vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2200169 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CGCB & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 13 janvier 2022 et
19 mai 2023, M. A B, représenté par Me Bethan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté municipal du 30 novembre 2021 pris par le maire de la
Roquette-sur-Siagne portant placement de chats dans un lieu de dépôt à titre permanent ;
2°) d'enjoindre le maire de la Roquette-sur-Siagne de restituer sans délai les 26 chats appartenant à M. B ;
3°) de mettre à la charge du ministre de l'intérieur une somme de 2500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence, puisque l'auteur de la décision n'était pas compétent pour autoriser le placement définitif des chats à la société protectrice des animaux ;
- elle est illégale au regard de " la confusion des qualités du maire et de la SPA qui est le reflet de la mauvaise appréhension du domaine et des limites de leurs compétences respectives par les différentes autorités intervenantes ".
- la procédure ayant permis de prendre la décision contestée est irrégulière, n'était pas précédée d'un avertissement ou d'une mise en demeure et le maire n'était pas fondé à suivre la procédure prévue par les dispositions de l'article L.211-21 du code rural et de la pêche maritime ;
- la décision n'est pas motivée, puisqu'il est seulement fait référence aux conditions de garde et sanitaire inadaptées ;
- la commune a commis une erreur de fait, puisqu'elle ne s'est pas fondée sur le nombre correct de chats pour prendre la décision contestée ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard du fait que la situation des chats de M. B est en dehors du champ d'application des articles L.211-1, L. 211-21, L. 211-22, L.214-1 et L.214-2 du code rural et de la pêche maritime ;
- elle n'est pas justifiée au regard de l'absence d'un trouble à l'ordre public, en outre, les chats de M. B ne sont pas errants ou divagants et ne présentent aucun danger ou risque sanitaire ;
- elle est disproportionnée au regard du but poursuivi ;
- le maire de la Roquette-sur-Siagne a commis un détournement de pouvoir.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 23 décembre 2022 et 30 novembre 2023, la commune de La Roquette-sur-Siagne représentée par le cabinet SCP CGCB et Associés conclut au rejet de la requête.
Par ordonnance du 30 novembre 2023, la clôture d'instruction a été reportée au
15 décembre 2023.
Vu :
- l'ordonnance n°2106357 du 20 décembre 2021 ;
- l'ordonnance n°2200168 du 4 février 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 octobre 2024 ;
- le rapport de M. Bulit, rapporteur,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,
- M. B et le maire de La Roquette-sur-Siagne n'étant ni présents, ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. M. B qui réside à La Roquette sur Siagne, est propriétaire de vingt-six chats. Par un arrêté du 30 novembre 2021 notifié à ce dernier le 7 décembre 2021, le maire de la Roquette-sur-Siagne a décidé de placer, à titre permanent, l'ensemble des chats de M. B dans un lieu de dépôt adapté (le refuge de la SPA du Cannet) et de mettre les frais de garde à sa charge.
M. B conteste cet arrêté et demande au tribunal d'enjoindre la commune de La
Roquette-sur-Siagne de lui restituer sans délai ses animaux.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () 7° le soin d'obvier ou de remédier aux événements fâcheux qui pourraient être occasionnés par la divagation des animaux malfaisants ou féroces. ". En vertu de l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime : " II.-En cas de danger grave et immédiat pour les personnes ou les animaux domestiques, le maire ou à défaut le préfet peut ordonner par arrêté que l'animal soit placé dans un lieu de dépôt adapté à la garde de celui-ci et, le cas échéant, faire procéder à son euthanasie. () ". Ces dispositions confient, à la fois, à l'autorité de police municipale le soin de faire cesser les troubles à l'ordre public et de prévenir les risques à la sécurité ou salubrité publiques résultant du danger que présente pour les personnes et les animaux domestiques le comportement d'animaux, compte tenu des modalités de leur garde et la possibilité en cas de danger grave et immédiat pour les personnes ou les animaux domestiques de placer dans un lieu de dépôt adapté la garde d'un animal domestique représentant un tel danger
3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, que le requérant a recueilli un très grand nombre de chats, les services de la commune ayant constaté l'existence de 53 chats dont 26 chats identifiés, un chat mort et six chatons sur la propriété de M. B. Le rapport de police municipale du 25 octobre 2021 fait également état d'un constat d'insalubrité avancé du logement du requérant, compte tenu de la présence d'excréments, de l'odeur d'urine nauséabonde causée par la présence d'un grand nombre de chats et de la présence d'un animal mort dans " le mobile home " où vit ce dernier. En outre, selon les rapports vétérinaires versés au dossier, différents chats étaient dans un état de santé dégradé et présentaient des risques sanitaires, plusieurs d'entre eux étant décédés du typhus dont la contagiosité est importante et nécessite des mesures immédiates. Dès lors, compte tenu du très grand nombre d'animaux détenus par le requérant et des risques sanitaires causés par ces animaux, le maire de La Roquette-sur-Siagne a agi dans le cadre de ses compétences en tant qu'autorité de police municipale pour assurer ses missions prévues à l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, et à la fois, dans le cadre de ses pouvoirs de police spéciale prévus par les dispositions du II de l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime au regard du danger que représentait ses animaux. Enfin, le fait que la société protectrice des animaux aurait directement répondu par un courrier datant du 30 novembre 2021 à M. B, à la suite du courrier envoyé par ce dernier, reçu par la commune le 17 novembre 2021, contestant l'arrêté du 11 octobre 2021 de placement, à titre provisoire, des animaux de ce dernier dans un lieu de dépôt adapté, est d'une part sans incidence sur la légalité de la décision en litige et d'autre part ne révèle pas une erreur sur le champ de compétence dont disposait le maire de La Roquette-sur-Siagne. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire de La Roquette-sur-Siagne ne disposait pas d'une base légale permettant de prendre l'arrêté en litige et le moyen formulé à ce titre doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, que l'auteur de la décision en litige aurait suivi la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 211-21 du code rural et de la pêche maritime qui concernent les animaux d'espèce sauvage apprivoisés ou tenus en captivé. En revanche, il ressort des pièces du dossier, qu'au regard du danger grave et immédiat que représentait la situation sanitaire des animaux de M. B, que le maire a pris une décision sur le fondement des dispositions du II de l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime. Or d'une part, si les dispositions de cet article précisent que le propriétaire ou le détenteur de l'animal est invité à présenter ses observations, les règles énoncées au I de l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime, qui se bornent à rappeler le principe du respect des droits de la défense, n'instaure pas une " procédure contradictoire particulière " au sens de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. D'autre part, la décision litigieuse a été pris sur le fondement des dispositions énoncées au II de l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime qui permettent à l'autorité concernée de placer un animal domestique dans un lieu de dépôt adapté en cas de danger grave et immédiat sans que détenteur ou propriétaire de l'animal soit invité à présenter des observations. Dès lors, le maire de Roquette-sur-Siagne n'était pas tenu d'inviter M. B à présenter des observations avant de prendre l'arrêté en litige. Par suite, M. B n'étant pas fondé à se prévaloir du fait que l'arrêté du 30 novembre 2021 n'aurait pas été précédé d'un avertissement ou d'une mise en demeure et du fait qu'il n'aurait pas été invité à présenter des observations, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.
5. Il résulte de ce qui précède, que la procédure par laquelle le maire de La Roquette-sur-Siagne a pris la décision du 30 novembre 2021 n'est pas entachée d'irrégularité.
6. En troisième lieu, en visant les dispositions du code rural et du code général des collectivités territoriales dont il a fait application, le maire de La Roquette-sur-Siagne a suffisamment motivé son arrêté au regard des éléments de droit. En ce qui concerne la motivation au regard des éléments de fait, elle est également suffisante dès lors que l'arrêté indique avec une précision suffisante les faits sur lesquels il se fonde notamment la situation d'urgence liée à l'état sanitaire des chats et les conditions de vie inadaptées tant pour les chats que leur propriétaire, exposées par le rapport de police municipale en date du 25 octobre 2021. Au demeurant, le fait que les motifs entre la décision en litige et celle du 11 octobre 2021, relatifs au placement des chats, à titre provisoire, dans un lieu de dépôt adapté, seraient différents est sans incidence sur la légalité de la décision contestée.
7. En quatrième lieu, le nombre de 53 chats mentionné dans l'arrêté correspond à celui qui a été constaté dans le rapport de la police municipale du 25 octobre 2021 et le fait que ce nombre diffèrerait de celui du nombre de chats identifiés par M. B, c'est-à-dire 26 animaux dont les différents noms sont mentionnés dans ses écritures, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté comme inopérant.
8. En cinquième lieu, s'il est invoqué une erreur de droit relative au fait que l'autorité municipale a agi en dehors du champ d'application des disposions de l'article L. 211.11 du code rural et de la pêche maritime, contrairement à ce qui est soutenu par le requérant, ces dispositions concernent les animaux domestiques et par conséquent les chats domestiques du requérant. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.
9. En sixième lieu, si M. B invoque l'absence de menace pour l'ordre public de l'ensemble des chats dont il était propriétaire, il convient de prendre en compte le nombre important de chats présents sur le site c'est-à-dire 53 chats selon les pièces versées au dossier. En particulier, il résulte du rapport de constatation effectué par les services de la police municipale du 25 octobre 2021, parfaitement circonstancié et illustré par de nombreuses photographies, d'une part que le jour du constat, le logement à l'intérieur duquel vivait le requérant et ses animaux, était en état d'insalubrité manifeste dû à une forte odeur d'urine nauséabonde causant une gêne respiratoire pour les agents de la commune. A cette occasion, il a également été constaté la présence de multiples excréments de chats, en outre, un chat a même pu être retrouvé mort à l'intérieur du logement du requérant. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier et notamment des rapports vétérinaires que plusieurs chats étaient dans un état de santé vulnérable puisqu'ils présentaient des symptômes de gale, gingivite, yeux crevés, otites purulentes, amaigrissement et de déshydratation. Selon le rapport vétérinaire du 30 novembre 2021, un grand nombre d'entre eux ont eu des symptômes liés à la maladie du typhus et notamment douze d'entre eux seraient décédés à la suite du typhus. Par conséquent, eu égard au risque sanitaire que représentait ce grand nombre de chats pour les autres chats mais également pour leur propriétaire, les circonstances de l'espèce permettent de caractériser l'existence d'un danger grave et immédiat et donc l'édiction par le maire, dans le cadre ses pouvoirs de police spéciale en cas de danger grave et immédiat pour les personnes ou les animaux domestiques, de l'arrêté contesté.
10. En septième lieu, le fondement des dispositions du code rural et de la pêche maritime visées par l'arrêté du 30 novembre 2021 autorisait le maire à placer les animaux du requérant dans un lieu de dépôt adapté. Eu égard au danger grave et immédiat que représentent les différents chats de M. B, notamment par sa santé et aux risque sanitaires et de contamination des chats entre eux, le maire de La Roquette-sur-Siagne n'a pas pris une mesure disproportionnée par rapport aux buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés du caractère prétendument disproportionné de la mesure et de l'existence d'un détournement de pouvoir doit être écarté.
11. Il résulte de ce tout qui précède, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 novembre 2021, par laquelle le maire de La Roquette-sur-Siagne a décidé de placer, à titre permanent, l'ensemble de ses chats dans un lieu de dépôt adapté (le refuge de la SPA du Cannet) et de mettre les frais de garde à sa charge. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de La Roquette-sur-Siagne.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Taormina, président,
Mme Soler, première conseillère,
M. Bulit, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. BULIT
Le président,
Signé
G. TAORMINA Le greffier,
Signé
D. CREMIEUX
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
No2200169
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