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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2105406

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2105406

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2105406
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantARVIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 14 octobre 2021, le 29 avril 2022, le 31 mai 2022 et le 30 septembre 2022, la SCI MND, représentée par Arvis Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2021 par lequel le maire de Cagnes-sur-Mer l'a mise en demeure de procéder, dans un délai de 10 jours, au retrait des caravanes et à l'enlèvement des dépôts de gravats présents sur la parcelle cadastrée section CZ n° 55 située au n° 93 chemin des Caucours, ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cagnes-sur-Mer la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'erreurs de droit tirées de l'illégalité du plan local d'urbanisme métropolitain et de la méconnaissance des articles R. 421-23 et L. 481-1 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 février 2022, le 24 mai 2022, le 21 juillet 2022 et le 27 octobre 2022, la commune de Cagnes-sur-Mer, représentée par Me Chrestia, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la SCI MND la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SCI MND ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, première conseillère,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Chrestia, représentant commune de Cagnes-sur-Mer.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI MND est propriétaire de la parcelle cadastrée section CZ n° 55 située au n° 93 chemin des Caucours à Cagnes-sur-Mer. Par un arrêté du 13 août 2021, le maire de Cagnes-sur-Mer a mis en demeure la SCI MND de procéder, dans un délai de 10 jours, au retrait des caravanes et à l'enlèvement des dépôts de gravats présents sur sa parcelle. Par la présente requête, la SCI MND demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 août 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le vice de procédure tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire :

2. Aux termes de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme : " I.- Lorsque des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 et L. 421-5-3 ont été entrepris ou exécutés en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ainsi que des obligations mentionnées à l'article L. 610-1 ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable et qu'un procès-verbal a été dressé en application de l'article L. 480-1, indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées pour réprimer l'infraction constatée, l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3-1 peut, après avoir invité l'intéressé à présenter ses observations, le mettre en demeure, dans un délai qu'elle détermine, soit de procéder aux opérations nécessaires à la mise en conformité de la construction, de l'aménagement, de l'installation ou des travaux en cause aux dispositions dont la méconnaissance a été constatée, soit de déposer, selon le cas, une demande d'autorisation ou une déclaration préalable visant à leur régularisation. /() ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 1er juin 2021, le maire de Cagnes-sur-Mer a informé la société requérante qu'elle était susceptible de faire l'objet d'une astreinte financière prévue par les articles L. 481-1 et suivants du code de l'urbanisme et l'a invitée, dans ce cadre, à lui présenter ses observations écrites, dans un délai de 15 jours, ou à se présenter en mairie pour faire valoir ses observations orales, ce qu'elle a fait le 23 juin 2021. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'insuffisance de motivation :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, lequel doit être motivé dès lors qu'il constitue une mesure de police administrative, que celui-ci vise notamment le code de l'urbanisme, en particulier les articles L. 422-1, L. 480-1, R. 480-3 et L. 481-1 à L. 481-3, ainsi que les procès-verbaux d'infraction du 3 novembre 2020, du 16 mars 2021 et du 11 mai 2021 et le plan local d'urbanisme métropolitain approuvé le 25 octobre 2019. L'arrêté litigieux mentionne également les faits sur lesquels s'est fondé le maire, en particulier que la SCI MND a mis en place des caravanes et des dépôts de gravats sur la parcelle cadastrée section CZ n° 55 en méconnaissance de la réglementation en vigueur à Cagnes-sur-Mer, que ces travaux ont été réalisés sans autorisation et qu'ils sont de nature à porter atteinte au caractère naturel du site dont la protection est assurée par le zonage inscrit au plan local d'urbanisme métropolitain. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne l'erreur de fait et l'erreur manifeste d'appréciation :

6. La société requérante soutient que la référence en annexe, dans les deux procès-verbaux du 3 novembre 2020 et du 16 mars 2021, aux dispositions du plan local d'urbanisme (PLU) relative à la zone Na alors que la parcelle se situe en zone Nb, constitue une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation entachant d'illégalité l'arrêté attaqué. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'en annexe du procès-verbal du 11 mai 2021 figurent les dispositions du PLU relative à la zone Nb. Dès lors, la société requérante n'établit pas que le maire aurait entaché sa décision d'une erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation. Les moyens seront donc écartés.

En ce qui concerne les erreurs de droit :

7. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la SCI requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier que le PLU métropolitain interdirait sur tout le territoire de la commune la possibilité pour les gens du voyage de stationner leurs caravanes sur les terrains dont ils sont propriétaires, cette interdiction concerne uniquement les zones naturelles non constructibles, dans laquelle se situe la parcelle appartenant à la SCI MND. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité du PLU métropolitain sera donc écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. /() ". Aux termes de l'article R. 421-23 du même code : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable les travaux, installations et aménagements suivants : /()/ L'installation d'une résidence mobile visée par l'article 1er de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, constituant l'habitat permanent des gens du voyage, lorsque cette installation dure plus de trois mois consécutifs ; /() ".

9. Il ressort des pièces du dossier que par un procès-verbal du 3 novembre 2000, l'agent verbalisateur de la commune de Cagnes-sur-Mer a constaté la mise en place de trois caravanes sur la parcelle située au n° 93 chemin des Caucours, lesquelles étaient toujours présentes le 16 mars 2021 et le 11 mai 2021, ainsi qu'il en résulte des procès-verbaux dressés les mêmes jours. Dès lors que les procès-verbaux d'infraction font foi jusqu'à preuve du contraire, la société requérante ne peut sérieusement soutenir que la présence des caravanes depuis plus de trois mois n'est pas établie et que l'infraction n'est pas caractérisée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme sera écarté.

10. En troisième lieu, il résulte des dispositions du premier alinéa de l'article

L. 480-1 du code de l'urbanisme, précitées au point du 8 du présent jugement et de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme, éclairées par les travaux parlementaires préalables à l'adoption de la loi du 27 décembre 2019 relative à l'engagement dans la vie locale et à la proximité de l'action publique dont elles sont issues, que, dans le but de renforcer le respect des règles d'utilisation des sols et des autorisations d'urbanisme, le législateur a entendu, que, lorsqu'a été dressé un procès-verbal constatant que des travaux soumis à permis de construire, permis d'aménager, permis de démolir ou déclaration préalable ou dispensés, à titre dérogatoire, d'une telle formalité ont été entrepris ou exécutés irrégulièrement, l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'urbanisme puisse, dans le cadre de ses pouvoirs de police spéciale et indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées pour réprimer l'infraction constatée, mettre en demeure l'intéressé, après avoir recueilli ses observations, selon la nature de l'irrégularité constatée et les moyens permettant d'y remédier, soit de solliciter l'autorisation ou la déclaration nécessaire, soit de mettre la construction, l'aménagement, l'installation ou les travaux en cause en conformité avec les dispositions dont la méconnaissance a été constatée, y compris, si la mise en conformité l'impose, en procédant aux démolitions nécessaires. Cette mise en demeure peut être assortie d'une astreinte, prononcée dès l'origine ou à tout moment après l'expiration du délai imparti par la mise en demeure, s'il n'y a pas été satisfait, en ce cas après que l'intéressé a de nouveau été invité à présenter ses observations.

11. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le maire a entaché l'arrêté attaqué d'une erreur de droit en mettant en demeure la SCI MND de procéder au retrait des caravanes et des gravats sur la parcelle concernée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme sera écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulations présentées par la SCI MND doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune de Cagnes-sur-Mer, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI MND est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI MND et à la commune de Cagnes-sur-Mer.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, première conseillère,

Mme Chaumont, première conseillère,

assistés de Mme Ravera, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F.PASCALLa greffière,

signé

C. RAVERA

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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