vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2200027 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 janvier 2022 et 19 avril 2024, Mme C A doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2021 par lequel le maire de Mandelieu-la-Napoule a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif pour la régularisation d'aménagements effectués sur son unité foncière ;
2°) d'enjoindre au maire de Mandelieu-la-Napoule de lui délivrer le permis de construire modificatif sollicité ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Mandelieu-la-Napoule la somme de 12 265 euros au titre des frais qu'elle a dû engager à tort pour régulariser les aménagements effectués.
Elle soutient que :
- les infractions relevées dans le procès-verbal du 30 mars 2018 sont entachées d'erreur de fait ;
- l'arrêté attaqué ne vise pas l'ensemble des pièces produites à l'appui du dossier de demande de permis de construire ;
- l'avis de la communauté d'agglomération Cannes Pays de Lérins est entaché d'erreur de fait et de droit ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que les remblais réalisés dans la bande des 8 mètres ne font pas obstacle à l'écoulement des eaux ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le mimosa est une essence qui n'est pas de nature à déstabiliser le sol ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que les remblais réalisés ne justifient pas une étude géologique complémentaire ;
- les porters à connaissance invoqués ne sont pas applicables ;
- le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- la parcelle cadastrée section AC n° 145 n'est pas concernée par les travaux en litige de sorte que l'étude géologique n'était pas tenue de porter sur cette parcelle ;
- l'enrochement réalisé n'est pas un enrochement cyclopéen et constitue la seule solution pour garantir le maintien des terres de manière pérenne.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 mars et 2 mai 2024, la commune de Mandelieu-la-Napoule conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit enjoint à Mme A de remettre en état les terrains concernés par les travaux irréguliers et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 3 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mai 2024.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction présentées par la commune de Mandelieu-la-Napoule dès lors qu'il appartient au seul juge pénal, saisi en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, de prononcer des mesures de remise état en cas de condamnation du mis en cause.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 octobre 2024 :
- le rapport de Mme Soler, rapporteure,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,
- et les observations de Mme A et de M. B, représentant la commune de Mandelieu-la-Napoule.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est propriétaire des parcelles cadastrées section AC n° 140, 141, 144 et 145 situées sur le territoire de Mandelieu-la-Napoule. Elle a obtenu, le 2 mars 2012, un permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle sur les parcelles cadastrées section AC n° 140 et 141 et trois permis de construire modificatifs en date des 19 septembre, 30 octobre 2012 et 28 janvier 2013. Un procès-verbal d'infraction a été dressé par la commune le 30 mars 2018. Mme A a déposé, le 29 mars 2021, une demande de permis de construire modificatif en vue de régulariser les aménagements irrégulièrement effectués. Sa demande a été complétée les
2 avril et 28 mai 2021. Par un arrêté du 19 août 2021, le maire de Mandelieu-la-Napoule a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité. Par un courrier, reçu le 21 octobre 2021 par la commune, Mme A a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Aucune réponse n'a été apportée à sa demande. Par sa requête, Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 août 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus d'autorisation d'urbanisme sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Il résulte par ailleurs de ces dispositions que lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, l'autorisation d'urbanisme ne peut être refusée que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande, d'accorder l'autorisation en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. D'autre part, aux termes de l'article L. 132-2 du même code : " L'autorité administrative compétente de l'Etat porte à la connaissance des communes ou de leurs groupements compétents : / () / 2° Les projets des collectivités territoriales et de l'Etat en cours d'élaboration ou existants. / L'autorité administrative compétente de l'Etat leur transmet à titre d'information l'ensemble des études techniques dont elle dispose et qui sont nécessaires à l'exercice de leur compétence en matière d'urbanisme. / () ". Et aux termes de l'article R. 132-1 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 132-2, le préfet de département porte à la connaissance de la commune, de l'établissement public de coopération intercommunale ou du syndicat mixte qui a décidé d'élaborer ou de réviser un schéma de cohérence territoriale, un plan local d'urbanisme ou une carte communale : / () / 3° Les études techniques nécessaires à l'exercice par les collectivités territoriales de leur compétence en matière d'urbanisme dont dispose l'Etat, notamment les études en matière de prévention des risques et de protection de l'environnement ". L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'urbanisme peut, si elle estime, au vu d'une appréciation concrète de l'ensemble des caractéristiques de la situation d'espèce qui lui est soumise et du projet pour lequel l'autorisation de construire est sollicitée, y compris d'éléments déjà connus lors de l'élaboration du plan de prévention des risques naturels, que les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique le justifient, refuser, sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de délivrer un permis de construire, alors même que le plan n'aurait pas classé le terrain d'assiette du projet en zone à risques ni prévu de prescriptions particulières qui lui soient applicables. Ainsi, si le porter à connaissance du préfet est dépourvu de caractère règlementaire et n'entraîne la modification d'aucune règle de droit applicable dans la commune, notamment en matière d'urbanisme ou d'environnement, il doit néanmoins être pris en considération pour l'appréciation des risques d'atteinte à la sécurité publique, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis de construire et pour l'application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
3. En l'espèce, et d'une part, il ressort des pièces du dossier que la commune de Mandelieu-la-Napoule a été destinataire d'un porter à connaissance du préfet des Alpes-Maritimes le 26 août 2020 au titre du risque de mouvements de terrain. Il ressort de la lecture de celui-ci que les facteurs déterminants des phénomènes de mouvements de terrain sont la pente et la présence d'eau et que le risque est considéré comme faible dès 15 degrés de pente avec la présence d'une lithologie sensible au phénomène de glissement de sorte que l'ensemble du collinaire de la commune présentant une pente supérieure ou égale à 15 degrés soit 26,79 % a été retenu pour établir le zonage joint au porter à connaissance. Par ailleurs, ce porter à connaissance préconise l'interdiction dans ces zones de toute action dont l'ampleur excessive est susceptible de déstabiliser le sol tels que les déboisements, les excavations, les remblais et les déblais.
4. D'autre part, il ressort du zonage joint au porter à connaissance, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de la commune, que l'ensemble de l'unité foncière de Mme A est concernée par un risque de mouvements de terrain. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la notice jointe à la demande de permis de construire en litige que l'unité foncière de Mme A présente une forte pente, comprise entre 30 et 50 %, que les remblais en litige, d'un volume de 1 500 mètres cubes, sont répartis sur 1 736 m² et sur des hauteurs variant entre 0,10 et 3 mètres. Si Mme A produit une étude géotechnique de conception portant sur ces remblais irrégulièrement effectués, les conclusions de celle-ci avancent seulement " l'hypothèse que les remblais mis en place sur le pourtour de l'habitation semblent avoir atteints un degré de stabilisation et d'équilibre satisfaisant " tout en relevant qu'en secteur Est " des blocs isolés prennent appui contre le grillage ; ce dernier pourrait céder sous l'effet du poids des blocs ". Dans ces conditions, au regard de l'ampleur de ces remblais et en l'absence de preuve contraire, le maire de Mandelieu-la-Napoule n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article
R. 111-2 du code de l'urbanisme en estimant que les travaux en litige présentaient un risque pour la sécurité publique.
5. Il résulte de l'instruction que le maire de Mandelieu-la-Napoule aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce seul motif. Par suite, il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, ensemble celles présentées à fin d'injonction et au titre des frais qu'elle estime avoir indûment engagés.
Sur les conclusions à fin d'injonction présentées par la commune :
6. Aux termes de l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 et L. 421-5-3 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé. / () ". En outre, aux termes de l'article L. 480-5 du même code : " En cas de condamnation d'une personne physique ou morale pour une infraction prévue aux articles L. 480-4 et L. 610-1, le tribunal, au vu des observations écrites ou après audition du maire ou du fonctionnaire compétent, statue même en l'absence d'avis en ce sens de ces derniers, soit sur la mise en conformité des lieux ou celle des ouvrages avec les règlements, l'autorisation ou la déclaration en tenant lieu, soit sur la démolition des ouvrages ou la réaffectation du sol en vue du rétablissement des lieux dans leur état antérieur. / () ".
7. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au seul juge pénal, saisi en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, de prononcer des mesures de remise état en cas de condamnation du mis en cause. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la commune ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Si la commune de Mandelieu-la-Napoule, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat, demande qu'une somme soit mise à la charge de Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens, elle ne fait toutefois état d'aucun frais spécifiquement exposé pour assurer sa défense devant le tribunal administratif. Ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par suite, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Mandelieu-la-Napoule sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de
Mandelieu-la-Napoule.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Taormina, président,
Mme Soler, première conseillère,
M. Garcia, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. SOLER
Le président,
Signé
G. TAORMINALe greffier,
Signé
D. CREMIEUX
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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