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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2201978

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2201978

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2201978
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. TAORMINA
Avocat requérantSELAS KAELIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2022, M. B A, représenté par Me Bachir, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2022-126 du 14 février 2022 pris par le préfet des Alpes-Maritimes portant interdiction définitive de mise à disposition à fin d'habitation du logement lui appartenant, situé dans un immeuble en copropriété à Nice (06100), 3 avenue Gilly, cadastré LN 187, lot n° 38, dans un délai de six mois, avec obligation de faire une offre de relogement à l'occupant dans un délai de trois mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- s'il a été informé du rapport des inspecteurs, il n'a pas été invité à être présent lors des visites des inspecteurs et n'a donc pas été informé en temps utile des motifs conduisant à envisager de mettre en œuvre la police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations, ni des mesures susceptibles d'être prises ; il n'a pas non plus été informé de la possibilité d'être accompagné d'un conseil juridique ou technique ; dès lors, il sera constaté que le principe du contradictoire n'a pas été pleinement appliqué, le privant d'une garantie ;

- contrairement à ce qu'affirment les inspecteurs, le locataire, n'a formulé aucune réclamation et affirme avoir été " harcelé " par les inspecteurs ; les inspecteurs ont procédé à des visites malgré l'opposition du locataire, sans requérir l'autorisation du juge de la liberté et de la détention, privant ainsi le locataire mais aussi le propriétaire d'une garantie ;

- en méconnaissance de l'article L.511-8 du code de la construction et de l'habitation, aucun rapport n'a été établi par le directeur général de l'agence régionale de la santé ou le directeur du service communal d'hygiène et de santé, seul un rapport signé par les inspecteurs ayant été établi.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2023, le préfet des Alpes-Maritimes (agence régionale de santé) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le principe du contradictoire a été respecté ;

- le locataire est à l'origine de la procédure ;

- en application de l'article L.511-8 du code de la construction et de l'habitation, le rapport peut également être établi par le directeur du service communal d'hygiène et de santé.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la construction et de l'habitation.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 juin 2024 :

- le rapport de M. Taormina, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Beyls, rapporteur public, M. A et le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présents, ni représentés.

Considérant ce qui suit ;

1. M. B A est propriétaire d'un bien immobilier situé à Nice, 3 avenue Gilly, dans l'ensemble immobilier en copropriété dénommé Villa Saint Pierre, actuellement donné à bail. Suite à une visite des inspecteurs du service communal d'hygiène et de santé de Nice qui a eu lieu les 11 juin et 23 juillet 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a, par arrêté n° 2022-126 du 14 février 2022, fait interdiction définitive à M. A qui en demande l'annulation, de mettre à disposition à fin d'habitation ledit logement lui appartenant.

2. En premier lieu, aux termes du code des relations entre le public et l'administration : " Art. L.121-1. - Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L.211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. Art. L.121-2. - Les dispositions de l'article L.121-1 ne sont pas applicables :/ 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ;/ Art. L.122-1. - Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales Art. L.211-2. - doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ;/ ".

3. Il résulte de l'instruction, que par courrier recommandé avec accusé de réception du 20 décembre 2021, M. A a été destinataire du rapport d'enquête du 30 juillet 2021, informé qu'une procédure allait être engagée à son encontre au titre du code de la santé publique concernant le bien donné en location dont il est propriétaire, et invité à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. Par courrier du 24 décembre 2021, puis par un courrier recommandé du 3 janvier 2022, M. A a formulé ses observations à la suite desquelles a été pris l'arrêté préfectoral querellé du 14 février 2022 notifié à l'intéressé le 21 février suivant. M. A a également été reçu par les inspecteurs de la salubrité le 5 janvier 2022. Dès lors, le moyen tiré du non-respect du caractère contradictoire de la procédure manque en fait et doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, M. A ne conteste pas utilement que c'est à la demande de son locataire, que les inspecteurs du service communal d'hygiène et de santé ont effectué un contrôle d'habitabilité du logement et aucune autorisation préalable à la visite des lieux par le juge des libertés et de la détention n'était nécessaire, dès lors que cette visite a eu lieu entre 6h00 et 21h00 en présence du locataire qui ne s'y est pas opposé. Par suite, les moyens formulés à ces titres doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L.511-8 du code de la construction et de l'habitation : " La situation d'insalubrité mentionnée au 4° de l'article L.511-2 est constatée par un rapport du directeur général de l'agence régionale de santé ou, par application du troisième alinéa de l'article L.1422-1 du code de la santé publique, du directeur du service communal d'hygiène et de santé, remis au représentant de l'Etat dans le département préalablement à l'adoption de l'arrêté de traitement d'insalubrité./ Les autres situations mentionnées à l'article L.511-2 sont constatées par un rapport des services municipaux ou intercommunaux compétents, ou de l'expert désigné en application de l'article L.511-9 ".

6. Dès lors, le directeur du service communal d'hygiène et de santé avait compétence en l'espèce, pour signer le rapport constatant l'insalubrité de l'immeuble de M. A. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

7. Compte tenu de tout ce qui précède, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n° 2022-126 du 14 février 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a fait interdiction définitive de mettre à disposition à fin d'habitation du logement lui appartenant, doivent être rejetées, ensemble ses conclusions formulées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre du travail de la santé et des solidarités.

Copie sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et à l'agence régionale de santé Provence Alpes Côte d'Azur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

signé

G. Taormina

La greffière,

signé

S. Genovese

La République mande et ordonne à la ministre du travail de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

N°2201978

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