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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2106624

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2106624

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2106624
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL ABEILLE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 décembre 2021, le 6 janvier 2022 et le 28 décembre 2022, M. A, représenté par la selarl Abeille et associés, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2021 relatif au tableau d'avancement au grade de brigadier-chef de police au titre de l'année 2021 ;

2°) de lui verser la somme de 201,50 € mensuellement du 31 juillet 2021 à la date du jugement à intervenir au titre du préjudice financier ;

3°) de lui verser la somme de 10 000 € au titre de la perte de chance d'intégrer le grade de brigadier-chef et la somme de 5 000 € au titre du préjudice moral subi ;

4°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de l'inscrire au tableau d'avancement dans le délai de 2 mois à compter de la notification du jugement intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 € sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que le SGAMI Sud et la commission d'harmonisation n'ont pas sérieusement examiné son dossier, revêt un caractère discriminatoire et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il a subi un préjudice financier de 201,50 euros mensuels du fait de l'absence de sa nomination et une perte de chance d'être nommé brigadier -chef qui lui a causé un préjudice de 10 000 euros ;

- il a également subi un préjudice moral de 5000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 2 décembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- un tableau d'avancement étant un acte indivisible, les conclusions de la requête tendant à l'annulation du tableau d'avancement au grade de brigadier-chef pour 2021 seulement en ce que M. A n'y figure pas sont irrecevables ;

- les conclusions en annulation de la requête sont tardives car présentées au-delà du délai de recours contentieux de deux mois ;

- les moyens d'annulation soulevés par M. A tenant à l'erreur à l'erreur manifeste d'appréciation, à l'existence d'une discrimination à son encontre et à la méconnaissance de l'égalité de traitement entre fonctionnaires ne sont pas fondés ;

- aucune faute n'est imputable à l'administration dès lors que le requérant ne démontre pas que les agents promus auraient des mérites inférieurs aux siens ; il s'ensuit que la responsabilité de l'Etat ne peut être recherchée ; en outre, le requérant ne justifie pas du caractère direct et certain des préjudices dont il se prévaut qui sont purement hypothétiques s'agissant du préjudice moral et de la perte de chance d'accéder au grade de brigadier-chef.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions en annulation contre l'arrêté du 30 juillet 2021 relatif au tableau d'avancement au grade de brigadier-chef de police au titre de l'année 2021 qui a fait l'objet d'une annulation par un jugement n° 2124763/2128080 du tribunal administratif de Paris du 11 octobre 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Soli,

- les conclusions de Mme Belgueche, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. M. A, brigadier de la police nationale, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2021 relatif au tableau d'avancement au grade de brigadier-chef de police au titre de l'année 2021 et de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de l'arrêté attaqué.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Le tableau d'avancement au grade de brigadier-chef de police établi au titre de l'année 2021, ayant été annulé par un jugement n°2124763/ 2128080 du tribunal administratif de Paris du 11 octobre 2023, il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions en annulation de la requête ni, par voie de conséquence, sur les fins de non-recevoir opposées par le ministre de l'intérieur aux dites conclusions en annulation.

Sur la demande indemnitaire :

3. Aux termes de l'article 58 de la loi du 11 janvier 1984 : " Sauf pour les emplois laissés à la décision du Gouvernement, l'avancement de grade a lieu () suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : / 1° Soit au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi après avis de la commission administrative paritaire, par appréciation de la valeur professionnelle des agents () ". Aux termes de l'article 17 du décret du 9 mai 1995 : " Pour l'établissement du tableau d'avancement de grade qui est soumis à l'avis des commissions administratives paritaires, il est procédé à un examen approfondi de la valeur professionnelle des agents susceptibles d'être promus compte tenu des notes obtenues par les intéressés, des propositions motivées formulées par les chefs de service et de l'appréciation portée sur leur manière de servir. Cette appréciation prend en compte les difficultés des emplois occupés et les responsabilités particulières qui s'y attachent ainsi que, le cas échéant, les actions de formation continue suivies ou dispensées par le fonctionnaire et l'ancienneté. ".

4. M. A soutient que plusieurs gardiens de la paix inscrits au tableau d'avancement au titre de l'année 2021 l'ont été alors qu'ils ont obtenu des notes égales voire inférieures à la sienne.

5. Il résulte de l'instruction que trois des cinq agents promus au grade de brigadier-chef en 2021 et mis en cause par le requérant justifiaient de notations chiffrées égales, voire supérieures aux siennes au titre des trois années de référence 2018, 2019 et 2020 ; que le quatrième agent avait une note légèrement inférieure à celle du requérant en 2018 mais une ancienneté dans le grade plus grande que celle du requérant et une aptitude à occuper le grade de brigadier-chef reconnue dès 2019 alors qu'elle ne l'a été qu'en 2020 pour M. A. Cependant, s'agissant du cinquième agent, il résulte de l'instruction que sa notation sur la période de référence et son ancienneté sont inférieures à celles de M. A ; la circonstance que cet agent a vu ses qualités " managériales " reconnues par la hiérarchie dès 2020 est sans effet sur l'appréciation qui doit être portée sur l'avancement au grade de brigadier-chef. Par ailleurs, M. A est décrit dans les fiches de notation comme un élément qui bénéficie de la confiance de sa hiérarchie et mérite d'accéder au grade de brigadier-chef.

6. Il résulte de l'instruction que le tableau d'avancement querellé était entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des mérites comparés des agents et que le requérant est fondé à rechercher la responsabilité de l'Etat pour faute.

7. M. A soutient que l'illégalité fautive ayant entaché le tableau d'avancement au grade de brigadier-chef de la police nationale au titre de l'année 2021 lui a causé un préjudice matériel résultant d'une perte de traitement. Toutefois, si le requérant remplissait les conditions pour figurer au tableau d'avancement, il ne disposait d'aucun droit à obtenir un tel avancement. Par suite, les préjudices matériels et de carrière allégués ne sont ni directs ni certains. Il suit de là que les demandes indemnitaires présentées sur ces deux chefs de préjudice doivent être rejetées.

8. Le requérant soutient par ailleurs que l'illégalité fautive ayant entaché le tableau d'avancement l'a privé d'une chance sérieuse d'être promu au grade de brigadier-chef au titre de l'année 2021. Toutefois, il est constant que M. A s'est abstenu de contester les promotions litigieuses des brigadiers promus au titre de l'année 2021, privant ainsi le tribunal administratif de la possibilité d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa situation. Par suite, ses conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice résultant de la perte de chance d'être promu doivent être rejetées.

9. Enfin, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral qu'il a subi en condamnant l'Etat à lui payer une indemnité de 1 000 euros, tous intérêts compris au jour de la présente décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions en injonction de la requête sont rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral subi.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Soli, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

P. SOLI

L'assesseure la plus ancienne,

signé

D. GAZEAU La greffière,

signé

E. Gialis

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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