jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2201865 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL SCHWAL & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 avril 2022, 25 septembre et 12 octobre 2023, M. C A B, représenté par Me Massa, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 février 2022 par laquelle l'inspectrice du travail de la section n° 5 de l'unité de contrôle Nice Nord et Ouest a autorisé son licenciement pour faute ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient :
* que la décision attaquée est entachée :
- d'une méconnaissance du principe du contradictoire ;
- d'une méconnaissance des règles de prescription de l'article L. 1332-4 du code du travail ;
- et d'une erreur d'appréciation ;
* et qu'il existe un lien avec son mandat de représentant syndical.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2022, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête, dès lors que les moyens soulevés à l'appui de cette dernière ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 septembre 2023 et 10 mai 2024, la Mutualité française PACA SSAM, prise en la personne de son représentant légal en exercice et représentée par Me Schwal, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La Mutualité française PACA SSAM soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
L'ordonnance du 2 mai 2024 a fixé la clôture de l'instruction à la date du 17 mai 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail.
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique du 7 novembre 2024 :
- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;
- les conclusions de M. Combot, rapporteur public ;
- et les observations de Me Torre, pour le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A B, recruté depuis le 1er octobre 2018 par la Mutualité française PACA SSAM au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (ci-après, " EHPAD ") de l'Institut Claude Pompidou à Nice en qualité d'agent de maintenance, bénéficiait de la protection qui s'attache aux représentants syndicaux au titre de ses mandats de membre du comité social et économique d'établissement. Par une demande en date du 6 décembre 2021, la Mutualité française PACA SSAM a présenté au service de l'inspection du travail une demande d'autorisation de licenciement pour motif disciplinaire de M. A B. Par décision du 10 février 2022, l'inspectrice du travail de la section n° 5 de l'unité de contrôle Nice Nord et Ouest a autorisé son licenciement. L'intéressé demande l'annulation de cette décision de l'inspectrice du travail.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle, et ne peuvent être licenciés qu'avec l'autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution du mandat dont il est investi. Aux termes de l'article L. 1235-1 du code du travail : " () le juge, à qui il appartient d'apprécier () le caractère réel et sérieux des motifs invoqués par l'employeur, forme sa conviction au vu des éléments fournis par les parties après avoir ordonné, au besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. () Si un doute subsiste, il profite au salarié ". Il appartient à l'employeur d'apporter la preuve matérielle des manquements reprochés au salarié.
3. Pour autoriser le licenciement du requérant, l'inspectrice du travail s'est fondée sur les trois griefs suivants : premièrement, l'absence de colmatage d'une fuite d'eau qui a nécessité l'intervention du technicien plombier d'astreinte le 2 octobre 2021, deuxièmement, l'absence de réparation d'un carreau cassé en cuisine malgré demande en ce sens le 24 aout 2021, et, troisièmement, l'absence d'intervention sur le système de chauffage avant son départ en congés entre les 18 et 31 octobre 2021, retardant ainsi d'autant l'augmentation du chauffage dans l'établissement.
4. S'agissant de la matérialité des griefs susmentionnés, si le requérant soutient, à propos du premier grief, que le système de collecteurs d'eau de l'établissement est vétuste et donne lieu à de fréquentes fuites et que son intervention ne pouvait que se limiter à déboucher les lavabos, il ne saurait par là même ni remettre en cause la réalité de l'absence de colmatage de la fuite d'eau ni affirmer qu'il y avait procédé, alors qu'il est constant que ce colmatage a nécessité l'intervention du technicien plombier d'astreinte le 2 octobre 2021, ce dernier constatant au demeurant la pose inadéquate par le requérant de protections pour incontinence dans le placard technique se trouvant entre les chambres 302 et 303, dont les lavabos étaient bouchés. Si le requérant soutient ensuite, à propos du deuxième grief, que l'absence de remplacement du carreau de carrelage cassé ne peut lui être imputé, dès lors que cela nécessitait une commande auprès d'un fournisseur, il ressort des pièces du dossier que cette commande lui incombait en tout état de cause et qu'alors qu'il lui avait été demandé, par un " ticket d'intervention " en date du 24 août 2021, de réparer le carreau en cause, celui-ci n'était toujours pas réparé en date du 3 novembre 2021 à la réalisation d'un audit sur l'état de la cuisine, le requérant produisant d'ailleurs un devis daté du 14 décembre 2021. Ainsi, la matérialité du deuxième grief doit être considérée comme établie. A propos du troisième grief, le requérant soutient, sans être sérieusement contesté sur ce point, qu'il ne lui avait pas été formellement demandé d'augmenter le chauffage avant son départ en congés entre les 18 et 31 octobre 2021, un " ticket d'intervention " ne lui ayant été adressé en ce sens que le 2 novembre. En outre, le requérant soutient également que la gestion du chauffage est automatisée et ne nécessiterait dès lors aucune intervention particulière, le chauffage se déclenchant automatiquement en cas de température inférieure à 19 degrés. Dans ces conditions, il n'est pas établi qu'il lui appartenait de faire le nécessaire pour assurer une mise en route du chauffage avant ses congés. Ainsi, la matérialité de ce troisième grief ne peut être considérée comme établie.
5. S'agissant de la gravité de la faute, si le requérant fait valoir qu'il était à temps partiel (à raison de 17h50 hebdomadaires) et qu'il ne pouvait en réalité réaliser l'ensemble des tâches qui lui étaient confiées, lesquelles étaient trop importantes, il ne conteste ainsi pas que les manquements en cause dans la présente instance pouvaient lui être reprochés. S'il fait également valoir qu'il n'avait jamais rencontré de difficultés dans l'exercice de ses fonctions avant le changement de direction en juin 2021, cette circonstance est cependant sans incidence sur la caractérisation des faits reprochés au requérant, tels que mentionnés au point précédent. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit précédemment, seuls deux des trois griefs retenus à l'encontre du requérant sont établis. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le manquement du requérant à ses obligations professionnelles, qui n'est que partiellement établi, n'apparait pas d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, nonobstant la circonstance alléguée en défense qu'il avait fait l'objet d'une mise à pied disciplinaire le 9 juillet 2021 en raison d'un comportement d'insubordination, le caractère conflictuel des relations entre l'intéressé et sa direction nouvellement constituée devant être au demeurant considéré comme établi. Il s'en suit que le moyen soulevé et tiré de l'erreur d'appréciation est fondé.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision attaquée de l'inspectrice du travail doit être annulée.
Sur les frais liés au litige :
7. Une somme de 1 500 euros est mise à la charge de l'Etat, au profit du requérant, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, le requérant n'étant pas la partie perdante, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la Mutualité française PACA SSAM formées sur le fondement des mêmes dispositions.
DECIDE :
Article 1er : La décision du 10 février 2022 par laquelle l'inspectrice du travail de la section n° 5 de l'unité de contrôle Nice Nord et Ouest a autorisé le licenciement de M. A B est annulée.
Article 2 : Une somme de 1 500 euros est mise à la charge de l'Etat, au profit de M. A B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) Provence-Alpes-Côte d'Azur et à la Mutualité française PACA SSAM.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
M. Holzer, conseiller,
Mme Cueilleron, conseillère,
Assistés de Mme Pagnotta, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 novembre 2024.
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
L'assesseur le plus ancien,
signé
M. Holzer
La greffière,
signé
M. Pagnotta
La République mande et ordonne au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) Provence-Alpes-Côte d'Azur, en ce qui le concerne,
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière
N°2201865
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026