns LTD " est annulée, ensemble la décision de rejet implicite de son recours gracieux.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de la demande d'autorisation d'occupation du domaine public présentée par la société " Les Embruns LTD ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la société " Les Embruns LTD " la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société " Les Embruns LTD " et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, première conseillère,

Mme Chaumont, première conseillère,

assistés de Mme Antoine, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F.PASCALLa greffière,

signé

B-P ANTOINE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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