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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2200090

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2200090

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2200090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL ASKESIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a examiné la requête de la société Riviera Plaisance, qui contestait le refus partiel de l'aide exceptionnelle du fonds de solidarité pour les mois de mars et avril 2021. La société, active dans la vente de bateaux et la gestion de places de port, soutenait qu'elle remplissait les conditions d'éligibilité en tant qu'établissement recevant du public ayant fait l'objet d'une interdiction d'accueil. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que la société ne constituait pas un établissement recevant du public au sens des décrets applicables et que son activité ne figurait pas dans les secteurs éligibles listés par le décret n°2020-371 du 30 mars 2020. La solution retenue est le rejet des conclusions à fin d'annulation, confirmant ainsi la décision de l'administration de limiter l'aide à 1 500 euros par mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 janvier et 25 juillet 2022, la société Riviera Plaisance, représentée par Me Koban, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 10 décembre 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques a rejeté partiellement la demande d'aide exceptionnelle qu'elle a présenté pour les mois de mars et d'avril 2021 ;

2°) d'enjoindre au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que l'administration a considéré qu'elle n'est pas un établissement recevant du public faisant l'objet d'une interdiction d'accueil du public :

- le bénéfice de l'aide aux entreprises qui n'ont pu accueillir du public n'étant pas limité aux entreprises relevant d'un des secteurs économiques visés à l'annexe 1 et 2 du décret n°2020-371 du 30 mars 2020, elle remplit les conditions du dispositif d'aide prévu pour les entreprises n'ayant pu accueillir du public durant une partie du mois de mars et le mois d'avril 2021.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 18 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction tendant au versement de l'aide exceptionnelle pour les mois de mars et avril 2021 au titre du fonds de solidarité, institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation crée par l'ordonnance du 25 mars 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n°2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n°2020-371 du 30 mars 2020 modifié ;

- le décret n°2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- le code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier, première conseillère,

- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lipperson, susbsituant Me Koban, représentant la société Riviera Plaisance.

Considérant ce qui suit :

1. La société Riviera Plaisance, qui exerce une activité de vente et négoce de bateaux et de gestion de places de port à Villeneuve-Loubet et Golf Juan, a présenté une demande d'aide exceptionnelle pour les mois de mars et avril 2021 au titre du fonds de solidarité, institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation crée par l'ordonnance du 25 mars 2020. Elle demande au tribunal l'annulation de la décision du 10 décembre 2021 par laquelle la direction générale des finances publiques a limité le montant de cet aide à 1 500 euros au titre de chacun des mois au lieu de 200 000 euros au motif que ne constituant pas un établissement recevant du public, la société n'a pas fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public et que son activité ne figure pas au nombre de celles mentionnées aux annexes 1 ou 2 du décret n°2020-371 du 30 mars 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 1er du décret n°2020-371 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " I. Le fonds mentionné par l'ordonnance du 25 mars 2020 susvisée bénéficie aux personnes physiques et personnes morales de droit privé résidentes fiscales françaises exerçant une activité économique, () ".

3. Aux termes de l'article 3-24 de ce même décret : " I.-A.- Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret, n'ayant pas fait l'objet d'un arrêté pris par le préfet de département ordonnant la fermeture de l'entreprise en application du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 16 octobre 2020 susvisé ou du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 précité, bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de mars 2021, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : / 1° Elles ont fait l'objet : / a) D'une interdiction d'accueil du public sans interruption du 1er mars 2021 au 31 mars 2021 et ont subi une perte de chiffre d'affaires, y compris le chiffre d'affaires réalisé sur les activités de vente à distance, avec retrait en magasin ou livraison, ou sur les activités de vente à emporter, d'au moins 20 % durant la période comprise entre le 1er mars 2021 et le 31 mars 2021 ; / b) D'une interdiction d'accueil du public au cours d'une ou plusieurs périodes comprises entre le 1er mars 2021 et le 31 mars 2021 et ont subi une perte de chiffre d'affaires, y compris le chiffre d'affaires réalisé sur les activités de vente à distance, avec retrait en magasin ou livraison, ou sur les activités de vente à emporter, d'au moins 20 % durant la période comprise entre le 1er mars 2021 et le 31 mars 2021 ; / 2° Ou elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant la période comprise entre le 1er mars 2021 et le 31 mars 2021 et elles appartiennent à l'une des cinq catégories suivantes : / a) Elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 dans sa rédaction en vigueur au 12 avril 2021 ; / b) Ou elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 2 dans sa rédaction en vigueur au 12 avril 2021 et elles remplissent au moins une des trois conditions suivantes : / -soit, pour les entreprises créées avant le 1er mars 2020, une perte de chiffre d'affaires d'au moins 80 % durant la période comprise entre le 15 mars 2020 et le 15 mai 2020 par rapport au chiffre d'affaires de référence sur cette période calculé selon les modalités du IV du présent article ; / -soit une perte de chiffre d'affaires d'au moins 80 % durant la période comprise entre le 1er novembre 2020 et le 30 novembre 2020 par rapport au chiffre d'affaires de référence sur cette période calculé selon les modalités du IV précité ; () / -soit, pour les entreprises créées avant le 1er décembre 2019, une perte de chiffre d'affaires annuel entre 2019 et 2020 d'au moins 10 % ; pour les entreprises créées en 2019, le chiffre d'affaires au titre de l'année 2019 s'entend comme le chiffre d'affaires mensuel moyen réalisé entre la date de création de l'entreprise et le 31 décembre 2019 ramené sur douze mois ".

4. Aux termes de l'article 3-26 de ce même décret du 30 mars 2020 : " I.-A.- Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret, n'ayant pas fait l'objet d'un arrêté pris par le préfet de département ordonnant la fermeture de l'entreprise en application du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 16 octobre 2020 précité ou du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 précité, bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois d'avril 2021, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : / 1° Elles ont fait l'objet : a) D'une interdiction d'accueil du public sans interruption du 1er avril 2021 au 30 avril 2021 et ont subi une perte de chiffre d'affaires, y compris le chiffre d'affaires réalisé sur les activités de vente à distance, avec retrait en magasin ou livraison, ou sur les activités de vente à emporter, d'au moins 20 % durant la période comprise entre le 1er avril 2021 et le 30 avril 2021 ; b) D'une interdiction d'accueil du public entre le 1er avril 2021 et le 30 avril 2021 et ont subi une perte de chiffre d'affaires, y compris le chiffre d'affaires réalisé sur les activités de vente à distance, avec retrait en magasin ou livraison, ou sur les activités de vente à emporter, d'au moins 20 % durant la période comprise entre le 1er avril 2021 et le 30 avril 2021. / 2° Ou elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant la période comprise entre le 1er avril 2021 et le 30 avril 2021 et elles appartiennent à l'une des cinq catégories suivantes : a) Elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 dans sa rédaction en vigueur au 11 mars 2021 ; b) Ou elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 2 dans sa rédaction en vigueur au 12 avril 2021 et elles remplissent au moins une des trois conditions suivantes : -soit, pour les entreprises créées avant le 1er mars 2020, une perte de chiffre d'affaires d'au moins 80 % durant la période comprise entre le 15 mars 2020 et le 15 mai 2020 par rapport au chiffre d'affaires de référence sur cette période calculé selon les modalités du IV du présent article ; -soit une perte de chiffre d'affaires d'au moins 80 % durant la période comprise entre le 1er novembre 2020 et le 30 novembre 2020 par rapport au chiffre d'affaires de référence sur cette période calculé selon les modalités du IV précité ; () -soit, pour les entreprises créées avant le 1er décembre 2019, une perte de chiffre d'affaires annuel entre 2019 et 2020 d'au moins 10 % ; () ".

5. D'autre part, il résulte des termes de l'article 37 du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, dans ses trois versions applicables à la période pour laquelle l'aide est demandée que " I.-Les magasins de vente et centres commerciaux, relevant de la catégorie M, mentionnée par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation, peuvent accueillir du public dans le respect des conditions suivantes : / 1° Les établissements dont la surface de vente est inférieure à 8 m2 ne peuvent accueillir qu'un client à la fois ; / 2° Les établissements dont la surface de vente est comprise entre 8m2 et 400 m2 ne peuvent accueillir un nombre de clients supérieur à celui permettant de réserver à chacun une surface de 8 m2 ; / 3° Les autres établissements ne peuvent accueillir un nombre de clients supérieur à celui permettant de réserver à chacun une surface de 10 m2 ; () / II.-Par dérogation au I, les magasins de vente et centres commerciaux, comportant un ou plusieurs bâtiments dont la surface commerciale utile cumulée calculée dans les conditions du II bis est supérieure ou égale à vingt mille mètres carrés, ne peuvent accueillir du public. L'activité de retrait de commandes à l'intérieur des centres commerciaux relevant du présent alinéa, y compris pour les établissements mentionnés à l'article 40 du présent décret, est également interdite. () / " Les dispositions du IV de ce même article prévoient toutefois que les magasins de vente et les centres commerciaux dont la surface commerciale utile est inférieure au seuil fixé en application des II à II ter ne peuvent accueillir du public entre 6 heures et 19 heures que pour leurs activités de livraison et de retrait de commandes ou certaines activités limitativement énumérées au nombre desquelles figure l'activité de concession automobiles ou de visites de biens immobiliers mais ne figure en revanche pas pas l'activité de vente et de négoce de bateaux neufs et d'occasion, les prestations de services techniques, administratives, juridiques et financières y afférent ainsi que la gestion de place de port.

6. Pour refuser de faire droit à la demande d'aide présentée par la société Riviera Plaisance au titre des mois de mars et avril 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes a retenu, dans la décision en litige, que l'entreprise n'est pas parmi les établissements recevant du public et visés par une interdiction d'accueil. Toutefois, d'une part, la société requérante ayant pour activité la vente et négoce de bateaux neufs et d'occasion, la fourniture de services techniques, administratifs, juridiques et financiers y afférents et la gestion de places de port, l'administration fiscale ne peut sérieusement soutenir qu'elle n'a pas vocation à accueillir du public dans ses locaux quand bien même leur nombre serait limité. D'autre part, s'il n'est pas contesté que la société Riviera Plaisance n'a pas fait l'objet d'une fermeture administrative, il résulte des dispositions précitées que l'activité de la société requérante ne constitue pas l'une des activités pour lesquelles il est admis que les magasins de vente puissent accueillir du public dès lors que contrairement à ce que fait valoir l'administration fiscale en défense, son activité ne peut être assimilée à une activité de concession automobile ou de visite de biens immobiliers. Dans ces conditions, le directeur départemental des finances publiques ne pouvait pas rejeter la demande de la société requérante au motif qu'elle n'avait pas fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public.

7. Il résulte de qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que la décision du 10 décembre 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'Etat verse à la société Riviera Plaisance l'aide du fonds de solidarité au titre des mois de mars et avril 2021 dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à la société Rivera Plaisance en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 décembre 2021 laquelle le directeur départemental des finances publiques a rejeté partiellement la demande d'aide exceptionnelle présentée par la société Riviera Plaisance pour les mois de mars et d'avril 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes de procéder au versement de l'aide du fonds de solidarité au titre des mois de mars et avril 2021 dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : l'Etat versera à la société Riviera Plaisance une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à la société Riviera Plaisance et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Chevalier

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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