mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2201147 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | PERSICO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 mars 2022, M. A B, représenté par Me Persico, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 décembre 2021 par laquelle la directrice générale du Foyer de l'Enfance des Alpes-Maritimes l'a révoqué de ses fonctions et l'a radié du corps des personnels ouvriers de la fonction publique hospitalière ;
2°) de mettre à la charge du Foyer de l'Enfance des Alpes-Maritimes la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis du conseil de discipline ne lui a jamais été communiqué ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le rapport de saisine du conseil de discipline ne fait mention que des aspects négatifs de ses évaluations ;
- elle est disproportionnée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le décret n° 2020-69 du 30 janvier 2020 ne lui est pas opposable ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et d'une volonté de nuire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, le Foyer de l'Enfance des Alpes-Maritimes, représenté par Me Bazin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 2 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soler ;
- et les conclusions de M. Beyls, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été recruté le 5 décembre 2007 par le Foyer de l'enfance des Alpes maritimes (FEAM) en qualité d'agent contractuel d'entretien et de veilleur de nuit. Il a été titularisé à compter du 1er novembre 2011. Il a été placé en congé de maladie ordinaire du 8 mars au 15 mars 2019 puis du 3 avril 2019 au 2 avril 2020. Par un arrêté du 10 février 2021, il a été placé en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée d'un an à compter du 3 avril 2020. Par une décision du 30 décembre 2021, la directrice générale du Foyer de l'Enfance des Alpes-Maritimes l'a révoqué de ses fonctions et l'a radié du corps des personnels ouvriers de la fonction publique hospitalière au motif qu'il avait irrégulièrement exercé une activité professionnelle de chauffeur de taxi du 11 mars 2019 au 11 mars 2021durant des périodes de congés de maladie ordinaire rémunérés. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais repris aux articles L. 532-1 et L. 532- 5 du code général de la fonction publique, dans sa rédaction alors applicable : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. / () Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ".
3. Ces dispositions imposent à l'autorité qui prononce la sanction de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent concerné, de telle sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de cette décision, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige vise les dispositions légales et réglementaires applicables à la situation de M. B et se réfère notamment à l'avis émis par le conseil de discipline le 24 novembre 2021. Elle comporte également l'énonciation du grief qui lui est reproché, à savoir l'exercice d'une activité professionnelle de chauffeur de taxi durant des congés de maladie ordinaire rémunérés. Si la décision fait mention d'une sanction antérieure, celle-ci n'est pas, contrairement à ce que soutient le requérant, dénuée de tout lien avec la sanction contestée et rien ne s'oppose à ce que les antécédents disciplinaires d'un agent soient pris en compte pour prononcer une sanction ultérieure. Enfin, la circonstance qu'elle ne contiendrait pas le rappel de l'entièreté de la procédure disciplinaire suivie est sans incidence sur sa légalité.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11 du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière : " L'avis émis par le conseil de discipline est communiqué sans délai au fonctionnaire intéressé ainsi qu'à l'autorité qui exerce le pouvoir disciplinaire. Celle-ci statue par décision motivée ".
6. S'il incombe, en vertu de ces dispositions, à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire de communiquer au fonctionnaire hospitalier poursuivi l'avis émis par le conseil de discipline, celles-ci n'imposent pas que la communication à l'agent de l'avis du conseil de discipline intervienne, à peine d'illégalité de la décision de sanction, avant que cette décision ne soit prise. Par suite, le défaut de communication à M. B de l'avis du conseil de discipline préalablement à l'intervention de la mesure disciplinaire n'est pas de nature à entacher d'irrégularité la procédure suivie.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière dans sa rédaction applicable au litige : " () / Le conseil de discipline est saisi par un rapport de l'autorité investie du pouvoir de nomination. Ce rapport précise les faits reprochés et les circonstances dans lesquelles ils ont été commis. / () ".
8. Le requérant soutient que le rapport de saisine du conseil de discipline est entaché d'une erreur de fait dans la mesure où il fait uniquement mention des aspects négatifs de ses évaluations. Toutefois, un tel rapport a pour seul objet de justifier la saisine de l'autorité disciplinaire sans que celui-ci ne soit contraint de faire état des aspects positifs des évaluations de l'agent ou des raisons de sa titularisation. En tout état de cause, il ressort de ce rapport que le Foyer de l'Enfance a versé au dossier transmis au conseil de discipline le contenu intégral des évaluations professionnelles de M. B de sorte que ce dernier n'est pas fondé à soutenir que sa situation aurait été uniquement présentée à charge et que cette présentation révèlerait une animosité particulière à son égard. Par suite, ce moyen doit également être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 dans sa rédaction applicable au litige : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. / Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction. En cas de poursuites pénales exercées à l'encontre du fonctionnaire, ce délai est interrompu jusqu'à la décision définitive de classement sans suite, de non-lieu, d'acquittement, de relaxe ou de condamnation. Passé ce délai et hormis le cas où une autre procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre de l'agent avant l'expiration de ce délai, les faits en cause ne peuvent plus être invoqués dans le cadre d'une procédure disciplinaire. / () ".
10. En l'espèce, il est fait grief à M. B d'avoir exercé une activité professionnelle de chauffeur de taxi à compter du 11 mars 2019, date de création de son entreprise. Par suite, à la date de la décision attaquée, le 30 décembre 2021, le délai de trois ans prévu par les dispositions citées au point précédent n'avait pas expiré.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa rédaction applicable au litige : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. / () ". Aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 précitée dans sa rédaction applicable au litige : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / () / Quatrième groupe : / La mise à la retraite d'office, la révocation. / () ". Aux termes de l'article 25 septies de la même loi : " I.- Le fonctionnaire consacre l'intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées. Il ne peut exercer, à titre professionnel, une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit, sous réserve des II à V du présent article. / Il est interdit au fonctionnaire : / 1° De créer ou de reprendre une entreprise lorsque celle-ci donne lieu à immatriculation au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers ou à affiliation au régime prévu à l'article L. 613-7 du code de la sécurité sociale, s'il occupe un emploi à temps complet et qu'il exerce ses fonctions à temps plein ; / () ".
12. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
13. Il ressort des pièces du dossier que M. B a exploité une activité de taxi dans le cadre d'une entreprise créée 11 mars 2019, dont il était le gérant, alors qu'il était placé en congé de maladie. Eu égard à la gravité des faits, l'autorité compétente a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à son encontre la sanction de la révocation.
14. En sixième lieu, si le requérant soutient que le décret n° 2020-69 du 30 janvier 2020 ne lui est pas opposable dès lors qu'il a été promulgué après la date de création de sa société, la décision prononçant sa révocation ne se fonde nullement sur ce décret. Par suite, ce moyen est inopérant.
15. En septième et dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 décembre 2021 prononçant sa révocation.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du Foyer de l'Enfance des Alpes-Maritimes, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par le Foyer de l'Enfance des Alpes-Maritimes et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera au Foyer de l'Enfance des Alpes-Maritimes une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Foyer de l'Enfance des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Pouget, présidente,
Mme Soler, première conseillère,
Mme Sandjo, conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
N. SOLER La présidente,
Signé
M. POUGET
La greffière,
Signé
S. GENOVESE
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026