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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2200726

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2200726

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2200726
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP BERLINER DUTERTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2022, la société civile immobilière White Gate, représentée par Me Lacrouts, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre, avant-dire-droit, à la commune d'Antibes de communiquer l'avis de la commission des sites et les motifs ayant conduit le ministre chargé des sites à s'opposer implicitement à sa demande de permis de construire modificatif ;

2°) d'annuler la décision née du silence gardé par le maire d'Antibes sur sa demande de permis de construire modificatif déposée le 8 mars 2021 portant sur la régularisation de travaux effectués sur la parcelle cadastrée section CM n°104, ensemble le courrier du 13 décembre 2021 par lequel le maire d'Antibes l'a informée que sa demande avait fait l'objet d'une décision implicite de rejet en date du 8 décembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au maire d'Antibes de lui délivrer le permis de construire modificatif sollicité dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune d'Antibes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le motif de refus tiré de la méconnaissance de l'article R. 425-17 b) du code de l'urbanisme est inopérant dès lors qu'il s'agit d'un permis de construire modificatif ;

- les avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites et du ministre de l'urbanisme doivent lui être communiqués en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le refus est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la contestation de la conformité des travaux réalisés avec le permis de construire obtenu le 10 juin 2016 repose essentiellement sur l'absence de réalisation de certains ouvrages destinée à favoriser une meilleure insertion du projet dans le site classé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, la commune d'Antibes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le maire était en situation de compétence liée pour rejeter la demande ;

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 25 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mai 2024.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la demande de la société requérante tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune d'Antibes de lui communiquer l'avis de la commission des sites et les motifs ayant conduit le ministre chargé des sites à s'opposer implicitement à la demande de permis de construire modificatif dès lors que cette dernière ne conclut à l'annulation d'aucune décision administrative et tend à ce qu'il soit prononcé une injonction à titre principal.

Elles ont également été informées, en application des mêmes dispositions, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation du courrier du 13 décembre 2021 dès lors que celui-ci se borne à communiquer à la société White Gate les motifs de la décision implicite de rejet opposée à sa demande et ne constitue donc pas , un acte faisant grief susceptible d'un recours pour excès de pouvoir.

Par un mémoire, enregistré le 30 mai 2024, la société White Gate a présenté ses observations sur ces deux moyens susceptibles d'être relevés d'office.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soler,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- et les observations de Mme A, représentant la commune d'Antibes.

Considérant ce qui suit :

1. La société White Gate est propriétaire de la parcelle cadastrée section CM n°104 située sur le territoire de la commune d'Antibes. Elle a obtenu, le 10 juin 2016, un permis de construire en vue de restructurer le bâtiment principal et l'annexe implantés sur cette parcelle. Elle a déposé, le 17 novembre 2021, une déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux. Suite au récolement des travaux effectué par la commune le 12 janvier 2021, le maire d'Antibes, par un courrier du 18 février 2021, a mis en demeure la société de mettre les travaux en conformité avec l'autorisation accordée avant le 17 avril 2021. La société White Gate a déposé, le 8 mars 2021, une demande de permis de construire modificatif en vue de régulariser les travaux effectués. Par un courrier du 13 décembre 2021, le maire d'Antibes l'a informée que sa demande avait fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par sa requête, la société White Gate demande au tribunal d'annuler la décision de rejet née du silence gardé par le maire sur sa demande, ensemble le courrier du maire d'Antibes du 13 décembre 2021.

Sur les conclusions tendant à enjoindre à la commune de communiquer l'avis de la commission des sites et les motifs ayant conduit le ministre chargé des sites à s'opposer implicitement à la demande de permis de construire modificatif :

2. En dehors des cas expressément prévus par des dispositions législatives particulières, notamment celles des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative, il n'appartient pas au juge administratif d'adresser des injonctions à l'administration. Ainsi, les conclusions présentées par la société requérante tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune d'Antibes de lui communiquer l'avis de la commission des sites et les motifs ayant conduit le ministre chargé des sites à s'opposer implicitement à la demande de permis de construire modificative, qui ne tendent à l'annulation d'aucune décision administrative mais seulement à ce qu'il soit prononcé une injonction à l'administration à titre principal, sont irrecevables. Par suite, de telles conclusions, ainsi que les parties en ont été informées, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation du courrier du 13 décembre 2021 :

3. Par le courrier du 13 décembre 2021 qu'il a adressé à la société White Gate, le maire d'Antibes s'est borné à communiquer à celle-ci les motifs de sa décision implicite de rejet. Dès lors, ce courrier ne constitue pas une décision de refus en tant que telle. Par suite, il ne fait pas grief à la société requérante, de sorte que les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre ce courrier doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision de rejet née du silence gardé par la commune sur sa demande de permis de construire modificatif :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R.423-31 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction prévu par le b et le c de l'article R. 423-23 est porté à : / () / c) Huit mois lorsqu'un permis porte sur des travaux soumis à l'accord du ministre chargé des sites prévu par le b de l'article R. * 425-17 ". Aux termes de l'article R.424-2 de ce code dans sa rédaction applicable au litige : " Par exception au b de l'article R424-1, le défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction vaut décision implicite de rejet dans les cas suivants : / a) Lorsque les travaux sont soumis à l'autorisation du ministre de la défense ou à une autorisation au titre des sites classés ou en instance de classement ou des réserves naturelles ; / () ". Et aux termes de l'article R.425-17 du même code, applicable au permis de construire initial comme au permis de construire modificatif : " Lorsque le projet est situé dans un site classé ou en instance de classement, la décision prise sur la demande de permis ou sur la déclaration préalable ne peut intervenir qu'avec l'accord exprès prévu par les articles L. 341-7 et L. 341-10 du code de l'environnement : / a) Cet accord est donné par le préfet ou, le cas échéant, le directeur de l'établissement public du parc national dans les conditions prévues par l'article R. 341-10 du code de l'environnement, après avis de l'architecte des Bâtiments de France, lorsque le projet fait l'objet d'une déclaration préalable ; / b) Cet accord est donné par le ministre chargé des sites, après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, dans les autres cas ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire modificatif déposée par la société White Gate le 8 mars 2021 prévoit des travaux au sein du site classé de la Pinède à Juan-les-Pins et nécessitait l'autorisation de la ministre de la transition écologique, chargée des sites, en application de l'article L. 341-10 du code de l'environnement. En application des dispositions citées au point précédent, le délai d'instruction de la demande de permis de construire déposée par la société requérante était donc fixé à huit mois. En l'absence de décision explicite au terme de ce délai, une décision implicite de rejet est ainsi née le 8 novembre 2021.

6. En second lieu, si la société requérante soutient que le refus en litige est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la contestation de la conformité des travaux réalisés avec le permis de construire obtenu le 10 juin 2016 repose essentiellement sur l'absence de réalisation de certains ouvrages destinée à favoriser une meilleure insertion du projet dans le site classé, ce moyen est inopérant dès lors qu'il ne s'agit pas du motif de refus fondant la décision attaquée. Il suit de là que ce moyen ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société White Gate doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société White Gate est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière White Gate et à la commune d'Antibes.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Pouget, présidente,

Mme Soler, première conseillère,

Mme Sandjo, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SOLER

La présidente,

Signé

M. POUGETLa greffière,

Signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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