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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104724

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104724

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104724
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantLE GARS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Le Gars, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 février 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement refusé de renouveler la carte de séjour " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " dans le mois de la notification du jugement, et dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans les 48 heures de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice du 2 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juin 2023 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- et les observations de Me Le Gars, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant cubain, demande au tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement refusé de renouveler sa carte de séjour.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa numérotation applicable : " Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 311-12-1 du même code, alors en vigueur : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans le cas où une décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a déposé, le 9 octobre 2020, auprès des services du ministère de l'intérieur, une demande de renouvellement de sa carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ". En application des dispositions précitées, le silence gardé a fait naître une décision implicite de refus le 9 février 2021. La confirmation électronique d'enregistrement de sa demande de renouvellement, versée au dossier, indiquait que son dossier allait être transféré vers la préfecture de son lieu de résidence, qu'il serait informé des suites de sa demande et qu'il serait contacté par mail en cas de dossier complet ou de pièce manquante ou inadaptée. Ce récépissé d'enregistrement ne mentionnait cependant pas les conditions de naissance d'une décision implicite de rejet, de sorte qu'aucun délai de recours contentieux ne lui est opposable.

4. Par ailleurs, M. B doit être regardé comme ayant eu connaissance acquise de l'existence d'une telle décision implicite de rejet au plus tard à la date à laquelle il a introduit le présent recours contentieux, soit le 12 septembre 2021. Il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité la communication des motifs de cette décision dans le délai de deux mois suivant l'enregistrement de son recours, par courrier adressé au préfet des Alpes-Maritimes le 14 septembre 2021 et réceptionné 20 septembre suivant, dans les conditions prévues par les dispositions précitées. Aucune réponse n'ayant été apportée à cette demande, M. B est, dès lors, fondé à soutenir que la décision implicite rejetant sa demande de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation. Par suite, il y a lieu d'en prononcer, pour ce motif, l'annulation.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé le renouvellement de sa carte de séjour temporaire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu et au vu de l'examen de l'ensemble des moyens soulevés, l'annulation de la décision attaquée implique seulement le réexamen de la demande de renouvellement de carte de séjour de M. B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'y procéder, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement. Dans cette attente, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer, dès notification du jugement, à M. B une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. D'une part, la présente instance ne comportant pas de dépens, les conclusions présentées au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

8. D'autre part, M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Le Gars, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Le Gars de la somme de 800 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement refusé de renouveler la carte de séjour au titre de la vie privée et familiale de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dès notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Le Gars une somme de 800 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Le Gars renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Le Gars et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grasse.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La rapporteure,

signé

D. Gazeau

La présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert La greffière,

signé

S. Génovèse

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

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