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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104812

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104812

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104812
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMOLINES SEBASTIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 septembre 2021, 13 mars 2023 et 23 février 2024, la société anonyme Escota, représentée par Me Rousselin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 février 2021 par laquelle l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser le licenciement pour motif disciplinaire de M. A, ensemble la décision de rejet née du silence gardé par la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion sur son recours hiérarchique ;

2°) d'autoriser le licenciement pour motif disciplinaire de M. A ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner l'Etat au paiement des entiers dépens.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;

- la matérialité du grief tiré de ce que M. A a eu l'intention d'organiser une formation fictive pour la période du 30 novembre au 3 décembre 2020 est établie et ce seul fait est d'une gravité suffisante pour justifier un licenciement ;

- les autres griefs reprochés à M. A sont matériellement établis et suffisamment graves pour justifier un licenciement ;

- l'intéressé avait connaissance de l'intégralité des griefs qui lui étaient reprochés au terme de son entretien préalable, de sorte que l'inspecteur du travail a commis une erreur de droit en ne les prenant pas tous en compte.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Molines, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société Escota au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2023, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Une mise en demeure a été adressée le 28 décembre 2023 au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Provence-Alpes-Côte d'Azur qui n'a pas produit de mémoire.

Par ordonnance du 28 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 28 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 juin 2024 :

- le rapport de Mme Soler, rapporteure,

- et les conclusions de M. Beyls, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A exerce les fonctions de superviseur de péage, au sein de la société Escota. Il détient par ailleurs des mandats en tant que membre titulaire du comité social et économique et délégué syndical. Par un courrier, reçu le 4 janvier 2021, la société Escota a demandé à l'inspecteur du travail l'autorisation de le licencier. Par une décision du 26 février 2021, l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser ce licenciement. Par un courrier, reçu le 26 avril 2021, la société Escota a formé un recours hiérarchique auprès de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion. Aucune réponse n'a été apportée à sa demande. La société Escota demande au tribunal d'annuler la décision du 26 février 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.

Sur le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées :

3. Aux termes des articles R.2421-5 et R.2421-12 du code du travail : " La décision de l'inspecteur du travail est motivée. / () ". Et aux termes de l'article L.232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, que la décision par laquelle l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser le licenciement pour motif disciplinaire de M. A, qui cite les textes applicables, relève, après avoir précisé de manière circonstanciée la nature des faits reprochés à l'intéressé par son employeur, que si la matérialité et l'imputabilité du courriel du 20 octobre 2020 attribuées à M. A sont établies, elles ne constituent pas en tant que telles la preuve de l'organisation d'un système de fraude au congé de formation économique, sociale et syndicale, dès lors qu'il existe un doute sur la signification précise et l'intention présumée contenue dans ce courriel, doute qui profite au salarié, de sorte que ce courriel n'est pas constitutif d'une faute. Par ailleurs, elle mentionne que si le fait d'avoir écourté, le 1er octobre 2020, une formation en vue de l'organisation du repas annuel du syndicat CFTC constitue une faute, il ne peut être regardé, pris isolément, comme d'une gravité suffisante pour justifier un licenciement. De même, elle mentionne que si M. A a produit une attestation pour les dates des 29 et 30 janvier 2020 ne correspondant à aucune session de formation réelle, ce fait, pris isolément, ne peut être regardé comme d'une gravité suffisante pour justifier un licenciement. Elle précise enfin, que les faits reprochés à M. A, tirés de ce qu'il existerait un doute sur la véracité des attestations de présence produites par l'intéressé pour des formations au titre du congé de formation économique, sociale et syndicale, de ce qu'il aurait eu recours à des formations non référencées par les instances du syndicat CFTC et de ce qu'il aurait organisé un système de fraude à la formation sur la période comprise entre les années 2017 et 2019 n'ont pas été présentés au salarié lors de l'entretien préalable au licenciement et ne sauraient dès lors être retenus à son encontre. Cette motivation répond ainsi aux exigences précitées des articles R.2421-5 et R.2421-12 du code du travail et par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

5. En second lieu, lorsqu'un requérant présente simultanément des conclusions à fin d'annulation d'une décision administrative et du refus de faire droit au recours gracieux présenté à l'encontre de celle-ci, les moyens relatifs aux vices propres dont la décision de rejet du recours gracieux serait entachée, ne peuvent être utilement invoqués par l'intéressé à l'appui de sa requête. En tout état de cause, il résulte des dispositions de l'article L.232-4 du code des relations entre le public et l'administration, qu'une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas entachée d'illégalité du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Elle ne peut être regardée comme illégale qu'en l'absence de communication de ses motifs dans le délai d'un mois par l'autorité saisie. A cet égard, il ne ressort pas des pièces du dossier que la société requérante aurait sollicité la communication des motifs de la décision implicite rejetant son recours gracieux. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision née du silence gardé par la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion sur sa demande doit, par suite, être écarté comme inopérant.

Sur le moyen tiré de ce que l'intéressé avait connaissance de l'intégralité des griefs qui lui étaient reprochés au terme de son entretien préalable de sorte que l'inspecteur du travail a commis une erreur de droit en ne les prenant pas tous en compte :

6. Aux termes de l'article L.1232-3 du code du travail : " Au cours de l'entretien préalable, l'employeur indique les motifs de la décision envisagée et recueille les explications du salarié ". Il résulte de ces dispositions que l'employeur est tenu, lors de l'entretien préalable, d'indiquer au salarié les motifs du licenciement envisagé contre lui, et que, dès lors, l'inspecteur du travail ne peut retenir des griefs qui n'ont pas été indiqués au salarié. L'inspecteur du travail peut toutefois légalement accorder l'autorisation de licenciement demandée lorsqu'une partie seulement des griefs reprochés à l'intéressé a été évoquée au cours de l'entretien préalable, à la condition que les griefs évoqués présentent, à eux seuls, une gravité suffisante pour justifier une telle décision.

7. Il ressort de la lecture du compte-rendu de l'entretien préalable au licenciement de l'intéressé qui s'est tenu le 27 novembre 2020, produit par la société requérante, que celle-ci a indiqué à M. A retenir contre lui les griefs tirés de ce qu'il aurait tenté d'organiser une formation fictive sur la période du 30 novembre au 3 décembre 2020, de ce qu'un repas aurait été organisé sur un temps de formation en date du 1er octobre 2020 et de ce que les attestations produites ne correspondent pas à ce qui est spécifié par le syndicat CFTC dans un guide 2020 sur la formation. Dès lors, contrairement à ce que soutient la société requérante, l'inspecteur du travail n'a pas commis d'erreur de droit en écartant les griefs invoqués par la société Escota dans sa demande d'autorisation de licenciement tirés de ce que M. A aurait produit des attestations de présence pour des formations au titre du congé de formation économique sociale et syndicale qui présentaient des différences de formes inhabituelles et permettaient de douter sérieusement de leur véracité, de ce qu'il aurait eu recours à des formations non référencées et non attestées par les instances du syndicat CFTC, de ce qu'il aurait produit des attestations de stage CFTC pour la période des 12 et 13 novembre 2020, alors même qu'il participait à un congrès ces jours-là et que le stage en litige n'était pas référencé et dispensé par l'organisme de formation CFTC et de ce qu'il aurait organisé un système de fraude aboutissant à un maintien de salaires indus, au paiement de frais fictifs payés par l'employeur et de sommes indûment remboursées au syndicat d'un montant de 16 695 euros pour la période 2017/2019. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

Sur le moyen selon lequel la matérialité du grief tiré de ce que M. A a eu l'intention d'organiser une formation fictive pour la période du 30 novembre au 3 décembre 2020 est établie et que ce seul fait est d'une gravité suffisante pour justifier un licenciement :

8. Aux termes de l'article L.1235-1 du code du travail : " En cas de litige, () le juge, à qui il appartient d'apprécier la régularité de la procédure suivie et le caractère réel et sérieux des motifs invoqués par l'employeur, forme sa conviction au vu des éléments fournis par les parties après avoir ordonné, au besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. / () / Si un doute subsiste, il profite au salarié ".

9. En l'espèce, la demande d'autorisation de licenciement de M. A est notamment fondée sur le grief tiré de ce que celui-ci a tenté d'organiser une formation économique, sociale et syndicale fictive sur la période comprise entre le 30 novembre et le 3 décembre 2020. L'inspecteur du travail a retenu qu'il existe un doute sur la signification précise et l'intention présumée contenues dans le mail adressé par l'intéressé le 20 octobre 2020, que celui-ci profite au salarié et que si la matérialité et l'imputabilité du mail attribuées à M. A sont bien établies, elles ne constituent pas en tant que telles, la preuve de l'organisation d'un système de fraude, de sorte que ce courriel n'est pas constitutif d'une faute.

10. Contrairement à ce que fait valoir M. A en défense, il ressort des pièces du dossier et notamment des déclarations même de l'intéressé lors de l'entretien préalable à son licenciement, que la société Escota avait connaissance, dès cette date, du courriel qu'il a adressé le 20 octobre 2020, dès lors qu'il en avait fait lui-même lecture à la direction des ressources humaines. De même, contrairement à ce que fait valoir l'intéressé en défense, il ne ressort pas des pièces du dossier que celui-ci aurait été obtenu ultérieurement de manière déloyale par l'entreprise, dès lors que le consentement du salarié ayant fourni une copie de celui-ci est établi par constat d'huissier. Enfin, contrairement à ce que fait également valoir M. A, la circonstance que l'objet du courriel en litige aurait mentionné que celui-ci était confidentiel n'est pas de nature à l'écarter des débats.

11. Pour soutenir que M. A aurait sciemment tenté d'organiser une formation fictive sur la période du 30 novembre au 3 décembre 2020, la société Escota se prévaut du contenu du courriel du 20 octobre 2020 aux termes duquel cette formation " permettrait de pouvoir justifier des dépenses pour le budget congés éducation du CSE ", " n'aurait donc pas lieu réellement " et indiquant aux salariés concernés qu'" il ne faut pas utiliser votre badge Escotis et ne pas se rendre sur votre lieu de travail ". Elle se prévaut également de contradictions dans les motifs d'annulation invoqués par le salarié ainsi que de la survenance de cette annulation concomitamment à l'engagement de procédures disciplinaires à l'encontre de M. A et des salariés concernés par cette formation supposée. Pour refuser l'autorisation sollicitée, l'inspecteur du travail relève que l'intéressé a reconnu avoir utilisé le terme " réel " en lieu et place du mot " présentiel ", que l'organisme de formation a confirmé par courrier du 6 décembre 2020 qu'une formation était bien prévue à ces dates et qu'en raison de problèmes techniques il avait été décidé de son report et qu'il n'est pas établi que M. A était informé de l'objet précis de la convocation devant le conseil de discipline des salariés concernés de sorte qu'il existe un doute profitant au salarié sur la signification précise et l'intention présumée contenues dans le courriel du 20 octobre 2020. Ces derniers éléments font naître un doute sur la réalité du grief invoqué par la société dans sa demande. Il résulte des dispositions de l'article L. 1235-1 du code du travail citées au point 8 que lorsqu'un doute subsiste sur l'exactitude matérielle des griefs formulés contre un salarié, ce doute doit lui profiter. Ainsi, la matérialité du grief tiré de ce que M. A aurait sciemment tenté d'organiser une formation fictive sur la période du 30 novembre au 3 décembre 2020 ne saurait être regardée comme établie. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur le moyen tiré de ce que les autres griefs reprochés à M. A sont matériellement établis et suffisamment graves pour justifier un licenciement :

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 7, que les griefs tirés de ce que M. A aurait produit des attestations de présence pour des formations au titre du congé de formation économique sociale et syndicale qui présentaient des différences de formes inhabituelles et permettaient de douter sérieusement de leur véracité, de ce qu'il aurait eu recours à des formations non référencées et non attestées par les instances du syndicat CFTC, de ce qu'il aurait produit des attestations de stage CFTC pour la période des 12 et 13 novembre 2020, alors même qu'il participait à un congrès ces jours-là et que le stage en litige n'était pas référencé et dispensé par l'organisme de formation CFTC et enfin de ce qu'il aurait organisé un système de fraude aboutissant à un maintien de salaires indus, au paiement de frais fictifs payés par l'employeur et de sommes indûment remboursées au syndicat d'un montant de 16 695 euros pour la période 2017/2019 ne peuvent être retenus à son encontre, dès lors qu'ils ne lui ont pas été exposés lors de l'entretien préalable à son licenciement. Dès lors, le moyen doit être regardé comme portant uniquement sur les griefs tirés de ce que l'intéressé aurait organisé, le 1er octobre 2020, le repas annuel de la CFTC Escota sous couvert d'une formation en visioconférence et de ce qu'il aurait produit de fausses attestations de présence pour deux formations s'étant tenues du 29 au 30 janvier 2020 et du 28 au 30 avril 2020.

13. Aux termes de l'article L. 2145-5 du code du travail dans sa rédaction applicable au litige : " Tout salarié qui souhaite participer à des stages ou sessions de formation économique et sociale ou de formation syndicale organisés soit par des centres rattachés aux organisations syndicales mentionnées au 3° de l'article L. 2135-12, soit par des instituts spécialisés, a droit, sur sa demande, à un ou plusieurs congés ". Et aux termes de l'article L. 2145-6 du même code dans sa rédaction applicable au litige : " Le salarié bénéficiant du congé de formation économique, sociale et syndicale a droit au maintien total ou partiel par l'employeur de sa rémunération, sur demande d'une organisation syndicale satisfaisant aux critères de respect des valeurs républicaines et d'indépendance, légalement constituée depuis au moins deux ans et dont le champ professionnel et géographique couvre celui de l'entreprise ou de l'établissement. / () ".

14. S'agissant du premier grief, tiré de ce que l'intéressé aurait, le 1er octobre 2020, sous couvert d'une formation économique, sociale et syndicale, organisé le repas annuel de la CFTC Escota, il ressort des pièces du dossier et notamment des déclarations concordantes des salariés ayant participé à cette journée ainsi que des déclarations de M. A à l'inspecteur du travail, que la formation prévue avait été écourtée afin de permettre l'organisation d'un repas au restaurant. Dès lors, la matérialité du grief est établie et celui-ci est constitutif d'une faute.

15. S'agissant du deuxième grief, tiré de ce que l'intéressé aurait produit une attestation de présence pour un stage du 29 au 30 janvier 2020 à Paris mettant en évidence une utilisation abusive du papier à en-tête de la CFTC, une utilisation abusive de la signature d'une salariée confédérale et une session qui n'aurait pas réellement eu lieu, d'une part, il ressort de la lecture de la décision attaquée, que l'enquête contradictoire menée par l'inspecteur du travail a mis en évidence l'absence de session de formation à ces dates, de sorte que cette première partie du grief est établie et constitue une faute. D'autre part, si une utilisation abusive du papier à en-tête de ce syndicat et une utilisation abusive de la signature d'une salariée confédérale ont été mis en évidence, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces utilisations abusives pourraient être, de manière certaine, attribuées à M. A. Comme rappelé au point 8, il résulte des dispositions de l'article L.1235-1 du code du travail que lorsqu'un doute subsiste sur l'exactitude matérielle des griefs formulés contre un salarié, ce doute doit lui profiter. Ainsi, la matérialité de la deuxième partie du grief, tirée de ce que M. A aurait procédé à une utilisation abusive du papier à en-tête du syndicat CFTC et de la signature d'une salariée confédérale ne saurait être regardée comme établie.

16. Enfin, s'agissant du troisième grief, tiré de ce que la société Escota aurait un doute sur la réalité d'une formation s'étant déroulée du 28 au 30 avril 2020, il ressort de la lecture de la demande d'autorisation de licenciement qu'elle a adressée à l'inspecteur du travail, que la société requérante n'a pas entendu se fonder sur ce grief à l'appui de sa demande. En tout état de cause, aucune des pièces produites au dossier ne permet d'établir l'absence de réalité de cette formation. Dès lors, la matérialité de ce dernier grief n'est pas établie.

17. Il résulte de ce qui précède, que seuls les griefs tirés de ce que M. A a, le 1er octobre 2020, organisé le repas annuel de la CFTC Escota sous couvert d'une formation économique, sociale et syndicale et produit une attestation de présence pour un stage du 29 au 30 janvier 2020 à Paris, alors que celui-ci n'a pas eu lieu, sont matériellement établis et constitutifs d'une faute de l'intéressé. Toutefois, alors que M. A présente une ancienneté de plus de 35 ans dans l'entreprise et en l'absence d'antécédent disciplinaire, l'inspecteur du travail a pu, à bon droit, estimer que les faits en cause ne présentaient pas un caractère de gravité suffisante de nature à justifier un licenciement. Par suite, le moyen selon lequel les autres griefs reprochés à M. A sont matériellement établis et suffisamment graves pour justifier un licenciement doit également être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par la société Escota doivent être rejetées, ensemble ses conclusions présentées à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société Escota au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Escota la somme demandée par M. A au même titre.

20. Aucun dépens n'ayant été exposé au cours de la présente instance, les conclusions présentées à ce titre par la société Escota ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Escota est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Escota, à la ministre chargée du travail, de la santé et des solidarités et à M. B A.

Copie en sera adressée pour information au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

Mme Sandjo, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SOLER

Le président,

Signé

G. TAORMINA Le greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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