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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104640

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104640

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104640
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantELBAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 septembre 2021, M. K B, M. A H, Mme G H, M. D F et Mme J F, représentés par Me Elbaz, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite d'acceptation née à partir du 7 janvier 2020 du silence gardé par le maire de Vallauris-Golfe Juan qui ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. C E le 6 décembre 2019 ayant pour objet la division d'une parcelle située 323 chemin des Darboussières cadastrée section CE n°819, ensemble la décision implicite de leur recours gracieux contre cette décision ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vallauris-Golfe Juan une somme de

2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête n'est pas tardive et a été notifiée conformément à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- ils justifient d'un intérêt leur donnant qualité à agir au regard du chemin privatif qu'ils détiennent et qui dessert la parcelle litigieuse ; ce chemin, d'environ trois mètres de large, apparaît insuffisant pour desservir de nouveaux logements ; ainsi, dans l'optique de la construction de nouveaux logements, il sera porté atteinte aux conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leur bien ;

- la décision tacite de non-opposition est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article UC3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article UB3 du règlement du PLU, en tant qu'elles sont applicables aux secteurs non exposés au risque d'incendie de forêt tels que délimités par le plan de prévention des risques d'incendies de forêts (PPRIF).

Par deux mémoires en défense enregistrés les 31 décembre 2021 et 13 juillet 2022, M. C E, représenté par Me Aubret, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable faute d'intérêt donnant qualité à agir, les requérants n'étant pas voisins immédiats de la parcelle litigieuse, et celle-ci présentant une forte déclivité de nature à dissimuler d'éventuelles constructions ; s'agissant du chemin privatif, les requérants n'établissent pas sa propriété et les troubles invoqués se rapportent à des constructions, non à la décision de non-opposition ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2022, la commune de Vallauris-Golfe Juan conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable faute d'intérêt conférant qualité à agir, les requérants n'étant pas voisins immédiats de la parcelle litigieuse ; s'agissant des atteintes aux conditions d'occupation et de jouissance invoquées, la perte de la vue sur la mer n'est pas suffisamment établie tout comme l'aggravation des conditions de circulation sur le chemin privatif ; enfin, les atteintes invoquées doivent résulter du seul projet critiqué et non d'une autre autorisation, comme le permis d'aménager dont bénéficie M. E ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 18 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

30 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Vallauris-Golfe Juan ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024 :

- le rapport de M. Garcia, assesseur,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- les observations de Me Larbre, substituant Me Aubret, représentant M. E,

- et les observations de M. I, représentant la commune de Vallauris-Golfe Juan.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E a déposé le 6 décembre 2019 une déclaration préalable

DP n°00615519V0206 ayant pour objet la division d'une parcelle située 323 chemin des Darboussières cadastrée section CE n°819, en vue de la construction de deux maisons individuelles à usage d'habitation. A l'issue du délai d'instruction de cette demande, une décision tacite de non-opposition est née le 7 janvier 2020. M. K B, M. A H, Mme G H, M. D F et Mme J F ont effectué un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 27 avril 2021, lequel a été implicitement rejeté. Les requérants demandent l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme n'impose la motivation que de la seule décision d'opposition à déclaration préalable, ou à tout le moins la non-opposition assortie de prescriptions. Or, la décision attaquée est une décision tacite de non-opposition. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article UC3 du règlement du PLU : " Les caractéristiques des accès et des voies privées doivent être adaptées à l'opération et satisfaire à la fois aux exigences : - de sécurité, - de défense contre l'incendie, - de ramassage des ordures ménagères. Pour être constructible, tout terrain doit avoir accès à une voie, publique ou privée () ". Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Aux termes de l'article L. 442-1 du même code : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ".

4. Il résulte des dispositions du code de l'urbanisme que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

5. Pour soutenir que la décision en litige méconnaît les dispositions précitées du règlement du PLU et du code de l'urbanisme, les requérants soutiennent que le chemin privé, sur lequel ils ont consenti une servitude de passage, et qui permet de desservir la parcelle litigieuse, ne permet pas, dans l'optique d'une construction de celle-ci, la giration des véhicules de secours ou de lutte contre les incendies, dès lors que le chemin serait trop étroit. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet de lotissement en litige est accessible depuis le chemin des Darboussières, par un chemin privé pour l'essentiel rectiligne et qui ne présente pas de relief particulier. Il ressort également des pièces du dossier, notamment du plan du géomètre-expert, que si ce chemin dispose d'une largeur de 3,61 mètres au niveau de son débouché sur le chemin des Darboussières, et de 2,72 en sa portion la plus étroite, sa largeur est en revanche de 5 mètres sur la majorité de son tracé, et notamment au niveau de l'unité foncière litigieuse. Eu égard au nombre limité de constructions ayant vocation à être desservies par ce chemin privé, au caractère rectiligne de ce chemin, et dès lors que les requérants n'établissent pas que la giration des véhicules des services de lutte contre l'incendie et de secours ne serait pas possible avec une largeur de 5 mètres, les moyens tirés de la méconnaissance des articles UC3 du règlement du PLU et R. 111-2 du code de l'urbanisme ne peuvent qu'être écartés.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article UB3 du règlement du PLU : " () Dans les secteurs non exposés au risque d'incendie de forêt, situés en zone blanche du P.P.R.I.F. : Dans le cas de la réalisation d'une opération d'urbanisme groupée (lotissement, permis de construire valant division foncière, habitat en bande au-delà de deux logements, ZAC,) et d'immeubles d'habitat collectif : les voies internes nouvellement créées (à double issue de préférence) ont des rayons de courbure supérieurs à 9 mètres, une pente en long inférieure à 15%, et une bande de roulement d'une largeur minimum de 5 mètres ou toute autre solution agréée par le SDIS () ".

7. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions qu'elles ont vocation à s'appliquer aux seules voies internes nouvellement créées. Or, il est constant que le chemin privé permettant l'accès au terrain d'assiette du projet existait antérieurement à l'autorisation d'urbanisme en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision tacite née le 7 janvier 2020 par laquelle le maire de la commune de Vallauris-Golfe Juan ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. E le

6 décembre 2019 ainsi que de la décision née le 6 juillet 2021 rejetant implicitement leur recours gracieux dirigé contre cette décision.

Sur les frais de l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Vallauris-Golfe Juan, une quelconque somme au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, au titre de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge des requérants pris solidairement une somme globale de 1500 euros au titre des frais exposés par M. E et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B, M. et Mme H, M. et Mme F est rejetée.

Article 2 : M. B, M. et Mme H, M. et Mme F pris solidairement verseront à

M. E une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. K B, représentant unique au sens de l'article R. 411-5 du code de justice administrative, à M. C E et à la commune de Vallauris-Golfe Juan.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

M. Garcia, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

A. Garcia

Le président,

Signé

G. Taormina Le greffier,

Signé

D. Crémieux

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière

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