mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2200370 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CALANDRI AUDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 janvier et 6 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Calandri, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait interdiction d'acquérir ou de détenir les armes, éléments d'armes et munitions des catégories A, B et C et l'a inscrite au Fichier National des personnes Interdites d'Acquisition et de Détention d'Armes (Finiada) ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de l'autoriser à acquérir et détenir les armes, éléments d'armes et munitions des catégories A, B et C et de procéder à l'effacement de son inscription au Finiada dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire préalable ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- son inscription au Finiada porte atteinte à ses libertés individuelles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 26 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024 :
- le rapport de Mme Soler, assesseure,
- et les conclusions de M. Beyls, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a fait l'objet, le 27 avril 2020, d'une décision d'interdiction de détention d'armes de toutes catégories prononcée par les autorités italiennes. Par un arrêté du 9 août 2021, le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait interdiction d'acquérir ou de détenir les armes, éléments d'armes et munitions des catégories A, B et C. Par sa requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 de ce code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Et aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ". Il résulte de ces dispositions, que la décision par laquelle le préfet fait interdiction d'acquérir ou de détenir les armes, éléments d'armes et munitions en faisant usage de son pouvoir de police, décision qui est au nombre des mesures de police qui doivent être motivées, ne peut intervenir qu'après que son destinataire a été mis à même de présenter ses observations, sauf en cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles. Le respect de cette formalité implique que l'intéressé ait été averti de la mesure que l'administration envisage de prendre, des motifs sur lesquels elle se fonde, et qu'il bénéficie d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Ces dispositions font obligation à l'autorité administrative de faire droit, en principe, aux demandes d'audition formées par les personnes intéressées en vue de présenter des observations orales, alors même qu'elles auraient déjà présenté des observations écrites. Ce n'est que dans le cas où une telle demande revêtirait un caractère abusif qu'elle peut être écartée. Par ailleurs, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
3. En l'espèce, il est constant qu'une telle procédure contradictoire n'a pas été mise en œuvre. Si le préfet des Alpes-Maritimes fait valoir que l'urgence qui présidait à l'édiction de l'arrêté en litige et des circonstances exceptionnelles étaient de nature à le dispenser de respecter la procédure contradictoire préalable, il n'établit pas l'urgence ni les circonstances exceptionnelles invoquées en se bornant à faire valoir que les autorités italiennes avaient pris une interdiction similaire le 27 avril 2020, que Mme A présentait un risque pour l'ordre public ou en invoquant les relations internationales entre la France et l'Italie, et alors qu'il ressort des pièces du dossier, que le casier judiciaire de l'intéressée est vierge. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure qui l'a privée d'une garantie.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure : " L'autorité administrative peut interdire l'acquisition et la détention des armes, munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C aux personnes dont le comportement laisse craindre une utilisation dangereuse pour elles-mêmes ou pour autrui ".
5. En l'espèce, pour prendre la décision attaquée, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée avait fait l'objet d'un arrêté similaire pris par les autorités italiennes en date du 27 avril 2020. Il ressort de la lecture de celui-ci que celles-ci ont relevé, pour prendre une telle interdiction à l'encontre de Mme A, un manquement dans le stockage des armes de l'intéressée ne permettant pas d'empêcher que celles-ci ne soient à la disposition de personnes qui ne sont pas en possession des autorisations nécessaires et/ou qui soient capables d'en abuser, notamment son ex-conjoint avec qui elle a eu deux enfants et est associée dans une société. Cette circonstance, à elle-seule, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que Mme A ne réside plus avec son ex-conjoint, ne saurait caractériser un comportement laissant craindre une utilisation dangereuse d'une arme par Mme A pour elle-même ou pour autrui. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a fait une inexacte appréciation des dispositions de l'article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure en prenant l'arrêté attaqué.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 août 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait interdiction d'acquérir ou de détenir les armes, éléments d'armes et munitions des catégories A, B et C et l'a inscrite au Fichier National des personnes Interdites d'Acquisition et de Détention d'Armes (Finiada).
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. D'une part, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et alors que la défense n'a invoqué la survenance d'aucune nouvelle circonstance de fait depuis l'édiction de l'arrêté attaqué, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de faire radier Mme A C des personnes Interdites d'Acquisition et de Détention d'Armes. En l'espèce, il y a lieu de lui impartir un délai de deux mois pour ce faire.
8. D'autre part, cette annulation n'implique pas d'enjoindre au préfet des
Alpes-Maritimes de l'autoriser à acquérir et détenir les armes, éléments d'armes et munitions des catégories A, B et C, dès lors qu'aucune disposition législative ou règlementaire ne prévoit la délivrance d'une telle autorisation de portée générale. Par suite, le surplus des conclusions aux fins d'injonction doit être rejeté.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 9 août 2021 du préfet des Alpes-Maritimes est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de faire procéder à l'effacement de Mme A C des personnes Interdites d'Acquisition et de Détention d'Armes dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressé au préfet des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Taormina, président,
Mme Soler, première conseillère,
M. Bulit, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. SOLER
Le président,
Signé
G. TAORMINALe greffier,
Signé
D. CREMIEUX
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026