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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2200896

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2200896

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2200896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantTRIFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 février 2022, Mme F épouse E représentée par Me Trifi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 août 2021 par laquelle le préfet du Var a refusé de renouveler la carte nationale d'identité et le passeport de sa fille B E ;

2°) d'enjoindre le préfet du Var de renouveler les titres d'identité français de sa fille B E et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la situation de la fille de la requérante et dans le délai d'un mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du préfet du Var la somme de 2500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un vice d 'incompétence puisque le signataire de l'acte de disposait pas d'une délégation de signature ;

- le préfet du Var ne pouvait refuser de renouveler les documents d'identité de l'intéressée, dès lors que B E est de nationalité française et que le jugement du tribunal de grande instance de Marseille du 9 septembre 2015 refusant de reconnaître la nationalité à son père M. C E n'a pas été notifié et n'est pas définitif ;

- la décision n'est pas conforme aux stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Par une ordonnance du 6 décembre 2023, la clôture d'instruction a été reportée au 15 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 novembre 2024 :

- le rapport de M. Bulit, rapporteur,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet du Var par Mme A D, directrice de cabinet de la préfecture du Var. Par arrêté n° 2021/27/MCI du 27 mai 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs n°111 de la préfecture du Var, Mme D a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet du Var la délivrance de passeports et titres d'identité. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit, par suite, être écarté.

2. En deuxième lieu, en vertu de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant une carte nationale d'identité et de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports, la carte nationale d'identité et le passeport sont délivrés, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. Pour l'application de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de titre d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement d'un tel titre, ou une demande de restitution de ceux-ci.

3. Il résulte des dispositions du II de l'article 4 du décret du 22 octobre 1955 et du II de l'article 5 du décret du 30 décembre 2005 que la preuve de la nationalité française du demandeur peut être établie à partir de l'extrait d'acte de naissance portant en marge l'une des mentions prévues aux articles 28 et 28-1 du code civil ou, lorsque l'extrait d'acte de naissance ne suffit pas à établir la nationalité française du demandeur, par la production de l'une des pièces justificatives mentionnées aux articles 34 ou 52 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, ou à défaut par la justification d'une possession d'état de Français de plus de dix ans ou, lorsque ne peut être produite aucune de ces pièces, par la production d'un certificat de nationalité française.

4. En l'espèce, Mme E soutient que sa fille est de nationalité française puisque d'une part, aucune décision n'est intervenue pour retirer la nationalité française à cette dernière et que d'autre part, le père de son enfant, M. C E, aurait la nationalité française. Toutefois, pour refuser de procéder à la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport à l'enfant mineur de la requérante, le préfet s'est fondé sur le jugement du 9 septembre 2015, n° 15/581, le tribunal de grande instance de Marseille qui a constaté l'extranéité de M. C E et a annulé l'enregistrement de la déclaration de nationalité souscrite le 6 octobre 2009 par ce dernier. Si la requérante se prévaut du fait que ce jugement ne serait pas définitif, par suite, par un arrêt du 28 mars 2023, n° 2023/147, la cour d'appel d'Aix-en-Provence a confirmé ce jugement. Dès lors, la circonstance que ce jugement n'aurait pas été notifié est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Enfin la requérante ne produit aucun document cité au point précédent susceptible de démontrer la nationalité française de son enfant. Par suite, c'est à bon droit que le préfet du Var a refusé de lui délivrer les titres sollicités pour sa fille B E.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. Si l'article 3-1 précité de la convention internationale des droits de l'enfant impose que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant, toutefois, elles n'impliquent pas la délivrance d'un titre d'identité à un enfant mineur, dès lors qu'il existe un doute suffisant quant à sa nationalité. Par ailleurs, la décision attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer l'enfant mineur de ses parents, ni de le priver de toute nationalité. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par Mme E doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et de la demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F épouse E et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

M. Garcia, conseiller,

M Bulit, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

J. BULIT

Le président,

signé

G. TAORMINA La greffière,

signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2200896

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