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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2200092

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2200092

jeudi 8 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2200092
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL SYMCHOWICZ-WEISSBERG & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. B, agent de la métropole Nice Côte d'Azur, qui contestait le refus implicite de sa hiérarchie de prendre des mesures contre un prétendu harcèlement moral et demandait réparation. Le tribunal a jugé que les éléments fournis par M. B ne permettaient pas de présumer l'existence d'un harcèlement moral au sens de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, et que l'administration avait démontré que ses décisions étaient justifiées par des considérations étrangères à tout harcèlement. La requête a été rejetée dans son intégralité, y compris les conclusions indemnitaires et celles fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 janvier 2022, le 15 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Deur, demande au tribunal :

1°) d'annuler le refus implicite opposé par la métropole Nice Côte d'Azur au courrier du 29 octobre 2021 par lequel il a demandé que des mesures soient prises pour mettre fin aux comportements de son supérieur hiérarchique à son égard, qu'il qualifie de harcèlement moral ;

2°) d'enjoindre à la métropole Nice Côte d'Azur de prendre toute mesure utile pour faire cesser le harcèlement dont il est victime dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de condamner la métropole Nice Côte d'Azur à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice subi ;

2°) de mettre à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il est victime de harcèlement de la part de son supérieur hiérarchique, avec qui il n'a aucun échange, qui l'a isolé dans un bureau à l'écart, ne lui confie pas une charge de travail adéquate mais lui a assigné des missions nouvelles pour lesquelles il n'est pas formé et le prive de tout échange avec son environnement professionnel.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 janvier 2023 et le 15 novembre 2023, la métropole Nice Côte d'Azur, représentée par Me Saint-Supéry, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions aux fins d'annulation de M. B sont dirigées contre une décision inexistante et ses conclusions indemnitaires n'ont pas été précédées d'une demande préalable, de sorte que la requête est irrecevable ;

- elle a en réalité pris les mesures nécessaires pour répondre aux demandes du requérant ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 juillet 2024 :

- le rapport de Mme Guilbert,

- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,

- et les observations de Me Clémenceau, représentant la métropole Nice Côte d'Azur.

Considérant ce qui suit :

1. Affecté sur des fonctions d'instructeur dans la gestion du domaine public au sein de la direction routes-circulations de la subdivision est littoral de la métropole, M. B a déposé le 17 juin 2021 un formulaire d'agent présumé harcelé, mettant en cause les agissements de sa hiérarchie. Estimant que l'administration n'avait pas pris les mesures adéquates en réponse à ses déclarations, il a invité la métropole, par courrier de son conseil en date du 29 octobre 2021 à prendre les mesures nécessaires pour faire cesser le harcèlement invoqué. L'administration n'a pas répondu à ce courrier. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle l'administration aurait rejeté sa demande et de condamner la métropole à lui verser une somme de 30 000 euros en indemnisation de son préjudice.

Sur la qualification de harcèlement :

2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, issu de la loi du 17 janvier 2002 de modernisation sociale : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : /1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. () ". Ces dispositions ont procédé à la transposition pour la fonction publique des dispositions relatives à la lutte contre le harcèlement de la directive 2000/78/CE du Conseil du 27 novembre 2000 portant création d'un cadre général en faveur de l'égalité de traitement en matière d'emploi et de travail.

3. D'une part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.

5. Il ressort des pièces du dossier que suite au signalement réalisé par M. B, la métropole a sans délai mis en œuvre une procédure de médiation, que le supérieur hiérarchique de M. B, directement mis en cause, s'est inscrit dans une démarche d'écoute et s'est dit prêt à œuvrer pour l'amélioration des relations avec M. B, que toutefois, le requérant a rejeté cette proposition, se bornant à exiger que son supérieur soit sanctionné. L'administration a également diligenté une enquête administrative, qui a procédé à l'audition de nombreux témoins et a rendu son rapport le 23 février 2022, dont il ressort qu'à compter de 2018, M. B, affecté par la perte de son acuité visuelle des suites d'une opération chirurgicale, est devenu taciturne, renfermé, voire agressif et s'est peu à peu isolé de ses collègues. Pour autant, si l'intéressé soutient être mis à l'écart du service, son bureau, dont il est le seul occupant pour des raisons de luminosité liées à son handicap visuel, se trouve sur le même plateau que le reste du service, à proximité de la salle de vie et du bureau de son supérieur hiérarchique. S'il se prévaut du manque de considération de sa hiérarchie et de ses collègues, aucun des éléments du dossier ne permet de l'établir. Au contraire, ses évaluations reflètent sa valeur professionnelle et proposent son avancement de carrière. M. B s'étant plaint de ce qu'il était sous-employé, son supérieur hiérarchique a par ailleurs exprimé ses regrets pour n'avoir pas été plus attentif à son activité et lui a confié de nouvelles responsabilités relatives aux ouvrages d'art, responsabilités pour lesquelles une formation ad hoc lui a été dispensée et toutes dispositions ont été prises pour lui permettre l'exercice effectif de ses fonctions en dépit de son handicap. S'il soutient s'être vu refuser le bénéfice de journées de télétravail, il ressort des pièces du dossier qu'il avait dans un premier temps fait valoir que la connexion dont il disposait à son domicile ne le lui permettait pas, que lorsqu'il a exprimé le souhait d'être placé en télétravail, il a rapidement été doté de l'équipement nécessaire. S'il se prévaut d'incidents survenus dans son bureau, suite à son occupation par d'autres agents en son absence, il ressort des divers témoignages produits qu'aucun desdits incidents n'avait pour objet de lui nuire. Enfin, si M. B soutient qu'il n'est plus sollicité par ses interlocuteurs habituels, architectes et pétitionnaires, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette circonstance découle d'une quelconque action de sa hiérarchie à son encontre. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il serait victime de harcèlement de la part de sa hiérarchie.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

6. Ainsi qu'il a été dit, après avoir été saisie par M. B, l'administration a organisé une médiation et diligenté une enquête administrative, qui a conclu à l'absence de harcèlement. Toutefois, la métropole, prenant acte des difficultés rencontrées par M. B dans son service, lui a proposé à plusieurs reprises d'intégrer d'autres fonctions correspondant à ses compétences. Dès lors, les conclusions présentées par M. B aux fins d'annulation de la décision par laquelle l'administration aurait refusé de prendre toutes mesures pour mettre fin au harcèlement qu'il allègue ne peuvent qu'être rejetées. Ses conclusions aux fins d'injonction doivent, par voie de conséquence, également être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. M. B n'établissant aucune faute de l'administration, ses conclusions indemnitaires, qui au demeurant n'ont été précédées d'aucune demande préalable, doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par les parties en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la métropole Nice Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Soli, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2024.

La rapporteure,

signé

L. Guilbert

Le président,

signé

P. Soli La greffière,

signé

E. Gialis

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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