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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2200285

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2200285

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2200285
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantFIORENTINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2022, la société civile de construction vente Cagnes Maurice Donat, représentée par Me Ibanez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2021 par lequel le maire de Cagnes-sur-Mer s'est opposé à la déclaration de travaux qu'elle a déposée en vue du détachement d'un lot de l'unité foncière lui appartenant ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cagnes-sur-Mer la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le motif de refus tiré de l'incomplétude du dossier joint à la déclaration préalable est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit, dès lors que l'autorité administrative ne peut exiger d'un déclarant le report du tracé d'un arrêté d'alignement dans le cadre d'une déclaration préalable.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2022, la commune de Cagnes-sur-Mer, représentée par Me Fiorentino, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la décision est légalement justifiée par un motif autre que celui initialement indiqué et fondé sur la situation existant à la date de cette décision, à savoir que le projet empiète sur l'emplacement réservé V16 ;

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mai 2022.

Par un courrier en date du 11 mars 2024, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la possibilité pour le tribunal de prononcer d'office, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, une injonction tendant à la délivrance à la société Cagnes Maurice Donat d'une décision de non-opposition à déclaration préalable portant sur le détachement d'un lot de l'unité foncière constituée par les parcelles cadastrées section BN n° 67, 69, 71 à 75 et 275 à 278 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mai 2024 :

- le rapport de Mme Soler, rapporteure,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- et les observations de Me Fiorentino, représentant la commune de Cagnes-sur-Mer.

Considérant ce qui suit :

1. La société Cagnes Maurice Donat est propriétaire d'une unité foncière composée des parcelles cadastrées section BN n° 67, 69, 71 à 75 et 275 à 278 située sur le territoire de la commune de Cagnes-sur-Mer. Elle a déposé, le 1er octobre 2021, une déclaration préalable de travaux en vue de procéder au détachement d'un lot de cette unité foncière. Par un arrêté du 19 novembre 2021, le maire de Cagnes-sur-Mer s'est opposé à cette déclaration. La société Cagnes Maurice Donat demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R.*423-22 du code de l'urbanisme : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ".

3. Il résulte de ces dispositions, qu'il appartient à l'autorité compétente pour instruire une déclaration préalable de travaux, si elle s'estime insuffisamment informée, non de rejeter celle-ci, mais de demander au pétitionnaire de compléter son dossier, lequel, à défaut de notification de pièce manquante adressée par le service instructeur, est réputé complet un mois après son dépôt en application de l'article R. 423-22. Il suit de là que l'autorité compétente ne peut motiver une décision d'opposition à déclaration préalable en excipant le défaut de production des pièces et documents.

4. En l'espèce, contrairement à ce que fait valoir la commune en défense, le motif de refus fondant l'arrêté attaqué n'est pas tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 12 du règlement métropolitain de voirie, mais de l'incomplétude du dossier joint à la déclaration préalable de travaux. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet en litige aurait pour objet ou pour effet d'implanter une construction nouvelle sur l'alignement, en méconnaissance de ces dispositions. Ainsi, en fondant son refus sur le motif selon lequel le dossier joint à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Cagnes Maurice Donat était incomplet, dès lors que les plans faisaient apparaître un tracé théorique de l'emplacement réservé V16, alors qu'ils auraient dû indiquer les tracés issus de l'arrêt d'alignement délivré le 20 octobre 2021, le maire de Cagnes-sur-Mer a entaché sa décision d'une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède, que l'unique motif fondant la décision d'opposition à déclaration préalable en litige est entaché d'erreur de droit et que la société requérante est, par suite, fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'excès de pouvoir. Toutefois, la commune de Cagnes-sur-Mer entend, en cours d'instance, substituer un nouveau motif à celui initialement invoqué.

6. En deuxième lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. Aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : / 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; / () ". Aux termes de l'article R. 151-48 du même code : " Dans les zones U, AU, A et N, le ou les documents graphiques du règlement font, en outre, apparaître, s'il y a lieu : / () / 2° Les emplacements réservés aux voies publiques délimités en application du 1° de l'article L. 151-41, en précisant leur destination et les collectivités, services et organismes publics bénéficiaires ; / () ". Et aux termes de l'article L. 421-6 du code précité : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique ".

8. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les seuls ouvrages ou installations dont la réalisation peut être autorisée sur les terrains faisant l'objet d'un emplacement réservé sont ceux qui sont conformes à sa destination. L'autorité compétente est ainsi tenue de refuser toute demande dont l'objet ne serait pas conforme à la réserve.

9. En l'espèce, il ressort de la comparaison du zonage du plan local d'urbanisme métropolitain issu de la modification n°1 en date du 21 octobre 2021, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de la métropole, et du plan de masse joint à la déclaration préalable en litige que l'emplacement réservé V16 a été correctement pris en compte par la société déclarante et exclu du périmètre du projet. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet en litige aurait pour objet ou pour effet d'instaurer un ouvrage ou un aménagement non conforme à la destination de cet emplacement réservé. Par suite, la commune n'est pas fondée à soutenir que le projet en litige serait implanté sur cet emplacement réservé et la substitution de motif qu'elle demande doit être écartée.

10. Il résulte de tout ce qui précède, que l'arrêté du 19 novembre 2021 par lequel le maire de Cagnes-sur-Mer s'est opposé à la déclaration de travaux déposée par la société Cagnes Maurice Donat en vue du détachement d'un lot de l'unité foncière lui appartenant doit être annulé. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par la société requérante n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision attaquée.

11. En troisième lieu, sur les conséquences de cette annulation, lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction ou, le cas échéant, d'office, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

12. Le présent jugement censure le motif de refus par lequel le maire de Cagnes-sur-Mer s'est opposé à la déclaration préalable de division foncière déposée par la société Cagnes Maurice Donat ainsi que le nouveau motif invoqué en cours d'instance. Il ne résulte pas de l'instruction, que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté attaqué interdiraient d'accueillir la division foncière sollicitée par le requérant ni que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre d'office au maire de Cagnes-sur-Mer de délivrer à la société Cagnes Maurice Donat une décision de non-opposition à déclaration préalable portant sur le détachement d'un lot de l'unité foncière constituée par les parcelles cadastrées section BN n° 67, 69, 71 à 75 et 275 à 278, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Cagnes Maurice Donat qui n'est pas la partie perdante, la somme que la commune de Cagnes-sur-Mer demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de la commune de Cagnes-sur-Mer une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Cagnes Maurice Donat et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Cagnes-sur-Mer du 19 novembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Cagnes-sur-Mer de délivrer à la société Cagnes Maurice Donat une décision de non-opposition à déclaration préalable portant sur le détachement d'un lot de l'unité foncière constituée par les parcelles cadastrées section BN n° 67, 69, 71 à 75 et 275 à 278, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Cagnes-sur-Mer versera à la société Cagnes Maurice Donat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Cagnes-sur-Mer présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société civile de construction vente Cagnes Maurice Donat et à la commune de Cagnes-sur-Mer.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

Mme Sandjo, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

La rapporteure,

signé

N. SOLER

Le président,

signé

G. TAORMINA La greffière,

signé

O. MOULOUD

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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