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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2201972

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2201972

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2201972
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP EGLIE-RICHTERS - MALAUSSENA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 avril et 31 août 2022,

M. B A, représenté par Me Eglie-Richters, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2022 par lequel le maire de Théoule-sur-Mer a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif pour la réalisation d'un ouvrage mobile permettant le franchissement d'un vallon situé sur la parcelle cadastrée section A n° 1628 ;

2°) d'enjoindre au maire de Théoule-sur-Mer, à titre principal, de lui délivrer le permis de construire modificatif sollicité ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un certificat de permis de construire tacite, le tout dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard passé ce délai ou, à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Théoule-sur-Mer la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et à la charge de l'association syndicale autorisée des propriétaires (ASAP) du Domaine de Théoule Azur, celle de 2 000 euros au même titre.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire préalable, dès lors qu'il doit s'analyser comme une décision de retrait d'un permis de construire tacite ;

- le motif tiré du caractère imprécis et incomplet du projet est entaché d'illégalité ;

- le projet en litige ne méconnaît pas les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- l'intervention de l'ASAP du Domaine de Théoule Azur est irrecevable pour défaut de capacité à agir et défaut de qualité à agir de son représentant légal.

Par des mémoires en défense enregistrés les 3 août et 19 septembre 2022, la commune de Théoule-sur-Mer, représentée par Me Masquelier, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et en tout état de cause à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le requérant n'a plus d'intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté du 23 mars 2022 dès lors que le permis de construire initial a été annulé par un jugement du tribunal du 8 juin 2022 ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une intervention et un mémoire enregistrés les 13 juin et 14 octobre 2022, l'ASAP du domaine de Théoule Azur, représentée par Me Zago, demande que le tribunal rejette la requête de M. A par les mêmes motifs que ceux exposés par la commune de Théoule-sur-Mer et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 17 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 novembre 2022.

Un mémoire présenté pour M. A a été enregistré le 29 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n°2004-632 du 1er juillet 2004 ;

- le décret n°2006-504 du 3 mai 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Soler, assesseure,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- et les observations de Me Debrey, représentant M. A, de Me Quema, représentant la commune de Théoule-sur-Mer, et de Me Larbre, représentant l'ASAP du Domaine de Théoule Azur.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 novembre 2017, M. A, propriétaire du lot n° 19 du lotissement du domaine de Théoule Azur a déposé une demande de permis de construire en vue de construire une villa avec piscine sur la parcelle cadastrée section A n° 1628. Par un arrêté du 16 mars 2018, le maire de Théoule-sur-Mer a autorisé le projet de construction. Par deux courriers, reçus le 11 mai 2018, les sociétés KPLM et Bellefeuille, propriétaires de parcelles voisines à celle du projet, ont formé un recours gracieux auprès du maire de Théoule-sur-Mer. En l'absence de réponse à leurs demandes, deux décisions implicites de rejet de leurs demandes de recours gracieux sont nées. Par un courrier reçu le 16 mai 2018 par le maire de Théoule-sur-Mer, l'ASAP du domaine de Théoule Azur a également formé un recours gracieux contre ce même arrêté. Si par un courrier du 12 juillet 2018, le maire de Théoule-sur-Mer a donné droit à son recours gracieux, aucune décision de retrait du permis litigieux n'est intervenue. Une décision implicite de rejet est ainsi née le 16 juillet 2018. Par deux requêtes, enregistrées sous les n° 1803891 et 1803930, les sociétés KPLM et Bellefeuille et l'ASAP du Domaine de Théoule Azur ont demandé au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 mars 2018 et les décisions implicites rejetant leur recours gracieux. Par un jugement avant dire droit du 10 novembre 2021, le tribunal a, sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, décidé de surseoir à statuer pendant un délai de quatre mois à compter de la date de notification de ce jugement sur toutes les conclusions, à charge pour M. A, en sa qualité de pétitionnaire, de justifier d'une mesure de régularisation des vices tirés d'une part de la méconnaissance des dispositions des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme et d'autre part de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du même code. Par un arrêté du 23 mars 2022, le maire de Théoule-sur-Mer a refusé de lui délivrer le permis de construire modificatif qu'il a sollicité à cette fin. Par un jugement du 8 juin 2022, le tribunal a, par suite, annulé l'arrêté du 16 mars 2018 et les décisions implicites rejetant les recours gracieux des requérantes. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 mars 2022.

Sur l'intervention de l'association syndicale autorisée des propriétaires du Domaine de Théoule Azur :

2. D'une part, il ressort des pièces du dossier, qu'en vertu de l'article 18 des statuts de l'association syndicale autorisée des propriétaires du Domaine de Théoule Azur, son président la représente en justice et qu'en vertu de leur article 17, le syndicat délibère sur l'autorisation du président d'agir en justice. L'association produit un mandat par lequel son conseil syndical a donné, le 7 août 2018, mandat à son président pour la représenter en justice. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le président de l'association n'aurait pas eu qualité pour intervenir en son nom. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté n° 2017-1069 du 12 décembre 2017, le préfet des Alpes-Maritimes a approuvé les statuts de l'ASAP en vue de les mettre en conformité avec l'ordonnance du 1er juillet 2004 relative aux associations syndicales de propriétaires et le décret du 3 mai 2006 portant application de cette ordonnance. Par suite, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que l'association n'aurait pas capacité d'agir en justice.

3. L'association justifie d'un intérêt suffisant au maintien de la décision attaquée. Ainsi son intervention est recevable.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Théoule-sur-Mer :

4. L'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme dispose que : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

5. Si aucune mesure de régularisation n'est notifiée au juge qui, saisi de conclusions dirigées contre une autorisation d'urbanisme, décide de recourir à l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, il appartient à celui-ci de prononcer l'annulation de l'autorisation litigieuse, sans que puisse être contestée devant lui la légalité du refus opposé, le cas échéant, à la demande de régularisation présentée par le bénéficiaire de l'autorisation. Une telle contestation ne peut intervenir que dans le cadre d'une nouvelle instance qui doit être regardée comme dirigée contre le refus d'autoriser le projet dans son ensemble, y compris les modifications qu'il était envisagé d'y apporter. Par suite, et en l'espèce, contrairement à ce que soutient la commune, l'annulation par le jugement du 8 juin 2022 de l'arrêté du 16 mars 2018, en l'absence de notification de la mesure de régularisation refusée à M. A, ne prive pas ce dernier de son intérêt pour contester le refus opposé par le maire le 23 mars 2022 de lui délivrer le permis modificatif qu'il sollicitait en vue de la régularisation de son projet. Cette contestation doit être regardée comme dirigée contre le refus du maire d'autoriser le projet dans son ensemble, y compris les modifications qu'il était envisagé d'y apporter. Il suit de là que la fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ". Aux termes de l'article R.*423-38 de ce code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de l'article R.*423-41 du même code : " Une demande de production de pièce manquante notifiée après la fin du délai d'un mois prévu à l'article R. 423-38 () n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R. 423-23 à R. 423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R. 423-42 à R. 423-49 ". L'article R.*423-23 du même code prévoit que : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () b) Deux mois () pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 211-2 requiert la motivation, notamment, des décisions qui retirent ou abrogent une décision créatrice de droits. Par ailleurs, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise, que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise, ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, que la demande de permis modificatif de M. A a été déposée le 20 décembre 2021, et que les services de la commune de Théoule-sur-Mer lui ont adressé une demande de pièces complémentaires le 19 janvier 2022 qu'il a reçue le 21 janvier 2022, soit après l'expiration du délai d'un mois mentionné à l'article R.*423-38 du code de l'urbanisme qui n'est pas un délai franc. Cette demande de pièces complémentaires n'ayant, dès lors, pu interrompre le délai d'instruction de la demande fixé par l'article R.*423-23 du même code, ce délai était expiré lorsque l'arrêté litigieux a été pris, le 23 mars 2022. Par suite, le permis modificatif sollicité par M. A doit être regardé comme ayant été tacitement accordé, de sorte que l'arrêté en litige doit être regardé comme un retrait de ce permis tacite ; retrait qui est au nombre de décisions qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 précité du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le maire de Théoule-sur-Mer ne pouvait retirer le permis modificatif tacite accordé à M. A sans avoir préalablement mis en œuvre la procédure contradictoire requise par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. A cet égard, s'il ressort des pièces du dossier que des échanges ont eu lieu entre M. A et le service instructeur, ces échanges n'ont pu constituer la procédure préalable requise, M. A n'ayant pas été mis à même de produire des observations sur les motifs mêmes qui ont conduit le maire à retirer le permis de construire tacite dont il bénéficiait. En n'étant pas en mesure de présenter des observations, M. A a été privé d'une garantie. Par suite, le requérant est fondé, par suite, à soutenir que la décision du 23 mars 2022 est entachée d'illégalité.

8. Il résulte de ce qui précède, que l'arrêté du 23 mars 2022 du maire de Théoule-sur-Mer doit être annulé. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par le requérant n'est susceptible de fonder l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. D'une part, l'annulation de l'arrêté du 23 mars 2022 a pour effet de rétablir le permis de construire modificatif tacitement délivré à M. A à compter de la lecture du présent jugement. Comme rappelé au point 5, le présent recours devant être regardé comme dirigé contre le refus d'autoriser le projet dans son ensemble, y compris les modifications qu'il était envisagé d'y apporter, il en résulte que cette annulation a pour effet de rétablir le projet de M. A dans son ensemble. D'autre part, M. A étant titulaire d'un permis de construire tacite, l'exécution du présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au maire de Théoule-sur-Mer de lui délivrer le permis de construire sollicité, mais seulement qu'il lui soit enjoint de lui délivrer le certificat de permis de construire prévu à l'article R.*424-13 du code de l'urbanisme dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Théoule-sur-Mer demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Théoule-sur-Mer une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

11. L'ASAP du Domaine de Théoule Azur n'étant pas partie à la présente instance au sens des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, celles-ci font obstacle à la condamnation du requérant qui, en tout état de cause, n'est pas la partie perdante, à lui verser la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens et à ce qu'une somme soit mise à charge au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de l'ASAP du Domaine de Théoule Azur est admise.

Article 2 : L'arrêté du 23 mars 2022 du maire de Théoule-sur-Mer est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au maire de Théoule-sur-Mer de délivrer à M. A un certificat de permis de construire tacite dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Le projet de M. A est rétabli dans son ensemble.

Article 4 : La commune de Théoule-sur-Mer versera à M. A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Théoule-sur-Mer et à l'association syndicale autorisée des propriétaires du Domaine de Théoule Azur.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

M. Bulit, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SOLER

Le président,

Signé

G. TAORMINALe greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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