Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2202649
lundi 9 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2202649 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M. FAY |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 mai et 12 décembre 2022, Mme A C doit être regardée comme demandant au tribunal :
* d'annuler la décision en date du 5 avril 2022 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;
* d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à un réexamen de son dossier.
Mme C doit être regardée comme soutenant que la commission de médiation des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.
Par mémoire, enregistrée le 6 décembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'une proposition de logement de type T4 a été faite à la requérante le 13 janvier 2020 qui l'a refusé au motif qu'il était trop petit, humide et insalubre.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de la construction et de l'habitation ;
* le code de la sécurité sociale ;
* la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009 de mobilisation pour le logement et la lutte contre l'exclusion ;
* le code de justice administrative.
Vu la décision de la présidente de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;
* les observations de Mme C et de Mme B, pour le préfet des Alpes-Maritimes. A la barre, la requérante remet un dossier contenant plusieurs documents médicaux et relatifs à la surface de son logement.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a saisi la commission de médiation des Alpes-Maritimes en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation pour logement non décent en étant en situation de handicap, avec une personne handicapée à charge ou un enfant mineur à charge, être dans un logement sur-occupé en étant en situation de handicap, avec une personne handicapée à charge ou un enfant mineur à charge et être dans l'attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. La commission a rejeté cette demande par une décision en date du 5 avril 2022 au motif que si la requérante déclare son logement non-décent, elle ne justifie pas de démarches récentes engagées auprès des autorités compétentes, que si Mme C déclare son logement sur-occupé, elle ne justifie pas de sa surface habitable effectuée par un métreur agréé et ce malgré l'appel de pièces en date du 6 janvier 2022, qu'elle ne justifie pas d'une demande de logement social déposée et renouvelée régulièrement depuis 45 mois, que l'intéressée a refusé en janvier 2020 une proposition de logement social de type 4 au motif de l'absence d'ascenseur, qu'une offre de logement adapté a ainsi été faite à la requérante qui l'a refusé et que Mme C n'a pas produit, dans le délai fixé la copie du bail, la dernière quittance de loyer et le justificatif de paiement de la pension d'invalidité sur les trois derniers mois nécessaires à l'instruction de sons recours, demandés par courrier en date du 6 janvier 2022. Mme C doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision de la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en date du 5 avril 2022.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision en date du 5 avril 202Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " et aux termes du premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est () logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap () " Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département () / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / () -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; / () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. " En application des dispositions de l'article R. 822-25, le logement doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus.
3. Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes tendant à être déclaré prioritaire et devant être logé d'urgence relèvent du contentieux de l'excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un recours formé à l'encontre d'une décision de la commission de médiation refusant à un demandeur de le reconnaître prioritaire pour l'accès à un logement décent et indépendant dans le cadre du droit garanti par l'État selon les dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, d'apprécier l'urgence et le caractère prioritaire de la demande de logement à la date de la décision attaquée.
4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation que l'appartenance à l'une des catégories mentionnées par la loi ne suffit pas à elle seule à rendre éligible la demande de logement. Il faut également que la situation du demandeur présente un caractère d'urgence sur lequel la commission de médiation dispose d'un large pouvoir d'appréciation. Pour apprécier ce caractère d'urgence, la commission de médiation doit se fonder sur tous les éléments relatifs à la situation du demandeur.
5. Mme C soutient que les cinq membres qui composent la cellule familiale occupent un logement d'une surface de 30 mètres carrés, qu'elle est en situation de handicap ainsi que sa fille de 6 ans, que son fils souffre d'asthme et que, le logement étant situé au 3ème étage sans ascenseur, elle ne peut plus accompagner ses enfants à l'école en raison de sa santé fragile et de son invalidité et que, menacée et en danger avec ses enfants elle n'est plus en sécurité. Au soutien de ses allégations, la requérante produit, le contrat de location en date du 17 décembre 2014 entre la requérante et l'office public de l'habitat de Nice et des Alpes-Maritimes, Côte d'Azur habitat indiquant une surface habitable de 35 mètres carrés ainsi qu'un document intitulé " décompte du prix du loyer " daté du 23 décembre 2014 indiquant une surface réelle de 35 mètres carrés et une surface utile de 33,50 mètres carrés, plusieurs certificats médicaux attestant que la requérante est atteinte d'une maladie chronique et invalidante entraînant une asthénie importante pour laquelle elle est suivie au centre hospitalier universitaire de Nice ainsi qu'une décision en date du 23 novembre 2021 de la maison départementale des personnes handicapées des Alpes-Maritimes attribuant à Mme C une allocation aux adultes handicapés valable du 1er avril 2021 au 31 mars 2023 pour un taux d'incapacité supérieur ou égal à 50 % et inférieur à 80 %. Il résulte de ces documents que la surface du logement occupé par Mme C est inférieure aux 43 mètres carrés prévus par les dispositions de l'article R. 822-25 pour une cellule familiale de cinq personnes, sans qu'il soit besoin que la requérante en justifie en recourant à un métreur agréé et qu'elle se trouve en situation de handicap reconnu par la maison départementale des personnes handicapées des Alpes-Maritimes. La circonstance que Mme C a refusé une proposition de logement en date du 13 janvier 2020, au demeurant pour un motif différent de celui mentionné dans la décision attaquée, est sans incidence dès lors qu'en défense il n'est ni démontré ni même allégué que la requérante aurait de ce fait perdu son droit au logement opposable. Dès lors, la situation de Mme C entre dans les prévisions des articles mentionnés au point 2 ci-dessus. Par suite la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de la reconnaître prioritaire et devant être logée d'urgence, la commission de médiation des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision de la commission de médiation des Alpes-Maritimes en date du 5 avril 202 doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction
7. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. "
8. Eu égard au motif d'annulation énoncé précédemment, le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Alpes-Maritimes procède à un réexamen du recours amiable de Mme C.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de médiation des Alpes-Maritimes en date du 5 avril 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à un nouvel examen du recours amiable de Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme A C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
signé
D. FAŸLa greffière,
signé
P. GODEAULa République mande et ordonne au ministre de transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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