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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2200878

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2200878

mercredi 29 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2200878
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET GILLET BROC AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés le 16 février 2022, 24 octobre 2023 et 31 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Pariente, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 16 décembre 2021 par laquelle la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires de l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nice lui a infligé la sanction d'exclusion définitive de la formation en soins infirmiers ;

2°) d'enjoindre au CHU de Nice de la réintégrer au sein de l'IFSI dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, ce dernier renonçant par avance au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que la décision contestée :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a été porté à sa connaissance ni l'objet de la réunion ni la possibilité d'une sanction d'exclusion ni celle d'être assistée avant la réunion de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants en méconnaissance des dispositions de l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la saisine de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants n'a pas été effectuée par le directeur de l'institut en méconnaissance des dispositions de l'article 21 de l'arrêté du 21 avril 2007 ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de communication de son dossier accompagné d'un rapport motivé du directeur dans le délai de sept jours calendaires avant la réunion de la section compétente en méconnaissance des dispositions de l'article 15 de l'arrêté du 21 avril 2007 ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence d'entretien à la fin du stage en méconnaissance des dispositions de l'article 31 de l'arrêté du 31 juillet 2009 ;

- méconnaît les dispositions de l'article 16 de l'arrêté du 21 avril 2007 dès lors que le directeur de l'IFSI n'a jamais affirmé ni démontré qu'elle avait commis des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 24 mai 2022, 15 décembre 2022 et 22 janvier 2024, le CHU de Nice, représenté par Me Gillet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formations paramédicaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Raison,

- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public,

- et les observations de Me Gillet, représentant le centre hospitalier universitaire de Nice.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a intégré l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du centre hospitalier universitaire de Nice en septembre 2019. Au cours de sa troisième année de formation, sa situation a été présentée à la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, laquelle s'est prononcée, lors de séance du 16 décembre 2021, en faveur de son exclusion définitive. Cette décision a été notifiée à Mme A, par le directeur de l'IFSI du centre hospitalier universitaire de Nice le 23 décembre 2021. Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux : " La section rend, sans préjudice des dispositions spécifiques prévues dans les arrêtés visés par le présent texte, des décisions sur les situations individuelles suivantes :1. Etudiants ayant accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge ; () / Le dossier de l'étudiant, accompagné d'un rapport motivé du directeur, est transmis au moins sept jours calendaires avant la réunion de cette section. / L'étudiant reçoit communication de son dossier dans les mêmes conditions que les membres de la section. La section entend l'étudiant, qui peut être assisté d'une personne de son choix. / L'étudiant peut présenter devant la section des observations écrites ou orales. () ". Aux termes de l'article 16 du même arrêté : " Lorsque l'étudiant a accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, le directeur de l'institut de formation, en accord avec le responsable du lieu de stage, et le cas échéant la direction des soins, peut décider de la suspension du stage de l'étudiant, dans l'attente de l'examen de sa situation par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants. (). Lorsque la section se réunit, en cas de suspension ou non, elle peut proposer une des possibilités suivantes : / - soit alerter l'étudiant sur sa situation en lui fournissant des conseils pédagogiques pour y remédier ou proposer un complément de formation théorique et/ ou pratique selon des modalités fixées par la section ; / - soit exclure l'étudiant de l'institut de façon temporaire, pour une durée maximale d'un an, ou de façon définitive ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, lorsque le cas d'un étudiant, qui aurait accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, est soumis à la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, l'intéressé doit être mis à même de connaître les causes de cette saisine ainsi que les décisions susceptibles d'être prises à l'issue de la procédure, afin de pouvoir présenter utilement des observations et de se faire assister, le cas échéant, par la personne de son choix.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le courrier de convocation adressé à Mme A en date du 30 novembre 2021, reçue par la requérante le 3 décembre 2021, se borne à indiquer à cette dernière que sa situation de formation sera " présentée " à la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, et à mentionner l'arrêté du 21 avril 2007, sans autre précision sur les décisions susceptibles d'être prises par la section. Cette convocation ne mentionne ainsi pas les raisons de la saisine de la commission ni les différentes mesures pouvant être adoptées à l'issue de cette réunion. Dans ces conditions, et alors que l'IFSI n'établit pas que cette information avait été donnée à Mme A, cette dernière est fondée à soutenir qu'elle n'a pas été informée, préalablement à l'édiction de la décision litigieuse, des décisions pouvant être adoptées par la section compétente à son encontre, et notamment de la possibilité d'être exclue définitivement de la formation suivie. Mme A est ainsi fondée à soutenir que la mesure d'exclusion définitive de la formation ne pouvait intervenir sans qu'elle ait été préalablement informée qu'une telle mesure était susceptible d'être prise à son encontre.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés par Mme A, que cette dernière est fondée à demander l'annulation de la décision du 16 décembre 2021 de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'institut de formation en soins infirmiers du centre hospitalier de Nice.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution de la présente décision implique uniquement, et sous réserve de changement de circonstances de fait, qu'il soit enjoint au directeur de l'institut de formation en soins infirmiers du centre hospitalier universitaire de Nice, qui dispose toujours de la possibilité de saisir à nouveau la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de la situation de Mme A, de prendre, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, toutes les mesures nécessaires pour assurer la réintégration de Mme A dans la formation qu'elle suivait. Il n'y a pas lieu toutefois, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir ces prescriptions d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son conseil peut, dès lors, se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et dès lors que Me Pariente, avocate de la requérante, a renoncé par avance à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'IFSI le versement à Me Pariente de la somme de 1200 euros et de rejeter la demande formée à ce titre par le centre hospitalier universitaire de Nice.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'institut de formation en soins infirmiers du centre hospitalier de Nice en date du 16 décembre 2021 prononçant l'exclusion définitive de Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur de l'institut de formation en soins infirmiers du centre hospitalier universitaire de Nice de prendre, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, toutes les mesures nécessaires pour assurer la réintégration de Mme A dans la formation en soins infirmiers suivie.

Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Nice versera la somme de 1200 euros à Me Pariente en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Pariente et au centre hospitalier universitaire de Nice.

Délibéré après l'audience du 8 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Sorin, présidente,

Mme Raison, première conseillère,

M. Loustalot-Jaubert, conseiller,

assistés de Mme Foultier, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

L. RAISONLa présidente,

signé

G. SORIN

La greffière,

signé

M. FOULTIER

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

2200878

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