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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2105532

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2105532

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2105532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantEARTH AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a examiné la requête des sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France demandant l'annulation de l'arrêté municipal du 25 août 2021 par lequel le maire de Vallauris-Golfe Juan s'est opposé à leur déclaration préalable pour l'installation d'antennes dans des fausses cheminées. Le tribunal a rejeté le moyen tiré d'un défaut de motivation, estimant l'arrêté suffisamment motivé en droit et en fait. Sur le fond, il a jugé que le maire avait commis une erreur d'appréciation en se fondant sur l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, car le projet, situé en milieu urbain sans harmonie architecturale et dissimulé dans des cheminées factices, n'était pas de nature à porter atteinte au paysage ou aux perspectives monumentales. En conséquence, le tribunal a annulé l'arrêté attaqué.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2021, et un mémoire complémentaire enregistré le 12 décembre 2023, la société anonyme (SA) Bouygues Télécom et la société par actions simplifiée (SAS) Cellnex France, représentées par Me Hamri, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté municipal du 25 août 2021 par lequel le maire de Vallauris-Golfe Juan s'est opposé à la réalisation des travaux objet de la déclaration préalable du 23 juillet 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vallauris-Golfe Juan une somme de 5000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- l'arrêté contesté ne serait pas suffisamment motivé ;

- le maire de Vallauris-Golfe Juan ne pouvait pas refuser les travaux envisagés par les deux requérantes sur le fondement des dispositions R. 111-27 du code de l'urbanisme, puisque les travaux ont pour objet l'installation d'une antenne dans une fausse cheminée qui n'est pas de nature à porter atteinte aux paysages avoisinants.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2023, la commune de Vallauris-Golfe Juan conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérantes la somme de 3000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'arrêté attaqué énonce les motifs de droit et de fait sur lesquels il se fonde ;

- le maire de Vallauris-Golfe Juan n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant sur le fondement de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme que le projet était ne nature à porter atteinte au site ;

- la décision est légalement justifiée par un motif autre que celui initialement indiqué et fondé sur l'article UB10 du plan local d'urbanisme, puisque les antennes devant être installées constituent des ouvrages qui devront être implantés à trois mètres minimum du nu des façades, ce qui n'est pas le cas en l'espèce.

Par ordonnance du 17 novembre 2023, la clôture d'instruction a été reportée au

20 décembre 2023.

Vu :

- l'ordonnance n°2105910 du juge des référés du tribunal administratif de Nice en date du 16 février 2022 ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024 :

- le rapport de M. Bulit, assesseur ;

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public ;

- et les observations de M. A pour la commune de Vallauris-Golfe Juan, les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France ont déposé le 23 juillet 2021 une déclaration préalable ayant pour objet l'installation de 6 antennes intégrées dans 3 fausses cheminées, d'un faisceau hertzien de transmission, de coffrets techniques, d'armoires techniques et d'un coffret énergie sur le toit d'un immeuble situé 153 avenue Juliette Adam, à Vallauris-Golfe Juan. Par un arrêté du 25 août 2021, le maire de ladite commune s'est opposé à la réalisation des travaux. Le juge des référés a alors enjoint au maire de Vallauris-Golfe Juan de statuer de nouveau sur la déclaration préalable des requérantes dans un délai d'un mois. Les sociétés requérantes demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. En premier lieu, si les requérantes soutiennent que la décision en litige est insuffisamment motivée, l'arrêté attaqué vise notamment l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et mentionne que la mise en place de ces installations sur un bâtiment proche du littoral augmenterait l'impact visuel négatif dans le paysage et que le projet est de nature à modifier la perspective du paysage protégé qui fait partie intégrante du site dont il convient de préserver la présentation. Dès lors, la décision en litige énonce suffisamment les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage au sens de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction pourrait avoir sur le site, compte tenu de sa nature et de ses effets.

4. Pour justifier son arrêté, le maire de Vallauris-Golfe Juan estime que la mise en place des installations sur un bâtiment proche du littoral augmenterait l'impact visuel négatif dans le paysage. Il précise également dans ses écritures, que le projet sera en " covisibilité avec le phare de Valllauris, inscrit à l'inventaire des monuments historiques et bénéficiant d'un périmètre de protection de 500 mètres ". Il ressort toutefois des pièces du dossier que les antennes seront situées dans un milieu urbain de la commune de Vallauris-Golfe Juan, marqué par l'absence d'harmonie architecturale et que, afin d'atténuer l'impact visuel, elles seront dissimulées dans des cheminées factices d'une couleur identique à celle du bâtiment et dont l'apparence n'apparaît pas substantiellement différente d'éventuelles cheminées voisines. Dès lors, ces installations s'intégreront correctement dans leur environnement urbain et ne sont pas de nature à porter atteinte à la qualité des lieux. Enfin, l'allégation du maire de Vallauris-Golfe Juan selon laquelle le projet serait visible depuis le phare de la commune est sans incidence puisque d'une part, le projet a fait l'objet d'un avis favorable de l'architecte des Bâtiments de France le 4 août 2021 et que d'autre part, il ne se situe pas dans l'environnement immédiat du projet. En outre, il ne ressort donc pas des pièces du dossier que les travaux déclarés porteraient atteinte au site inscrit de la bande côtière de Nice à Théoule. Dans ces conditions, il résulte de ce qui précède, que le maire de Vallauris-Golfe Juan a fait une inexacte application des dispositions précitées.

5. En dernier lieu, la commune de Vallauris Golfe-Juan qui sollicite une substitution de motif, soutient encore que la décision en litige est fondée dès lors que les trois fausses cheminées projetées sont toutes situées à moins de trois mètres du nu des façades concernées, de sorte que le projet contrevient donc aux dispositions de l'article UB 10 du plan local d'urbanisme. Cet article prévoit notamment que " la hauteur des ouvrages tels que réservoirs, machineries, chaufferies, édicules d'ascenseurs et autres ouvrages nécessaires au fonctionnent des constructions ne devra pas excéder 2,50 mètres de hauteur par rapport à l'égout du toit. Ces ouvrages devront être implantés à 3 mètres minimum du nu des façades. () La hauteur fixée ci-dessous relative aux ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des services publics ou répondant à un intérêt public, pourra être dépassée lorsque les caractéristiques l'imposent ". Or, en l'espèce, les antennes qui seront installées par les deux sociétés requérantes sont des " ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des services publics " au sens des prescriptions précitées et par conséquent, qui ne sont pas des ouvrages nécessaires au fonctionnement des constructions concernées. Dès lors, elles sont hors du champ d'application de l'article UB 10 du plan local d'urbanisme et le maire de la commune de Vallauris-Golfe Juan n'était pas fondé à faire application de ces dispositions.

6. Il résulte de ce qui précède, que les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 25 août 2021 par lequel le maire de Vallauris-Golfe Juan s'est opposé à la réalisation des travaux objet de la déclaration.

Sur les frais du litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France, qui ne sont pas les parties perdantes dans cette instance, la somme que la commune demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge la commune de Vallauris-Golfe Juan une somme de 1500 euros à verser aux sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France au titre de ces mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 août 2021 par lequel le maire de la commune de Vallauris-Golfe Juan s'est opposé à la réalisation des travaux objet de la déclaration du 23 juillet 2021 est annulé.

Article 2 : La commune de Vallauris-Golfe Juan versera une somme de 1500 (mille cinq cents) euros aux sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France prises solidairement, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié aux sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France et à la commune de Vallauris-Golfe Juan.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

M. Bulit, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. BULIT

Le président,

Signé

G. TAORMINA Le greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

No210553

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