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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2200128

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2200128

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2200128
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantJAIDANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 janvier 2022 et 29 janvier 2024, Mme A C, représentée par Me Jaidane, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Blausasc a rejeté sa demande indemnitaire du 4 octobre 2021 ;

2°) de condamner la commune de Blausasc à lui verser la somme de 50 000 euros au titre du préjudice qu'elle estime avoir subi à la suite du décès de son enfant intervenu le 23 juin 2021 lors d'une sortie organisée par le foyer de l'enfance des Alpes-Maritimes ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Blausasc la somme de 2 000 euros, à verser à son avocat, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, celui-ci renonçant, en ce cas, à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

La requérante soutient que :

- la responsabilité pour faute de la commune de Blausasc doit être engagée sur le fondement de l'article L. 2213-23 du code général des collectivités territoriales dès lors que le maire de la commune n'a pas pris les mesures nécessaires pour informer et prévenir de la dangerosité de la zone de baignade dans laquelle son fils s'est noyé, ce qui constitue une défaillance dans l'exercice de ses pouvoirs de police ;

- le lien de causalité entre son préjudice d'affection à la suite du décès de son enfant et la défaillance du maire de Blausasc dans l'exercice de ses pouvoirs de police, est établi ;

- elle a subi un préjudice d'affection dont elle évalue la réparation due à ce titre à la somme de 50 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 novembre 2023, 29 janvier 2024 et 15 février 2024, la commune de Blausasc, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Orlandini, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à sa mise hors de cause, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et, à titre infiniment subsidiaire, à ce que le département des Alpes-Maritimes et la fondation de Nice soient condamnés à la garantir totalement de toute condamnation prononcée à son encontre.

La commune fait valoir que :

- le maire de Blausasc n'était pas territorialement compétent pour exercer ses pouvoirs de police au sein de la zone de l'accident ;

- le maire n'était pas tenu de prendre une quelconque mesure réglementant la baignade au sein de la zone de l'accident dès lors qu'elle ne constitue pas une zone de baignade aménagée, ni un lieu habituel de baignade, qui n'avait, dès lors, pas à être surveillé ou signalé ;

- la victime a commis une faute d'imprudence de nature à l'exonérer de sa responsabilité ou, à tout le moins, à atténuer celle-ci ;

- les prétentions indemnitaires de la requérante doivent, en tout état de cause, être ramenées à de plus justes proportions.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- les conclusions de M. Combot, rapporteur public,

- les observations de Me Jaidane, représentant Mme C,

- et les observations de Me Orlandini, représentant la commune de Blausasc.

Une note en délibéré présentée pour Mme C a été enregistrée le 10 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Lors d'une sortie organisée par le foyer de l'enfance des Alpes-Maritimes le 23 juin 2021, le jeune B D, alors âgé de dix ans et placé au sein dudit foyer en qualité de mineur non-accompagné, s'est noyé dans le fleuve " Le Paillon " dont les berges se situent tant sur le territoire de la commune de Peille que sur celui de la commune de Blausasc. Par un courrier du 4 octobre 2021, réceptionné le 11 octobre suivant, Mme C, mère de la victime, a demandé à la commune de Blausasc de l'indemniser du préjudice qu'elle estime avoir subi à la suite du décès de son fils. En l'absence de réponse à cette demande indemnitaire, laquelle doit ainsi être considérée comme ayant été implicitement rejetée, la requérante demande au tribunal, outre d'annuler cette décision implicite, de condamner la commune de Blausasc à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision par laquelle le maire de Blausasc a implicitement rejeté la demande indemnitaire de Mme C a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de sa demande. Par suite, et au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit les juges à se prononcer sur le droit de la requérante à percevoir la somme qu'elle réclame, les conclusions tendant à l'annulation de ladite décision portant rejet de sa demande indemnitaire préalable ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article L. 2213-23 du code général des collectivités territoriales : " Le maire exerce la police des baignades et des activités nautiques pratiquées à partir du rivage avec des engins de plage et des engins non immatriculés () / Le maire réglemente l'utilisation des aménagements réalisés pour la pratique de ces activités. Il pourvoit d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours. / Le maire délimite une ou plusieurs zones surveillées dans les parties du littoral présentant une garantie suffisante pour la sécurité des baignades et des activités mentionnées ci-dessus. Il détermine des périodes de surveillance. Hors des zones et des périodes ainsi définies, les baignades et activités nautiques sont pratiquées aux risques et périls des intéressés. / Le maire est tenu d'informer le public par une publicité appropriée, en mairie et sur les lieux où elles se pratiquent, des conditions dans lesquelles les baignades et les activités nautiques sont réglementées ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au maire d'une commune sur le territoire de laquelle sont situés des lieux de baignade qui, en dehors des zones surveillées délimitées à cet effet, sont fréquentées par des baigneurs et par des pratiquants de sports nautiques, de prendre les mesures de publicité appropriées pour signaler la réglementation applicable et les dangers qui excèderaient ceux contre lesquels les intéressés doivent normalement se prémunir. Ces dispositions s'appliquent également aux lieux de baignade qui, sans avoir été aménagés à cet effet, font l'objet d'une fréquentation régulière.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le jeune B D, fils de Mme C, s'est noyé le 21 juin 2021 lors d'une sortie organisée par le foyer de l'enfance des Alpes-Maritimes alors qu'il effectuait des sauts depuis un rocher situé sur une berge du " Paillon " et surplombant ledit fleuve côtier. Si la requérante, mère de la victime, soutient, à l'appui de sa demande, que la zone de l'accident était particulièrement fréquentée par des baigneurs, elle n'apporte toutefois aucun élément, ni aucune pièce à l'appui d'une telle allégation, alors que l'ordonnance du 24 juillet 2023 du juge d'instruction du tribunal judicaire de Nice aux fins de renvoi devant le tribunal correctionnel de l'organisatrice de ladite sortie, décrit le lieu de l'accident comme étant " isolé " et " peu fréquenté " compte tenu notamment de la circonstance selon laquelle cette zone nécessite de pénétrer sur des propriétés privées appartenant au groupe cimentier Vicat. En outre, il est constant que cette zone n'était pas identifiée comme un lieu de baignade par le centre des sapeurs-pompiers de la commune de Peille, situé pourtant à proximité dudit lieu et qui a tenté de porter secours à la jeune victime. Dans ces conditions, le lieu de l'accident ne saurait être qualifié comme un lieu de baignade qui aurait été aménagé comme tel au sens des dispositions précitées de l'article L. 2213-23 du code général des collectivités territoriales ou faisant l'objet d'une fréquentation régulière par des baigneurs, même de manière saisonnière. Ainsi, et à supposer que le maire de Blausasc puisse être regardée comme l'autorité de police territorialement compétente pour réglementer la baignade sur le lieu de l'accident, la requérante n'est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir qu'il aurait commis une faute dans l'exercice de ses pouvoirs de police énoncées par les dispositions précitées de l'article L. 2213-23 du code général des collectivités territoriales.

6. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence de faute susceptible d'engager la responsabilité de la commune de Blausasc, Mme C n'est pas fondée à demander la condamnation de ladite commune à l'indemniser du préjudice qu'elle estime avoir subi à la suite du décès de son fils survenu le 23 juin 2021 dans les conditions énoncées au point 1 de ce jugement. Par suite, de telle conclusions doivent être rejetées.

Sur l'appel en garantie formé par la commune de Blausasc :

7. En l'absence de condamnation de la commune de Blausasc, les conclusions à fin d'appel en garantie qu'elle forme à l'encontre du département des Alpes-Maritimes et de la fondation de Nice sont sans objet et ne peuvent qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Blausasc, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions présentées par Mme C sur le fondement de ces dispositions doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions d'appel en garantie présentées par la commune de Blausasc sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Jaidane et à la commune de Blausasc.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère,

Assistés de Mme Suner, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2200128

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