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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2200729

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2200729

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2200729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL ITINERAIRES AVOCATS - CADOZ-LACROIX-REY-VERNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2022, M. Philippe Vardon demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n°10.6 du 10 décembre 2021 par laquelle le conseil municipal de Nice a accordé le bénéfice de la protection fonctionnelle à M. D C, maire de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nice la somme de 250 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la délibération litigieuse a été adoptée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-23 du code général des collectivités territoriales en l'absence de la mention de l'heure de son adoption et du nombre exact de votants ;

- les mentions de la délibération litigieuse ne permettent pas de connaître le quorum des conseillers municipaux ayant pris part à son vote ni ceux qui se sont abstenus alors que le nombre de pouvoirs donnés par les conseillers municipaux ne correspond pas au nombre de ceux qui étaient absents ou excusés ;

- son droit d'expression en sa qualité de conseiller municipal a été méconnu lors de l'examen de la délibération litigieuse ;

- les conditions pour bénéficier de la protection fonctionnelle prévue par les dispositions de l'article L. 2123-35 du code général des collectivités territoriales n'étaient pas remplies.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, la commune de Nice, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Rey, conclut au rejet de la requête, à ce que le requérant soit condamné aux entiers dépens et à ce que soit mise à sa charge la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 mai 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tabarly, représentant la commune de Nice.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération n°10.6 du 10 décembre 2021, le conseil municipal de Nice a accordé le bénéfice de la protection fonctionnelle à M. D C, maire de la commune, à la suite des propos tenus à son encontre par M. Julien Odoul, conseiller régional de Bourgogne Franche-Comté, lors d'une émission télévisée diffusée le 30 octobre 2020. Par sa requête, M. Philippe Vardon, conseiller municipal de Nice, demande au tribunal d'annuler cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-20 du code général des collectivités territoriales : " Un conseiller municipal empêché d'assister à une séance peut donner à un collègue de son choix pouvoir écrit de voter en son nom. Un même conseiller municipal ne peut être porteur que d'un seul pouvoir. Le pouvoir est toujours révocable. Sauf cas de maladie dûment constatée, il ne peut être valable pour plus de trois séances consécutives. / () ". Aux termes de l'article L. 2121-23 de ce même code, dans sa version applicable au litige : " Les délibérations sont inscrites par ordre de date. / Elles sont signées par tous les membres présents à la séance, ou mention est faite de la cause qui les a empêchés de signer ".

3. En l'espèce, et d'une part, contrairement à ce que soutient le requérant, les dispositions de l'article L. 2121-23 du code général des collectivités territoriales, citées au point précédent, n'imposent pas, à peine de nullité, que les délibérations adoptées par un conseil municipal mentionnent l'heure de l'adoption et le nombre exact de votants alors, qu'en tout état de cause, les formalités prévues par ces dispositions, exclusivement relatives aux modalités de signature des délibérations des conseils municipaux, ne sont pas prescrites à peine de nullité.

4. D'autre part, la délibération litigieuse mentionne les conseillers municipaux présents, absents ou excusés, ceux qui ont accordé un pouvoir de vote à un autre conseiller ainsi que la liste des conseillers municipaux qui ont voté contre son adoption, dans laquelle figure le nom du requérant. En outre, cette même délibération mentionne que le maire n'a pas pris part au vote. Dans ces conditions, la circonstance alléguée par le requérant selon laquelle les mentions de la délibération litigieuse ne permettraient pas de connaitre tant le quorum des conseillers municipaux ayant pris part à son vote que ceux qui se sont abstenus manque en fait.

5. Enfin, la circonstance alléguée par le requérant selon laquelle le nombre de pouvoirs donnés par les conseillers municipaux ne correspondrait pas au nombre de ceux qui étaient absents ou excusés est sans incidence sur la légalité de la délibération attaquée dès lors que la possibilité, pour un conseiller municipal, de donner à un autre conseiller municipal le pouvoir de voter en son nom en application des dispositions précitées de l'article L. 2121-20 du code général des collectivités territoriales, constitue une simple faculté et non une obligation.

6. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 5 de ce jugement que le moyen tiré de ce que la délibération litigieuse ne comporte pas l'ensemble des mentions obligatoires doit être écarté dans ses différentes branches.

7. En deuxième lieu, il résulte des dispositions des articles L 2121-7 et suivants du code général des collectivités territoriales, et notamment des articles L. 2121-12 et L. 2121-29, que les conseillers municipaux ont un droit à l'expression pour les affaires inscrites avec débat à l'ordre du jour du conseil municipal.

8. En l'espèce, M. B fait valoir que son droit d'expression, en sa qualité de conseiller municipal, a été méconnu lors de la séance du conseil municipal du 10 décembre 2021 dès lors qu'il n'a pas pu exprimer sa position concernant la délibération litigieuse. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de ladite séance ainsi que des extraits filmés disponibles sur le site internet de la commune de Nice et accessibles tant aux juges qu'aux parties, que M. B a été invité à prendre la parole et a pu développer ses observations pendant plus d'une minute et cinquante secondes jusqu'à une première interruption par le président de séance lequel a rappelé, dans le cadre de son pouvoir de direction des débats, la nécessité de présenter des observations en lien avec l'objet de la délibération litigieuse. En outre, il ressort de ces mêmes pièces qu'après une seconde interruption pour les mêmes raisons que la précédente et alors que le requérant continuait de développer des éléments généraux sur les prétendus liens entre M. C et l'islam politique, le président de séance a finalement mis un terme à sa prise de parole en procédant, dans un premier temps, à une coupure de son dispositif de sonorisation et, dans un second temps alors que l'intéressé continuait sa prise de parole, à une suspension temporaire de séance. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le président de séance aurait excédé ses pouvoirs de police de l'assemblée qu'il tient de l'article L. 2121-16 du code général des collectivités territoriales, M. B n'est pas fondé à soutenir que son droit d'expression a été méconnu. Ce moyen doit dès lors également être écarté.

9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 2123-35 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : " Le maire ou les élus municipaux le suppléant ou ayant reçu délégation bénéficient, à l'occasion de leurs fonctions, d'une protection organisée par la commune conformément aux règles fixées par le code pénal, les lois spéciales et le présent code. / La commune est tenue de protéger le maire ou les élus municipaux le suppléant ou ayant reçu délégation contre les violences, menaces ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion ou du fait de leurs fonctions et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. / () ".

10. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient dans chaque cas à l'assemblée délibérante de la commune concernée, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, d'une part, de vérifier que les conditions légales énoncées à l'article L. 2123-35 sont remplies et qu'aucun motif d'intérêt général ne fait obstacle à ce que le bénéfice de la protection fonctionnelle soit accordé au maire ou à un élu municipal et, d'autre part, de déterminer les modalités permettant d'atteindre l'objectif de protection et de réparation qu'elles énoncent. Dans l'hypothèse où la commune décide d'assister le maire ou un élu municipal dans les procédures judiciaires que celui-ci aurait décidé d'entreprendre pour sa défense, à la suite de faits dont il aurait été victime à raison de ses fonctions, en prenant en charge les frais exposés à ce titre, les dispositions contestées n'ont en tout état de cause pas pour effet de contraindre la commune à prendre à sa charge, dans tous les cas, l'intégralité de ces frais.

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la délibération litigieuse du 10 décembre 2021 accordant le bénéfice de la protection fonctionnelle au maire de la commune de Nice a été adoptée, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 2123-35 du code général des collectivités territoriales, à la suite de la procédure judiciaire initiée par M. C par le dépôt d'une plainte à l'encontre de M. A en raison des propos tenus par ce dernier lors d'une émission télévisée diffusée le 30 octobre 2020 sur la chaîne " CNEWS ". Il est constant que lors de cette émission, M. A a soutenu que " D C est un collabo, qui a collaboré avec l'islam politique dans sa ville pendant des années () ". Ces propos mettant en cause nominativement M. C en sa qualité de maire de Nice et faisant référence à la période de collaboration lors de l'occupation nazie de la France, portent atteinte à son honneur et sont ainsi susceptibles d'être qualifiés d'injures, d'outrages ou de diffamation au sens des dispositions précitées de l'article L. 2123-35 du code général des collectivités territoriales. Par suite, et en l'absence de motif d'intérêt général invoqué par le requérant, le conseil municipal de Nice n'a pas méconnu ces dispositions en accordant à M. C le bénéfice de la protection fonctionnelle au titre de la procédure qu'il engagée à l'encontre des propos tenus par M. A, quand bien même de tels propos auraient été tenus dans un cadre politique. Le moyen invoqué en ce sens par M. B doit dès lors également être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la délibération n°10.6 du 10 décembre 2021 du conseil municipal de Nice est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette délibération doivent être rejetées.

Sur les dépens de l'instance :

13. La présente instance n'ayant donné lieu à aucuns dépens, les conclusions présentées à ce titre par la commune de Nice doivent, par suite, être rejetées.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Nice, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que M. B demande au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

15. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Nice et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Nice une somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Nice est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. Philippe Vardon et à la commune de Nice.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Suner, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2200729

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