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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2201495

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2201495

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2201495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLENDOM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2022, M. A B, représenté par Me Lendom, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 mars 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a confirmé la décision du 2 février 2022 de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Grasse, prononçant à son encontre une sanction de 15 jours de cellule disciplinaire dont 15 jours avec sursis actif pendant 6 mois ;

2°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire d'effacer de son dossier toute mention relative à la procédure disciplinaire et à la sanction prononcée ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91 647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision du 15 mars 2022 est entachée d'un vice de procédure car elle occulte la mention du rédacteur du compte-rendu de l'incident, qui n'est dès lors pas identifiable, ce qui empêche d'établir qu'il n'a pas siégé en commission de discipline, conformément à l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale ;

- et elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2024, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Le garde des Sceaux, ministre de la justice, fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 avril 2024 :

- le rapport de Mme Cueilleron,

- et les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 2 février 2022, le président de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Grasse a pris à l'encontre de M. A B, détenu au sein de cette maison d'arrêt, une sanction de 15 jours de cellule disciplinaire dont 15 jours avec sursis actif pendant 6 mois. Suite au recours préalable obligatoire formé par M. B le 15 mars 2022, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a confirmé celle-ci par décision en date du 15 mars 2022. M. B demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. Si des motifs intéressant la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté ".

3. Si ces dispositions sont applicables à toutes les procédures dans le cadre desquelles un agent est chargé du traitement d'une affaire, y compris les procédures disciplinaires, leur méconnaissance est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision prise, au terme de la procédure, par l'autorité administrative compétente. De la même manière, la circonstance que l'administration pénitentiaire ne justifierait pas des motifs l'ayant conduit à user de la faculté dont elle dispose de rendre anonyme le compte rendu d'incident est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen soulevé par le requérant et tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit dès lors être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, le requérant soulève la méconnaissance de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale, qui dispose : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ". Il ressort toutefois des pièces du dossier que le compte-rendu d'incident impliquant le requérant a été rédigé par le surveillant portant le matricule n° 54637, alors que l'assesseur pénitentiaire siégeant lors de la commission de discipline portait pour sa part le matricule n° 14378. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, dans sa rédaction alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires () ". Par ailleurs, l'article R. 57-7-2 du même code dispose que : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou règlementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement () ". Aux termes de l'article R. 57-7-2-12° du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : / 8° La mise en cellule disciplinaire ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-41 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Pour les personnes majeures, la durée du confinement en cellule ne peut excéder vingt jours pour une faute du premier degré, quatorze jours pour une faute du deuxième degré et sept jours pour une faute du troisième degré ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu d'incident du 5 novembre 2021 et du rapport d'enquête du même jour, que M. B a été sanctionné par la décision contestée de 15 jours de cellule disciplinaire, dont 15 jours avec sursis actif pendant 6 mois, au motif que, le 5 novembre 2021, il a proféré des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, il a refusé de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou règlementaire et d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement. Si M. B conteste avoir proféré des insultes, menaces ou des propos outrageants, les éléments du compte-rendu d'incident et du rapport d'enquête font foi jusqu'à ce qu'il en soit apporté la preuve contraire. La circonstance que le requérant produise un certificat médical constatant des coups et blessures, établi le 8 novembre 2021, alors même que le compte-rendu d'incident et le rapport d'enquête ne font aucunement mention de l'usage de la force par le personnel de l'établissement, n'est pas de nature à établir que ces faits susmentionnés ne seraient pas matériellement établis. Par ailleurs, eu égard à la gravité des faits reprochés au requérant, la sanction litigieuse n'apparait pas disproportionnée. Par suite, le moyen soulevé et tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 mars 2022. Les conclusions susmentionnées présentées par le requérant doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions du requérant à fin d'injonction et au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Copie en sera adressée au directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

M. Holzer conseiller ;

Mme Cueilleron, conseillère ;

Assistés de Mme Suner, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 25 avril 2024.

La rapporteure,

signé

S. Cueilleron

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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