vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2200159 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | GIMALAC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 janvier 2022, M. A B, Mme J C, veuve G, M. E F, M. K H et M. I D, représentés par Me Gimalac, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté municipal n°DP00606921E0382 du 27 octobre 2021 par lequel le maire de Grasse ne s'est pas opposé à la réalisation des travaux objet de la déclaration préalable du 30 septembre 2021 déposée par la société Cellnex France ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Grasse une somme de 3500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Ils soutiennent que :
- la requête est recevable, puisqu'ils ont respecté le délai de recours et qu'ils ont un intérêt à agir contre la décision du 27 octobre 2021 ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure relatif au défaut de transmission d'une consultation des riverains conformément aux dispositions de l'article L. 34-9-1 du code des postes et communications électroniques ;
- elle ne respecte pas les dispositions des articles L. 34-9-1-1 du code des postes et communications électroniques et de l'article L. 425-17 du code de l'urbanisme puisque la société pétitionnaire avait l'obligation d'informer le maire de la commune au moment de l'acquisition du terrain en vue de l'édification de pylônes radioélectriques et devait différer les travaux tant que cette formalité n'est pas réalisée ;
- elle ne respecte pas les prescriptions du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de Grasse relatif à la hauteur des pylônes de radiotéléphonie ;
- elle ne respecte pas les prescriptions du règlement du PLU sur les distances d'implantation ;
- le projet n'est pas conforme aux prescriptions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les prescriptions de l'article DP-UAU 8 du règlement du PLU puisque le projet n'est pas desservi par une voie publique ou privée ;
- le dossier n'est pas conforme aux objectifs environnementaux loi du 15 novembre 2021 visant à réduire l'empreinte environnementale du numérique en France ;
- le maire de Grasse aurait dû refuser le projet en prenant en compte le principe de précaution ;
- la décision ne respecte pas l'article 30 de la loi du 15 novembre 2021 visant à réduire l'empreinte environnementale du numérique en France puisque le dossier d'information à l'article L.34-9-1 du code des postes et des communications électroniques doit comprendre à la demande du maire, la justification du choix de ne pas recourir à une solution de partage de site ou de pylône ;
- le pétitionnaire ne précise pas si ce dernier dispose d'un titre d'occupation régulier de la parcelle cadastrale qui appartient à la commune de Grasse ;
- la commune ne respecte pas les stipulations de la donation lui ayant permis d'obtenir le terrain sur lequel sera implanté le projet litigieux.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 août 2022, la société par action simplifiée (SAS) Cellnex France, représentée par Me Hamri, conclut au rejet de la requête de M. B, Mme C, veuve G, M. F, M. H et M. D et de mettre à la charge des requérants la somme de 5000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants n'ont pas un intérêt à agir contre la décision contestée ;
- ils ne peuvent utilement se prévaloir du défaut de consultation des riverains du projet ;
- le projet est conforme à l'article DG 17 du PLU puisqu'il pouvait pour des raisons techniques dépasser la hauteur de 12 mètres ;
- il est conforme à l'article DG 18 relatif aux limites séparatives du règlement du PLU ;
- il est conforme aux prescriptions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- il est conforme aux prescriptions de l'article DP-UAU 8 du règlement du PLU ;
- le dossier n'avait pas à prendre en compte l'empreinte carbone du projet ou à établir une stratégie numérique responsable ;
- le maire de Grasse n'était pas tenu d'appliquer le principe de précaution pour rejeter le projet ;
- le projet ne serait être irrégulier à défaut de proposition d'une solution de mutualisation puisqu'il n'appartient pas à l'autorité chargée de délivrer les autorisations d'urbanisme de s'assurer du respect du projet aux règles du code des postes et des communications électroniques ;
- le pétitionnaire qui a dument complété le CERFA du dossier de déclaration de travaux n'a pas à démontrer qu'il dispose des autorisations nécessaires pour réaliser les travaux envisagés.
Par un mémoire en intervention volontaire enregistré le 3 août 2022, la société anonyme (SA) Bouygues Télécom, représentée par Me Hamri, conclut au rejet de la requête de M. A B, Mme J C, veuve G, M. E F, M. K H et M. I D.
La SA Bouygues Télécom présente les mêmes moyens que la SAS Cellnex France.
Par ordonnance du 20 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au
22 décembre 2023.
Vu :
- l'ordonnance n°2201997 du 26 juillet 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte de l'environnement ;
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code des postes et des communications électroniques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 octobre 2024 :
- le rapport de M. Bulit, rapporteur,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,
- et les observations de Me Hamri représentant les sociétés Cellnex France et Bouygues Télécom.
Considérant ce qui suit :
1. Le 30 septembre 2021, la société Cellnex France a déposé une déclaration préalable de travaux ayant pour objet l'implantation d'un relais de radiotéléphonie sur une parcelle située 69 route d'Auribeau à Grasse. M. B, Mme C, veuve G, M. F, M. H et M. D demandent l'annulation de l'arrêté municipal n°DP00606921E0382 du 27 octobre 2021 par lequel le maire de Grasse ne s'est pas opposé à la déclaration de travaux de la société Cellnex France.
Sur l'intervention de la société Bouygues Télécom :
2. Il ressort des pièces du dossier, que dans le cadre du contrat de déploiement des sites de communications électroniques dont elle est le maître d'ouvrage, la société Bouygues Télécom a reçu un mandat de la société Cellnex France l'autorisant, en cas de recours contre les autorisations d'urbanisme, à " coordonner le suivi de ces procédures pour le compte de Cellnex France, apporter l'assistance nécessaire et communiquer toutes informations utiles ". Au regard de ces éléments, l'intervention en défense de la société Bouygues Telecom, qui justifie d'un intérêt direct et certain au maintien de la décision en litige, doit être admise.
Sur les conclusions à fin d'annulation
3. En premier lieu, aux termes de l'article L34-9-1 du code des postes et des communications électroniques : " Toute personne souhaitant exploiter, sur le territoire d'une commune, une ou plusieurs installations radioélectriques soumises à accord ou à avis de l'Agence nationale des fréquences en informe par écrit le maire ou le président de l'intercommunalité dès la phase de recherche et lui transmet un dossier d'information un mois avant le dépôt de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de la déclaration préalable, sauf accord du maire ou du président de l'intercommunalité sur un délai plus court ". Et aux termes de ce même article, " Le dossier () comprend également, pour information et à la demande du maire, la justification du choix de ne pas recourir à une solution de partage de site ou de pylône. ". Par ailleurs, l'articleL34-9-1-1 du même code prévoit : " Tout acquéreur ou preneur d'un contrat de bail ou de réservation d'un terrain qui, sans être soumis lui-même à l'article L. 33-1, destine ce terrain à l'édification de poteaux, de pylônes ou de toute autre construction supportant des antennes d'émission ou de réception de signaux radioélectriques aux fins de fournir au public un service de communications électroniques en informe par écrit le maire de la commune où se situe ce terrain ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale. Il joint à cette information un document attestant d'un mandat de l'opérateur de téléphonie mobile ayant vocation à exploiter ces installations. ". Et aux termes de l'article L425-17 du code de l'urbanisme : " Les travaux destinés à l'aménagement de terrains, à l'édification de poteaux, de pylônes ou de toute autre construction supportant des antennes d'émission ou de réception de signaux radioélectriques aux fins de fournir au public un service de communications électroniques ne peuvent être réalisés avant, s'il y a lieu, l'information mentionnée à l'article L. 34-9-1-1 du code des postes et des communications électroniques. ".
4. Toutefois, il n'appartient pas à l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme de veiller au respect de la réglementation des postes et communications électroniques dans le cadre de l'instruction des déclarations ou demandes d'autorisation d'urbanisme et les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions de l'article L34-9-1 du code des postes et des communications électroniques. Dès lors et d'une part, le moyen tiré du défaut de transmission au maire d'un dossier d'information devant être mis à disposition de la population est inopérant. De plus, ils ne peuvent également pas se prévaloir utilement du fait que le dossier d'information doit également comprendre, pour information et à la demande du maire, la justification du choix de ne pas recourir à une solution de partage du site qui est une règle issue des dispositions du code des postes et des communications électroniques. Enfin, si le défaut d'information du maire de la destination d'un terrain acquis ou loué en vue de l'édification de pylônes radioélectriques fait obstacle à ce que débutent les travaux, ce défaut d'information est sans incidence sur la légalité de la décision de non-opposition litigieuse. Par suite, les moyens des requérants formulés à ce titre sont inopérants et doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux () ".
6. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, sont accordées sous réserve du droit des tiers. Dès lors, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une déclaration de travaux, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il en résulte, que les tiers ne sauraient utilement invoquer, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, la circonstance que l'administration n'en aurait pas vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle déclaration de travaux vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la déclaration de travaux pour ce motif. Il en est notamment ainsi, lorsque l'autorité saisie de la demande de permis de construire est informée de ce que le juge judiciaire a remis en cause le droit de propriété sur le fondement duquel le pétitionnaire avait présenté sa demande.
7. En l'espèce, la société pétitionnaire a attesté avoir qualité pour déposer une demande travaux sur la parcelle cadastrée section BT n°170. Or, il n'apparaît pas que le maire de Grasse aurait disposé, à la date de l'arrêté attaqué, d'informations de nature à établir le caractère frauduleux de la déclaration de travaux de la société pétitionnaire qui n'aurait pas eu qualité pour la déposer. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 4 doit être écarté.
8. En troisième lieu, si les requérants exposent que la commune aurait reçu le terrain d'assiette du projet à la suite d'une donation et que ce legs aurait été méconnu dans la mesure où il avait pour but l'aménagement d'un terrain de tennis, la seule circonstance que les termes de cet acte de droit privé feraient obstacle aux travaux déclarés est sans incidence sur la légalité de la décision de non-opposition en litige. Dès lors, le moyen formulé à ce titre est inopérant et doit, par suite, être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article DG 17 du règlement du PLU, " Les pylônes de radiotéléphonie avec leur socle n'excèderont pas une hauteur de 12 mètres. Leur insertion dans l'environnement bâti et naturel devra être assuré, et leur insertion en toiture est possible si l'intégration est bonne. Pour des raisons techniques, la hauteur pourra être dépassée, sous réserve d'une parfaite insertion dans l'environnement bâti et naturel ".
10. En l'espèce, et d'une part, il résulte des pièces du dossier, que ce sont des contraintes techniques liées à l'usage de cette installation qui ont amené le pétitionnaire à réaliser un projet de plus de 12 mètres de hauteur et que d'autre part, le projet s'insère dans son environnement du fait des choix techniques retenus, c'est-à-dire un pylône de type faux arbre de 18 mètres et d'une zone technique camouflée par un " kit feuillu ". Dès lors, il ne ressort pas des pièces du dossier, que l'autorisation d'urbanisme contestée aurait été délivrée en méconnaissance des règles précitées. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article DG 18 du règlement du PLU relatif aux ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des constructions et installations publiques et aux constructions et installations d'intérêt général, " Dans les secteurs où les dispositions des titres 3 à 4 du règlement d'urbanisme les autorisent, compte tenu de leur faible ampleur et de leurs spécificités techniques, et de leur utilité publique ou de leur intérêt collectif, les ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des services publics ou répondant à un intérêt collectif peuvent s'implanter nonobstant les dispositions des articles 4 à 9 des Titres 3 et 4. / () ". Et aux termes de l'article du règlement du UJ4-D du même document relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives, " La distance minimale comptée horizontalement de tout point du bâtiment, au point le plus proche de toutes les limites séparatives, doit être égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans être inférieure à 5 mètres dans la zone UJ ; 7 mètres dans les secteurs UJa et 10 mètres dans les secteurs UJb et UJr. ".
12. Eu égard à leur objet, ces dispositions du plan local d'urbanisme relatives aux ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des services publics ou répondant à un intérêt collectif doivent être regardées comme s'appliquant aux antennes et aux pylônes installés par les opérateurs dans le cadre de l'exploitation d'un réseau de télécommunication. Dès lors, conformément à ces mêmes dispositions, ces ouvrages peuvent s'implanter nonobstant les dispositions des article 4 à 9 des titres 3 et 4 du règlement du plan local d'urbanisme de Grasse, et les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la non-conformité du projet aux règles relative à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté comme inopérant.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article DP-UAU 5 du PLU, d'une part, " Tous travaux réalisés sur des éléments bâtis ou paysagers repérés au plan de zonage, faisant l''objet d'une protection spéciale au titre de l'article L151-19 et L151-23 du Code de l'urbanisme doivent respecter les dispositions particulières fixées aux articles PE 3 et PE 4 du titre 2 du présent règlement. Les constructions doivent présenter un aspect compatible avec le caractère ou l'intérêt des lieux avoisinants, des sites et des paysages naturels et bâtis. / () ". D'autre part, notamment, aux termes de l'article DS-UJ 6 du plan local d'urbanisme, " / () Les constructions, voies d'accès, aires de stationnement, piscines, tennis, doivent être implantées de manière à préserver aux mieux les arbres existants. () /. ". Et aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".
14. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet sera situé à la limite d'un espace boisé situé à l'ouest de la route d'Auribeau et d'une zone résidentielle située à l'est de la route, composée de maisons individuelles d'habitation dépourvue d'intérêt ou de caractère particulier et ce en dépit de la présence à proximité de la chapelle Saint-Jacques qui contrairement à l'allégation des requérants, n'a pas été identifiée par le PLU comme étant un élément bâti devant être protégé au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme. Par ailleurs, le projet prendra la forme d'un arbre afin de se confondre avec les arbres existants et de s'intégrer au mieux à son environnement comme il ressort des photographies versées au dossier. En outre, le camouflage des équipements techniques permet de réduire au mieux l'impact visuel de l'ouvrage. Il ne peut être considéré comme portant atteinte aux lieux avoisinants. Dès lors, compte tenu des caractéristiques du paysage avoisinant du terrain d'assiette et de celles du projet envisagé, le maire de Grasse n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme en ne s'opposant pas aux travaux déclarés. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.
15. En septième lieu, aux termes de l'article DP-UAU 8 du règlement du PLU, " L'autorisation d'urbanisme est refusée si le terrain d'assiette du projet n'est pas desservi par une voie publique ou privée répondant à l'importance ou la destination de(s) la construction envisagée. / (). ".
16. Les requérants se bornent à soutenir que l'accès par la voie publique des camions en vue du chantier est impossible compte tenu de la configuration du terrain et des bâtiments. D'une part, ces dispositions visent à uniquement s'assurer de l'accès au terrain d'assiette lorsque la construction est réalisée, des véhicules, et ce de façon sécurisée, au regard de la construction projetée. D'autre part, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de ce que la société requérante ne disposerait d'aucun titre donnant accès à un chemin privé adjacent dans la mesure ou la société pétitionnaire fait valoir sans être contredite que l'accès au terrain d'assiette se fera directement depuis la route d'Auribeau. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de Grasse aurait dû refuser l'autorisation d'urbanisme contestée. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.
17. En huitième lieu, les requérants soutiennent que le dossier de la déclaration de travaux ne comportait aucun élément relatif au respect des objectifs de la loi du
15 novembre 2021 visant à réduire l'empreinte environnementale du numérique en France. Toutefois, les dispositions des articles R. 431-35 et suivants du code de l'urbanisme, qui fixent limitativement la liste des pièces et autres éléments devant être joints à une demande de permis de construire, n'imposent pas la production d'éléments relatifs aux objectifs de la loi du
15 novembre 2021 par le pétitionnaire. Par suite, ce moyen doit être écarté.
18. En dernier lieu, les requérants doivent être regardés comme invoquant le principe de précaution énoncé à l'article 1er de la Charte de l'environnement à laquelle le Préambule de la Constitution fait référence en vertu de la loi constitutionnelle du 1er mars 2005 que : " Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé ". Aux termes de l'article 5 de ladite Charte : " Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ". Ces dispositions s'imposent aux pouvoirs publics et aux autorités administratives dans leurs domaines de compétence respectifs. En outre, l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme prévoit que le permis de construire ou la décision prise sur la déclaration préalable de travaux doit respecter les préoccupations définies par l'article L. 110-1 du code de l'environnement, lequel se réfère au principe de précaution, " selon lequel l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable ". S'il appartient à l'autorité administrative compétente de prendre en compte le principe de précaution lorsqu'elle se prononce sur l'octroi d'une autorisation délivrée en application de la législation sur l'urbanisme, les dispositions de l'article 5 de la Charte de l'environnement ne permettent pas, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autres autorités publiques dans leur domaine de compétence, de refuser légalement la délivrance d'une autorisation d'urbanisme en l'absence d'éléments circonstanciés faisant apparaître, en l'état des connaissances scientifiques, des risques, mêmes incertains, de nature à justifier un tel refus. Or, les requérants se bornent à soutenir " qu'il convient de s'interroger sur la conjonction de trois sites importants d'antennes relais dans un périmètre rapproché " ou encore, que " tous les scientifiques ne sont pas convaincus de l'innocuité des rayonnements ". Ainsi, ils ne font pas valoir d'éléments circonstanciés faisant apparaitre, en l'état des connaissances scientifiques, des risques, mêmes incertains, de nature à justifier une opposition à la déclaration de travaux en cause, ou qu'il soit fait obligation au pétitionnaire de respecter des prescriptions spéciales. Par suite, la méconnaissance du principe de précaution n'est pas établie.
19. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par les sociétés Cellnex France et Bouygues Télécom, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2021, par lequel le mairede Grasse ne s'est pas opposé à la réalisation des travaux objet de la déclaration déposée le
30 septembre 2021 par la société Cellnex France.
Sur les frais du litige :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Grasse ou des sociétés Cellnex France et Bouygues Télécom qui ne sont pas les parties perdantes dans cette instance, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de de la société Cellnex France présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B, Mme J C, veuve G, M. E F, M. K H et M. I D est rejetée.
Article 2 : L'intervention de la société Bouygues Télécom est admise.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, aux sociétés Cellnex France et Bouygues Télécom et la commune de Grasse.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Taormina, président,
Mme Soler, première conseillère,
M. Bulit, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. BULIT
Le président,
Signé
G. TAORMINA Le greffier,
Signé
D. CREMIEUX
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
No2200159
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026