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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2105208

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2105208

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2105208
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLE MAUX & CAMPESTRINI ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 octobre 2021, M. B A, représenté par

Me Campestrini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 septembre 2021 par laquelle le directeur de centre hospitalier d'Antibes l'a suspendu de ses fonctions, à compter du 15 septembre 2020, dès lors qu'il ne justifiait pas s'être conformé à l'obligation vaccinal prévue pour les personnels hospitaliers et ne remplissait pas les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues par l'article 14 de la loi n°2021-1040 du 5 août 2021 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier d'Antibes de lui payer les salaires et avantages dus durant la période de suspension ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Antibes une somme de 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est illégale car, d'une part, elle a été prise et notifiée le 14 septembre 2021, soit avant l'entrée en vigueur de l'obligation vaccinale fixée par la loi du 5 août 2021 au 15 septembre 2021 et, d'autre part, il était en congé maladie ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- elle constitue une sanction non prévue par les dispositions de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- elle est discriminatoire et disproportionnée ;

- elle méconnait les articles 2, 3 et 29 du Règlement (UE) n°536/2014 du Parlement européen du 16 avril 2014, les articles 1121-1 et 1122-1 du Code de la santé publique, dès lors qu'elle la soumettait, en violation de son droit à donner un consentement libre et éclairé, à un vaccin expérimental et n'ayant pas fait l'objet d'une autorisation de mise sur le marché ;

- il a été privé du droit d'être entendue devant un conseil de discipline avant l'édiction de la suspension.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2023, le centre hospitalier d'Antibes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la mesure suspension, bien que datée du 14 septembre 2021, n'entrait en vigueur que le 15 septembre 2021, conformément à la législation en vigueur ;

- elle n'a pas eu d'effet concret dans la mesure où M. A n'a été privé ni de sa rémunération, ni d'aucun autre avantage, ayant été en arrêt maladie entre le 30 juillet 2021 et le 30 novembre 2021, soit une absence de 124 jours consécutifs ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 novembre 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 21 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le règlement n° 536/2014 du 16 avril 2014 ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le décret n° 2021-1059 du 9 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement informées du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 juin 2024 :

- le rapport de Mme Sandjo, rapporteure,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- M. A et le centre hospitalier d'Antibes n'étant ni présents, ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. M. A exerce en qualité d'infirmier diplômé d'Etat du 1er grade au centre hospitalier d'Antibes. Par une décision du 14 septembre 2021, le directeur du centre hospitalier d'Antibes l'a informé de la mesure de suspension prise à son encontre, avec effet à compter du 15 septembre 2021, dès lors qu'il ne présentait pas un schéma vaccinal complet et ne remplissait plus ainsi, les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues par l'article 14 de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Aux termes de l'article 13 de cette même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. Ce certificat peut, le cas échéant, comprendre une date de validité. / () ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. / () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient aux établissements de soins de contrôler le respect de l'obligation vaccinale de leurs personnels soignants et agents publics et, le cas échéant, de prononcer une suspension de leurs fonctions jusqu'à ce qu'il soit mis fin au manquement constaté. L'appréciation selon laquelle les personnels ne remplissent pas les conditions posées par ces dispositions, ne résulte pas d'un simple constat, mais nécessite non seulement l'identification du cas, parmi ceux énumérés par le I de l'article 13, dans lequel se trouve l'agent, mais également l'examen de la régularité du justificatif produit au regard de ces dispositions et de celles des dispositions réglementaires prises pour leur application.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité à droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42 ". Il résulte de ces dispositions, combinées avec celles précitées des articles 12 et 14 de la loi du 5 août 2021, que si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 15 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " / () / Les fonctionnaires bénéficiaires d'un congé de maladie doivent se soumettre au contrôle exercé par l'autorité investie du pouvoir de nomination. Cette dernière peut faire procéder à tout moment à la contre-visite de l'intéressé par un médecin agréé ; le fonctionnaire doit se soumettre, sous peine d'interruption de sa rémunération, à cette contre-visite. / ()/ ". Ces dispositions ont pour objet de permettre à l'administration, lors d'une demande initiale de congé de maladie ou à chaque renouvellement, de vérifier, pour l'avenir, le bien-fondé de celle-ci en faisant procéder à une contre-expertise suivie, le cas échéant, d'une saisine du comité médical. L'agent intéressé, placé de plein droit en congé de maladie dès la demande qu'il a formulée sur le fondement d'un certificat médical, demeure en situation régulière tant que l'administration n'a pas expressément rejeté sa demande de congé de maladie ou n'a pas enjoint à l'agent de reprendre ses fonctions. En revanche, ces dispositions n'autorisent pas l'administration à rejeter rétroactivement un congé de maladie.

5. Il résulte de ce qui précède, que l'obligation vaccinale des personnels hospitaliers s'impose à ceux-ci, alors même qu'ils se trouveraient régulièrement placés en congé de maladie en application de l'article 41 précité de la loi du 9 janvier 1986. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que, eu égard à son placement en arrêt de travail, à compter du 30 juillet 2021, il n'était pas tenu de justifier de son statut vaccinal à la date du 15 septembre 2021.

6. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, que la mesure litigieuse de suspension est intervenue le 14 septembre 2021, alors même que l'intéressé se trouvait régulièrement placé en arrêt de travail depuis le 30 juillet 2021, arrêt prolongé à plusieurs reprises, jusqu'au 30 octobre 2021. Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'eu égard à son placement en congé de maladie, il ne pouvait faire l'objet d'une mesure de suspension à la date du 15 septembre 2021.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du 14 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Antibes a suspendu M. A de ses fonctions à compter du 15 septembre 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. M. A demande le paiement des salaires et avantages dus durant la période de suspension. Toutefois, en l'absence de production d'éléments précis établissant la réalité et le montant des pertes de salaires alléguées ou des avantages dus durant la période de la suspension, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait été privé effectivement de sa rémunération et des avantages liés. Le centre hospitalier d'Antibes soutient d'ailleurs, sans être contredit, que la mesure de suspension n'a été suivie d'aucun effet concret dès lors que M. A a perçu sa rémunération normalement pendant toute la période considérée. Dès lors, le présent jugement n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier d'Antibes la somme de 500 euros à verser à M. A, au titre des dispositions de l'article

L.761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 14 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Antibes a suspendu M. A de ses fonctions est annulée.

Article 2 : Le centre hospitalier d'Antibes versera la somme de 500 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier d'Antibes.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

Mme Sandjo, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

G. SANDJO

Le président,

Signé

G. TAORMINA

Le greffier,

Signé

D. CRÉMIEUX

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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