jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2201944 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LENDOM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 avril 2022, M. A B, représenté par Me Lendom, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a prolongé la mesure d'isolement le concernant ;
3°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire de le réintégrer dans le régime de détention ordinaire dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- le débat contradictoire préalable à la prolongation de la mesure d'isolement dont il faisait l'objet s'est tenu hors des délais légaux ;
- la décision litigieuse méconnaît les dispositions de l'article R. 67-7-74 du code de procédure pénale en ce que l'avis du médecin intervenant dans l'établissement n'a pas été versé au dossier ;
- elle ne lui a pas été notifiée ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- et elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2024, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Le ministre fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 mai 2024 :
- le rapport de M. Combot ;
- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, détenu au sein de la maison d'arrêt de Grasse, demande l'annulation de la décision dont il soutient ne pas avoir eu communication tendant à prolonger la mesure d'isolement le concernant. Le garde des sceaux, ministre la justice produit au débat toutefois la décision du 25 avril 2022 contestée dont M. B a eu notification le même jour. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette décision du 25 mars 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a prolongé la mesure d'isolement le concernant.
Sur l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Le requérant ne justifie pas d'une urgence particulière. Par suite, les conclusions présentées par M. B tendant à l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle doivent être écartées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, si le requérant soutient que le débat contradictoire préalable relatif à la prolongation de la mesure d'isolement dont il faisait l'objet aurait été organisé en dehors du délai légal, il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles R. 57-7-67, R. 57-7-68 et R. 57-7-75 du code de procédure pénale, lesquels ont pour objet de limiter la durée maximale de la mesure d'isolement. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté comme inopérant.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-74 du code de procédure pénale, dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque la personne détenue a déjà été placée à l'isolement et si cette mesure a fait l'objet d'une interruption inférieure à un an, la durée de l'isolement antérieur s'impute sur la durée de la nouvelle mesure. / Si l'interruption est supérieure à un an, la nouvelle mesure constitue une décision initiale de placement à l'isolement qui relève de la compétence du chef d'établissement. "
5. Le requérant ne peut utilement soutenir que les dispositions précitées auraient été méconnues au motif que l'avis du médecin intervenant dans l'établissement n'aurait pas été versé au dossier dès lors que lesdites dispositions ne le prévoient nullement. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté comme inopérant.
6. En troisième lieu, les modalités de notification d'une décision n'ont d'incidence que sur les délais de recours. Il s'ensuit que le requérant ne peut utilement soutenir que la décision litigieuse serait illégale du fait qu'elle ne lui aurait pas été notifiée. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la décision du 25 mars 2022 lui a été notifiée ce même jour. Par suite, le moyen tiré du défaut de notification de la décision litigieuse doit être écarté.
7. En quatrième lieu, la décision litigieuse vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, dont les éléments sur lesquels le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille s'est fondé pour prolonger la mesure d'isolement le concernant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en litige ne peut qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 726-1 du code de procédure pénale, alors applicable : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne concernée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire. () " L'article R. 57-7-62 du même code, alors applicable, dispose : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire. () " Enfin, l'article R. 57-7-73 du même code, alors applicable, dispose : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé. "
9. D'une part, il appartient au chef d'établissement de moduler la mesure d'isolement, qui constitue une mesure de police, et non une sanction disciplinaire, en fonction des impératifs du retour à l'ordre public ou de la prévention du renouvellement des risques de troubles, lesquels impératifs ne sont pas nécessairement déterminables dès l'intervention de la mesure de placement à l'isolement, et sont susceptibles d'évoluer en cours d'exécution de la mesure. D'autre part, saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de mise à l'isolement, le juge administratif ne peut censurer l'appréciation portée par l'administration pénitentiaire quant à la nécessité d'une telle mesure qu'en cas d'erreur manifeste.
10. En l'espèce, pour fonder sa décision du 25 mars 2022, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a tenu compte de la dangerosité potentielle de M. B eu égard aux incidents à l'encontre du personnel de l'établissement, du service pénitentiaire d'insertion et de probation et du service médical, du risque hétéro-agressif persistant de M. B et des procédures disciplinaires le concernant. Par ailleurs, il résulte des éléments versés au dossier, notamment des comptes-rendus du chef d'établissement de la maison d'arrêt de Grasse et du service pénitentiaire d'insertion et de probation des Alpes-Maritimes datés du 22 mars 2022, ainsi que de la synthèse des observations relative à l'intéressé, que M. B présente un comportement instable incompatible avec la détention ordinaire. En outre, il n'est pas établi que l'état de santé de M. B serait incompatible avec une mesure d'isolement prolongé. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la décision litigieuse doit être écarté comme non fondé.
11. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
12. Il ressort des pièces du dossier que la mesure d'isolement n'emporte pas un isolement complet, le détenu conserve ses droits à l'information, aux visites, à la correspondance, à la promenade quotidienne ainsi qu'à l'exercice du culte. En outre, le requérant n'établit pas que ses conditions d'isolement seraient dégradantes et qu'elles auraient un impact sur sa santé alors même qu'il ressort des pièces du dossier, notamment de la synthèse des observations relative à l'intéressé, qu'il refuse régulièrement les rendez-vous médicaux, la prise de son traitement ou encore les promenades qui lui sont proposées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions susmentionnées doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lendom et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée au directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;
M. Holzer, conseiller ;
M. Combot, conseiller ;
Assistés de Mme Suner, greffière.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 6 juin 2024.
Le rapporteur,
signé
J. Combot
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026