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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2105394

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2105394

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2105394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantKHADRAOUI-ZGAREN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 octobre 2021, M. C A B, représenté par Me Khadraoui-Zgaren, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 août 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de renouveler sa carte de résident de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de résident de 10 ans mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, subsidiairement, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas été condamné pour des faits visés aux articles 433-3 et suivants du code pénal ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de ce que le préfet des Alpes-Maritimes se trouvait en situation de compétence liée pour rejeter la demande de renouvellement de la carte de résident de M. B dès lors que, par arrêt du 30 mai 2018, la Cour d'appel d'Aix-en-Provence l'a condamné à une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

A l'issue de l'audience qui s'est tenue le 1er décembre 2022, une note en délibéré a été produite pour M. A B le 2 décembre 2022. Par cette note en délibérée, communiquée au préfet des Alpes-Maritimes le 5 décembre 2022, M. A B a indiqué que l'interdiction du territoire français a été suspendue par un arrêt en date du 21 mai 2019 de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence.

Par une ordonnance en date du 5 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 décembre 2022.

Le dossier, qui avait été appelé à l'audience du 1er décembre 2022, au cours de laquelle avaient été entendus le rapport de Mme Kolf, rapporteure, et les observations de Me Khadraoui-Zgaren, représentant M. A B, a été renvoyé à l'audience du 5 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,

- et les conclusions de M. Herold, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant tunisien, né le 11 août 1975, a sollicité le renouvellement de sa carte de résident venue à expiration le 21 février 2021. Par une décision en date du 12 août 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté cette demande et a informé le requérant qu'il entrait dans l'une des hypothèses de délivrance de plein droit d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par la présente requête, M. A B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 411-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident est valable dix ans ". Aux termes de l'article L. 433-2 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit ". Aux termes de l'article L. 432-12 de ce code : " Si un étranger qui ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est titulaire d'une carte de résident cette dernière peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3, 433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. / Une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui est alors délivrée de plein droit ".

3. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet s'est fondé, pour refuser le renouvellement de la carte de résident de M. A B, sur les dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif qu'il avait fait l'objet, en 2014, d'une condamnation à une amende par le tribunal correctionnel de Nice pour des faits de vol et, en 2018, à une peine d'un an et demi d'emprisonnement ainsi qu'à une peine d'interdiction de circulation sur le territoire d'une durée de cinq ans par la Cour d'appel d'Aix-en-Provence pour des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France. M. A B, qui n'est pas contredit sur ce point, fait valoir qu'aucune de ces deux condamnations n'est fondée sur les articles 433-3, 433-4, sur les deuxième et quatrième alinéas de l'article 433-5, sur le deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou sur l'article 433-6 du code pénal, auxquels renvoient limitativement les dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A B aurait été condamné pour des faits entrant dans le champ des infractions prévues aux articles précités du code pénal, ce dernier est fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur de droit.

4. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion () ". Aux termes de l'article R. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles R. 421-36, R. 421-37, R. 421-40 et R. 424-4, le titre de séjour est retiré dans les cas suivants : () 2° L'étranger titulaire du titre de séjour fait l'objet d'une décision judiciaire d'interdiction du territoire () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration est tenue de pourvoir à l'exécution de la décision judiciaire d'interdiction du territoire français, devenue définitive, en procédant au retrait du titre de séjour ou de la carte de résident de l'intéressé. Par ailleurs, aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de la peine complémentaire que constitue l'interdiction judiciaire du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution.

5. D'autre part, aux termes de l'article 729-2 du code de procédure pénale : " () le juge de l'application des peines, ou le tribunal de l'application des peines, peut également accorder une libération conditionnelle à un étranger faisant l'objet d'une peine complémentaire d'interdiction du territoire français en ordonnant la suspension de l'exécution de cette peine pendant la durée des mesures d'assistance et de contrôle prévue à l'article 732. A l'issue de cette durée, si la décision de mise en liberté conditionnelle n'a pas été révoquée, l'étranger est relevé de plein droit de la mesure d'interdiction du territoire français. Dans le cas contraire, la mesure redevient exécutoire ".

6. En l'espèce, s'il ressort des termes de la décision attaquée que M. A B a été condamné, par un arrêt de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence en date du 30 mai 2018, à une interdiction du territoire français d'une durée de 5 ans, il ressort toutefois des pièces du dossier que cette interdiction du territoire a été suspendue par un arrêt de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence en date du 21 mai 2019 pendant la durée de la libération conditionnelle de M. A B prononcée pour une durée d'un an. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas soutenu par le préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas présenté d'observation sur le moyen d'ordre public relevé d'office dont les parties ont été informées, que la mise en liberté conditionnelle de M. A B aurait été révoquée ou que ce dernier n'aurait pas été relevé, de plein droit, à l'issue de la durée de sa mise en liberté conditionnelle, en application des dispositions précitées de l'article 729-2 du code de procédure pénale, de la mesure d'interdiction du territoire français dont il faisait l'objet. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes ne se trouvait pas en situation de compétence liée.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés au soutien de la requête, que M. A B est fondé à demander l'annulation de la décision du 12 août 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de renouveler sa carte de résident de dix ans.

Sur les conclusions aux fin d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard au motif qui précède, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de renouveler, sous réserve d'une évolution des circonstances de fait ou de droit, la carte de résident de dix ans portant la mention " vie privée et familiale " de M. A B dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet des Alpes-Maritimes du 12 août 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de renouveler la carte de résident de dix ans mention " vie privée et familiale " de M. A B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A B une somme de 800 (huit-cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

La rapporteure,

signé

S. KOLF

La présidente,

signé

J. MEARLa greffière,

signé

C. MARTIN

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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