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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2105351

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2105351

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2105351
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantTALAN AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a examiné la requête de la SAS Cellnex France contestant l'arrêté du maire de Vallauris-Golfe Juan du 7 mai 2021, qui s'opposait à ses travaux de remplacement et d'ajout d'antennes-relais sur un immeuble. La société invoquait une méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article UB11 du PLU local. Le tribunal a jugé que la légalité de la décision devait s'apprécier au regard des dispositions du PLU, et non du code de l'urbanisme, car elles avaient le même objet. Il a estimé que le projet, situé dans un tissu urbain sans harmonie architecturale, ne portait pas atteinte au caractère des lieux, annulant ainsi l'arrêté d'opposition et la décision de rejet du recours gracieux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 octobre 2021 et 5 décembre 2023, la société par actions simplifiées (SAS) Cellnex France, représentée par Me Bon-Julien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2021 par lequel le maire de la commune de

Vallauris-Golfe Juan s'est opposé à la réalisation des travaux objet de la déclaration

DP N°00615521V0078 déposée le 22 mars 2021, ensemble la décision du 19 août 2021 rejetant implicitement son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Vallauris-Golfe Juan de prendre un arrêté de non-opposition à la réalisation de ces travaux dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Vallauris-Golfe Juan une somme de

1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ainsi que celles de l'article UB11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune ;

- aucun motif ne s'oppose à ce qu'il soit enjoint au maire de prendre un arrêté de non-opposition à déclaration préalable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, la commune de Vallauris-Golfe Juan, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Cellnex France une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le moyen soulevé dans la requête n'est pas fondé.

Par une lettre du 1er décembre 2023, les parties ont été informées, par application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que l'affaire était susceptible d'être inscrite à une audience du 1er semestre 2024 et que l'instruction était susceptible d'être close à partir du 15 décembre 2023.

Par une ordonnance du 10 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 21 décembre 2021 et portant le n°2105352 par laquelle le juge des référés a statué sur la requête en référé-suspension dirigé contre l'arrêté attaqué.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Vallauris-Golfe Juan ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024 :

- le rapport de M. Garcia, assesseur,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- et les observations de M. A, représentant la commune de Vallauris-Golfe Juan.

Considérant ce qui suit :

1. La société Cellnex France a déposé le 22 mars 2021 une déclaration préalable ayant pour objet le remplacement de deux cheminées dissimulant deux antennes-relais ainsi que l'ajout d'une troisième antenne-relais dissimulée selon les mêmes modalités sur le toit d'un immeuble situé 67 avenue Georges Clémenceau à Vallauris-Golfe Juan. Par un arrêté du 7 mai 2021, le maire de la commune s'est opposé à la réalisation des travaux. La société Cellnex France demande ensemble l'annulation de cet arrêté ainsi que le rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes de l'article UB11 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Vallauris-Golfe Juan : " () Ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des services publics ou répondant à un intérêt collectif : Ils devront être intégrés au mieux dans leur environnement de façon à diminuer au maximum leur impact visuel ". L'article 11.7 du règlement définit les équipements collectifs comme des " constructions nécessaires à l'exécution de la mission de services publics gérés par une personne publique ou privée, qui permettent d'assurer à la population résidante et aux entreprises les services dont ils ont besoin ". D'une part, dès lors que les dispositions du règlement d'un PLU invoquées par le requérant ont le même objet que celles, également invoquées, d'un article du code de l'urbanisme posant les règles nationales d'urbanisme et prévoient des exigences qui ne sont pas moindres, c'est par rapport aux dispositions du règlement du PLU que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée. D'autre part, pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder le refus d'une autorisation d'urbanisme ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de cette autorisation, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site, sans qu'il soit besoin de procéder à une balance des intérêts en présence.

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les travaux objet de la déclaration préalable portent sur un immeuble de quatre étages, lequel comporte déjà sur sa toiture des antennes-relais de téléphonie mobile, et qui se situe dans un tissu urbain marqué par une absence d'harmonie architecturale. Si la commune de Vallauris-Golfe Juan se prévaut dans ses écritures de la présence à proximité immédiate de l'immeuble en cause de plusieurs bâtiments anciens identifiés par le PLU comme des éléments bâtis à protéger en application de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme, cette seule circonstance ne saurait avoir pour effet de regarder l'environnement proche du projet litigieux, non protégé par le PLU et au demeurant fortement urbanisé, comme nécessitant une protection particulière. Ainsi, l'environnement du projet ne présente pas d'harmonie particulière ni d'intérêt remarquable au sens des dispositions précitées.

4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le projet consiste à remplacer deux cheminées par deux nouvelles plus larges de 40 centimètres, de coloris et de forme identique aux anciennes, ainsi que la pose d'une nouvelle antenne-relais, selon les mêmes modalités. Eu égard au projet envisagé, lequel sera peu visible depuis la voie publique, à la présence d'une autre antenne-relais sur la toiture camouflée selon les mêmes procédés, et alors que l'architecte des bâtiments de France a émis un avis favorable au projet le 12 avril 2021, ce dernier ne porte pas d'atteinte à la qualité des lieux environnants. Dans ces conditions, et dès lors que les antennes-relais sont des équipements collectifs au sens du règlement du PLU, le maire de la commune de Vallauris-Golfe Juan a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article UB11 du règlement du PLU.

5. Il résulte de ce qui précède que la société Cellnex France est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Vallauris-Golfe Juan s'est opposé à la réalisation des travaux objet de la déclaration DP N°00615521V0078.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration, après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.

7. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction, que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté attaqué interdiraient que la demande puisse être accueillie pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire de Vallauris-Golfe Juan de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable DP N°00615521V0078 déposée par la société Cellnex France, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la société Cellnex France, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés par la commune de Vallauris-Golfe Juan et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu au titre des mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune une somme de 1 500 euros à verser à la société Cellnex France.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Vallauris-Golfe Juan s'est opposé à la réalisation des travaux objet de la déclaration DP N°00615521V0078 est annulé ainsi que la décision du 19 août 2021 rejetant implicitement le recours gracieux dirigé contre cet arrêté.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Vallauris-Golfe Juan de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable de la société Cellnex France, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Vallauris-Golfe Juan versera à la société Cellnex France la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Vallauris-Golfe Juan au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Cellnex France et à la commune de Vallauris-Golfe Juan.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

M. Garcia, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

A. Garcia

Le président,

Signé

G. Taormina

Le greffier,

Signé

D. Crémieux

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière

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