jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2201669 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LENDOM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er avril 2022, M. A B, représenté par Me Lendom, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 février 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a prolongé la mesure d'isolement le concernant ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- le débat contradictoire préalable à la prolongation de la mesure d'isolement dont il a fait l'objet a eu lieu au-delà des délais légaux ;
- la décision litigieuse méconnaît les principes du contradictoire et des droits de la défense ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- et elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2023, le garde des Sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Le ministre fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juin 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 mai 2024 :
- le rapport de M. Combot ;
- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, détenu au sein de la maison d'arrêt de Grasse, demande au tribunal d'annuler la décision du 3 février 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a prolongé la mesure d'isolement le concernant.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, si le requérant soutient que le débat contradictoire préalable à la prolongation de la mesure d'isolement dont il a fait l'objet aurait eu lieu au-delà des délais légaux, il ne précise cependant pas quelle disposition législative aurait été méconnue. Par suite, le moyen susmentionné, dénué de précision suffisante pour en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale alors applicable : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initial ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. Le chef d'établissement peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue et à son avocat les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires. () "
4. Il ressort des pièces du dossier qu'une procédure contradictoire préalable à l'édiction de la décision litigieuse a été organisée lors d'une audience du 2 février 2022, que les pièces du dossier ont été communiquées le 28 janvier 2022 et que M. B a pu bénéficier de l'assistance d'un avocat. Le requérant soutient cependant qu'il n'a pas eu communication des faits disciplinaires cités par la décision et de l'avis du médecin également visé par la décision litigieuse, en méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense. Premièrement, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose la communication de ces éléments dans le cadre de la procédure contradictoire préalable à la mesure de prolongation d'isolement, et le requérant ne peut utilement invoquer les termes de la circulaire du 14 avril 2011 relative au placement à l'isolement des personnes détenues qui n'a pas de caractère impératif. Deuxièmement, s'il n'est pas contesté que les éléments en cause n'ont pas été communiqués au requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils auraient été sollicités dans le cadre de la procédure contradictoire, ni par l'intéressé, dont il ressort du compte-rendu de l'audience du 2 février 2022 qu'il a refusé les pièces communiquées le 28 janvier 2022, ni par son conseil. Par suite le moyen susmentionné doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 726-1 du code de procédure pénale, alors applicable : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne concernée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire. () " L'article R. 57-7-62 du même code, alors applicable, dispose que : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire. () " Enfin, l'article R. 57-7-73 du même code, alors applicable, dispose que : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé. "
6. D'une part, il appartient au chef d'établissement de moduler la mesure d'isolement, qui constitue une mesure de police, et non une sanction disciplinaire, en fonction des impératifs du retour à l'ordre public ou de la prévention du renouvellement des risques de troubles, lesquels impératifs ne sont pas nécessairement déterminables dès l'intervention de la mesure de placement à l'isolement, et sont susceptibles d'évoluer en cours d'exécution de la mesure. D'autre part, saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de mise à l'isolement, le juge administratif ne peut censurer l'appréciation portée par l'administration pénitentiaire quant à la nécessité d'une telle mesure qu'en cas d'erreur manifeste.
7. En l'espèce, pour fonder sa décision du 3 février 2022, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a tenu compte de la dangerosité potentielle de M. B eu égard aux incidents à l'encontre du personnel de l'établissement, du service pénitentiaire d'insertion et de probation et du service médical, du risque hétéro-agressif persistant de M. B et des procédures disciplinaires le concernant. Par ailleurs, il résulte des éléments versés au dossier, notamment des comptes rendus du chef d'établissement de la maison d'arrêt de Grasse et du service pénitentiaire d'insertion et de probation des Alpes-Maritimes, datés respectivement du 26 janvier 2022 et du 31 janvier 2022, ainsi que de la synthèse des observations relatives à l'intéressé, que M. B présente un comportement instable incompatible avec la détention ordinaire. En outre, il n'est pas établi que l'état de santé de M. B serait incompatible avec une mesure de placement à l'isolement prolongé. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse, qui était de nature à assurer la protection ou la sécurité de l'établissement, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
9. Il ressort des pièces du dossier que la mesure d'isolement n'emporte pas un isolement complet, le détenu conserve ses droits à l'information, aux visites, à la correspondance, à la promenade quotidienne ainsi qu'à l'exercice du culte. Si le requérant a indiqué lors de l'audience du 2 février 2022 préalable à la décision litigieuse que ses conditions d'isolement seraient dégradantes et qu'elles auraient un impact sur sa santé, il ne l'établit pas. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment de la synthèse des observations le concernant, que M. B refuse régulièrement les rendez-vous médicaux, la prise de son traitement ou encore les promenades qui lui sont proposées. Par suite, le moyen soulevé et tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions susmentionnées doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lendom et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée au directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;
M. Holzer, conseiller ;
M. Combot, conseiller ;
Assistés de Mme Suner, greffière.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 6 juin 2024.
Le rapporteur,
signé
J. Combot
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026