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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2202293

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2202293

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2202293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantJEAN-JOEL GOVERNATORI AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 mai et 19 décembre 2022,

Mme C D, représentée par Me Governatori, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2021 par lequel le maire d'Antibes Juan-les-Pins s'est opposé à la déclaration préalable de travaux qu'elle a déposée en vue de la modification de la toiture du bâtiment situé sur la parcelle cadastrée section BN n° 258, ensemble la décision du 17 mars 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire d'Antibes Juan-les-Pins de statuer à nouveau sur sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Antibes la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 13 décembre 2021 a été pris par une autorité incompétente ;

- le motif de refus tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme méconnaît les dispositions de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 152-4 du code de l'urbanisme ;

- le motif de refus tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 11.3 du règlement du plan local d'urbanisme méconnaît les dispositions de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2022, la commune d'Antibes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Soler, assesseure,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- et les observations de Me Governatori, représentant Mme D et de Mme E, représentant la commune d'Antibes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D est propriétaire de la parcelle cadastrée section BN n° 258 située sur le territoire de la commune d'Antibes Juan-les-Pins. Elle a déposé, le 15 octobre 2021, une déclaration préalable de travaux en vue de la modification de la toiture du bâtiment situé sur cette parcelle. Par un arrêté du 13 décembre 2021, le maire d'Antibes s'est opposé à cette déclaration préalable. Par un courrier, reçu le 9 février 2022 par la commune, elle a formé un recours gracieux contre cet arrêté, rejeté par une décision du 17 mars 2022. Par sa requête, Mme D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2021, ensemble la décision du 17 mars 2022 rejetant son recours gracieux.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. A B, adjoint délégué à l'urbanisme et aux paysages urbains. Par un arrêté n° 1238/20 en date du 27 mai 2020, affiché en mairie et réceptionné en préfecture le même jour et publié au recueil des actes administratifs n° 2020/05 de la commune, le maire d'Antibes Juan-les-Pins lui a donné délégation à l'effet de signer tous les actes relatifs aux autorisations d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme dans sa rédaction applicable au litige : " En cas de reconstruction, la hauteur maximale ne pourra dépasser celle du bâtiment préexistant. / La surélévation des constructions existantes est interdite quel que soit le point de référence. / () ". Et aux termes de l'article 8.5 des dispositions générales : " () / 5. La hauteur exprimée en fonction de l'existant / La hauteur maximale des constructions en cas de reconstruction ne pourra dépasser la hauteur du bâtiment préexistant quel que soit les points hauts et bas de référence (égout, faîtage, niveau existant du trottoir) ". D'autre part, aux termes de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme : " Les règles et servitudes définies par un plan local d'urbanisme : / 1° Peuvent faire l'objet d'adaptations mineures rendues nécessaires par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes ; / 2° Ne peuvent faire l'objet d'aucune autre dérogation que celles prévues par les dispositions de la présente sous-section ". Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande d'autorisation d'urbanisme, de déterminer si le projet qui lui est soumis ne méconnaît pas les dispositions du plan local d'urbanisme applicables, y compris telles qu'elles résultent le cas échéant d'adaptations mineures, comme le prévoient les dispositions citées au point précédent, lorsque la nature particulière du sol, la configuration des parcelles d'assiette du projet ou le caractère des constructions avoisinantes l'exige.

4. En l'espèce, la requérante soutient que le maire aurait irrégulièrement omis de faire application des dispositions de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme en lui opposant le motif de refus tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme. D'une part, alors que ces dispositions prohibent la surélévation des constructions existantes, le projet en litige prévoit une augmentation de 12,77 % de la hauteur du faîtage et de 10 % de la hauteur à l'égout. Ces écarts présentent un caractère mineur au sens des dispositions de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme. D'autre part, si la requérante fait valoir, pour justifier l'adaptation de la règle de hauteur, que celle-ci est rendue nécessaire par l'obligation de rendre décents les logements situés au sein du bâtiment, une telle problématique, qui relève de considérations étrangères au droit de l'urbanisme, ne peut justifier une adaptation de la règle de hauteur. De même, si elle fait valoir qu'il s'agit de la seule solution technique de nature à préserver le bâtiment, identifié comme un immeuble de grand intérêt patrimonial au sein du site patrimonial remarquable de la commune, cette problématique, qui se rattache à une législation indépendante de celle du code de l'urbanisme, ne relève pas de la nature particulière du sol, de la configuration des parcelles d'assiette du projet ou du caractère des constructions avoisinantes et ne peut davantage justifier une adaptation de la règle méconnue. Dès lors, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le motif de refus tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme et par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 152-4 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire peut, par décision motivée, accorder des dérogations à une ou plusieurs règles du plan local d'urbanisme pour permettre : / () / 2° La restauration ou la reconstruction d'immeubles protégés au titre de la législation sur les monuments historiques, lorsque les contraintes architecturales propres à ces immeubles sont contraires à ces règles ; / () ".

6. A supposer que ces dispositions soient applicables aux projets soumis à déclaration préalable de travaux, il ressort de la lecture du dossier joint à la déclaration préalable, que la requérante a entendu solliciter le bénéfice d'une dérogation au règlement du site patrimonial remarquable. Or, il ressort de la lecture de la décision attaquée, que le maire d'Antibes Juan-les-Pins n'a pas entendu s'opposer au projet en litige pour le motif tiré de la méconnaissance de ce règlement, mais pour celui tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait sollicité le bénéfice d'une dérogation à ces dispositions. En tout état de cause, ne ressort pas des pièces du dossier que le projet en litige porterait sur un immeuble protégé au titre de la législation sur les monuments historiques, de sorte que la requérante ne peut se prévaloir des dispositions du 2° de l'article L. 152-4 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire d'Antibes aurait irrégulièrement omis de faire application de ces dispositions doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme dans sa rédaction applicable au litige : " () / 11.3. Toiture des bâtiments / Ses caractéristiques devront correspondre à : / () / tabatières sont acceptables dans la limite d'une pour chaque pan de toiture, avec pose encastrée, de petite dimension (50 x 70 cm maximum), / () ".

8. La requérante soutient que le maire aurait irrégulièrement omis de faire application des dispositions de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme en lui opposant le motif de refus tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 11.3 du règlement du plan local d'urbanisme.

9. Toutefois et d'une part, alors que ces dispositions limitent la réalisation des tabatières sur les toitures à une par pan d'une dimension maximale de 50x70 centimètres, le projet en litige en prévoit deux sur le même pan, soit une augmentation de 100%, et d'une dimension de 58x78 centimètres, soit une augmentation de 16 % en largeur et 11,43 % en hauteur. Ces écarts ne présentent pas un caractère mineur au sens des dispositions de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme. D'autre part, si la requérante fait valoir, pour justifier l'adaptation de la règle imposée par les dispositions précitées, que celle-ci est rendue nécessaire par les nécessités de ventilation et d'éclairage des parties de circulation de l'immeuble, une telle problématique, à la supposer établie, relève de considérations étrangères au droit de l'urbanisme et ne peut justifier une telle adaptation. De même, si elle fait valoir que l'implantation de deux tabatières correspond à l'existant et vise à s'harmoniser avec les structures avoisinantes, il ne ressort pas des pièces du dossier que le bâtiment actuel comporterait deux tabatières aux mêmes emplacements, ni que le caractère des constructions avoisinantes rendrait indispensable cette double implantation, de sorte que de telles circonstances ne peuvent davantage justifier une adaptation de la règle méconnue. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le motif de refus tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 11.3 du règlement du plan local d'urbanisme méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme et par suite, ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la commune d'Antibes.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Soler, première conseillère,

M. Bulit, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SOLER

Le président,

Signé

G. TAORMINALe greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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