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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2105569

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2105569

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2105569
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLENDOM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2021, M. A B, représenté par Me Lendom, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaire Sud-Est a confirmé la décision du président de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Grasse du 9 septembre 2021 le sanctionnant de dix jours de confinement en cellule dont dix jours avec sursis, actif pendant six mois ;

2°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire d'effacer toute mention relative à la procédure disciplinaire et à la sanction prononcée de son dossier ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision litigieuse méconnaît les dispositions de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale en ce que l'identité du rédacteur du compte-rendu d'incident n'est pas identifiable de sorte qu'il n'est pas possible de vérifier qu'il ne siégeait pas à la commission disciplinaire ;

- elle est fondée sur une décision de fouille elle-même illégale et constituant une violation de domicile ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle lui impute la propriété du téléphone portable ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits en ce qu'aucune mesure de sécurité serait méconnue par la détention du téléphone portable au regard du 10° de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Le ministre fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Combot a été entendu au cours de l'audience publique du 14 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 8 septembre 2021, le président de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Grasse a pris à l'encontre de M. A B, détenu au sein de cette maison d'arrêt, une sanction de dix jours de confinement, dont dix jours avec sursis actif pendant six mois. Le 16 septembre 2021, M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires du Sud-Est qui a confirmé cette sanction par décision du 22 octobre 2021. M. B demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. Si des motifs intéressant la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté. " Si ces dispositions sont applicables à toutes les procédures dans le cadre desquelles un agent est chargé du traitement d'une affaire, y compris les procédures disciplinaires, leur méconnaissance est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision prise, au terme de la procédure, par l'autorité administrative compétente. De la même manière, la circonstance que l'administration pénitentiaire ne justifierait pas des motifs l'ayant conduit à user de la faculté dont elle dispose de rendre anonyme le compte rendu d'incident est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit, dès lors, être écarté.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale, dans sa rédaction alors applicable : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. "

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le compte rendu d'incident a été rédigé par le surveillant portant le matricule n° 14690, alors que l'assesseur pénitentiaire lors de la commission de discipline du 8 septembre 2021 portait le matricule n° 14972. Dès lors, le moyen tiré d'une prétendue irrégularité de la composition de la commission de discipline résultant de la participation de l'auteur du compte rendu à cette commission, manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée serait illégale en tant qu'elle se fonde sur une décision de fouille de sa cellule elle-même illégale. Aux termes de l'article 57 de la loi n°2009-1436 du 24 novembre 2009 dont les dispositions sont désormais codifiées aux articles L. 225-1 à L. 225-3 du code pénitentiaire : " Hors les cas où les personnes détenues accèdent à l'établissement sans être restées sous la surveillance constante de l'administration pénitentiaire ou des forces de police ou de gendarmerie, les fouilles intégrales des personnes détenues doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que leur comportement fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues. Elles peuvent être réalisées de façon systématique lorsque les nécessités de l'ordre public et les contraintes du service public pénitentiaire l'imposent. Dans ce cas, le chef d'établissement doit prendre une décision pour une durée maximale de trois mois renouvelable après un nouvel examen de la situation de la personne détenue. / Lorsqu'il existe des raisons sérieuses de soupçonner l'introduction au sein de l'établissement pénitentiaire d'objets ou de substances interdits ou constituant une menace pour la sécurité des personnes ou des biens, le chef d'établissement peut également ordonner des fouilles de personnes détenues dans des lieux et pour une période de temps déterminés, indépendamment de leur personnalité. Ces fouilles doivent être strictement nécessaires et proportionnées. Elles sont spécialement motivées et font l'objet d'un rapport circonstancié transmis au procureur de la République territorialement compétent et à la direction de l'administration pénitentiaire. / Les fouilles intégrales ne sont possibles que si les fouilles par palpation ou l'utilisation des moyens de détection électronique sont insuffisantes. / Les investigations corporelles internes sont proscrites, sauf impératif spécialement motivé. Elles ne peuvent alors être réalisées que par un médecin n'exerçant pas au sein de l'établissement pénitentiaire et requis à cet effet par l'autorité judiciaire. ".

6. Si le requérant soutient que la fouille de sa cellule a été réalisée en méconnaissance des dispositions citées au point précédent, qui sont au demeurant relatives aux fouilles intégrales des détenus et non aux fouilles des cellules, et que la fouille de sa cellule constituerait une violation de domicile, les conditions dans lesquelles la fouille ont été réalisées sont sans incidence sur la régularité de la procédure disciplinaire.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu d'incident du 11 juillet 2021 qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que lors d'une fouille de la cellule de l'intéressé, un téléphone portable a été retrouvé dans une chaussette sous le lavabo et que l'autre chaussette a été retrouvée dans l'armoire de M. B. Par suite, et en l'absence de tout élément contraire, l'administration a pu sans commettre d'erreur de fait considérer que ce téléphone avait été dissimulé par l'intéressé.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, dans sa rédaction applicable au litige : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () 10° De causer ou de tenter de causer délibérément aux locaux ou au matériel affecté à l'établissement un dommage de nature à compromettre la sécurité ou le fonctionnement normal de celui-ci ; () " Aux termes de l'article R. 57-7-33 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : / () 6° Le confinement en cellule individuelle ordinaire assorti, le cas échéant, de la privation de tout appareil acheté ou loué par l'intermédiaire de l'administration pendant la durée de l'exécution de la sanction ; () ".

9. D'une part, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. D'autre part, doit être regardé comme dangereux, au sens de l'article R. 57-7-1 au point précédent, tout objet dont on peut raisonnablement craindre, en raison notamment de la facilité de son usage, que l'utilisation en soit susceptible de mettre en cause la sécurité des personnes et des biens, notamment dans l'enceinte pénitentiaire. Enfin, la possession d'un téléphone portable par un détenu, compte tenu de l'usage qui peut en être fait, notamment pour s'affranchir des règles particulières applicables, en vertu de l'article 727-1 du code de procédure pénale, aux communications téléphoniques des détenus et pour faire échec aux mesures de sécurité prises dans l'établissement pénitentiaire, doit être regardée comme la détention d'un objet dangereux et constitue ainsi une faute disciplinaire du premier degré.

10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier comme cela a été précisé au point 7, qu'à l'occasion d'une fouille, un téléphone portable a été découvert dans la cellule occupée par M. B. Comme il a été précisé au point 7 ci-dessus, le requérant n'établit pas que ce téléphone portable ne lui appartenait pas et aurait été dissimulé par un tiers. La détention d'un téléphone portable constitue une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire. Eu égard à la gravité de cette faute, la sanction de dix jours de confinement, dont dix jours avec sursis actif pendant six mois, n'apparait pas disproportionnée.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 22 octobre 2021. Les conclusions susmentionnées présentées par le requérant, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction comme celles présentées au titre des frais liés au litige, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Copie en sera adressée au directeur interrégional des services pénitentiaires du Sud-Est.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Pouget, présidente ;

M. Holzer, conseiller ;

M. Combot, conseiller.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 4 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

J. Combot

La présidente,

signé

M. Pouget

La greffière,

signé

C. Sussen

La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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