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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2202679

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2202679

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2202679
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. A C, détenu, qui contestait un avertissement disciplinaire confirmé par le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille. Le requérant invoquait notamment l'absence d'identité de l'auteur du compte rendu d'incident et une violation du principe d'impartialité. Le tribunal a jugé que l'absence d'identité sur le compte rendu, en application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, est sans incidence sur la légalité de la sanction. Il a également estimé que la composition de la commission de discipline n'était pas irrégulière et que les faits étaient établis, écartant ainsi l'erreur d'appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2022, M. A C, représenté par Me Lendom, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 avril 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a confirmé l'avertissement prononcé à son encontre par le directeur de la maison d'arrêt de Grasse le 9 mars 2022 ;

2°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire d'effacer de son dossier toute mention de cet avertissement prononcé à son encontre le 9 mars 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Le requérant soutient que :

- le compte rendu d'incident, sur le fondement duquel ont été engagées les poursuites disciplinaires qui ont abouti à la sanction litigieuse prononcée à son encontre, ne comporte pas l'identité et la qualité de son auteur en méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, et par conséquent, il n'est pas non plus établi que l'auteur de ce compte rendu d'incident n'aurait pas également été le rédacteur du rapport d'enquête du 30 décembre 2021 et qu'il n'aurait pas siégé lors de la commission de discipline du 9 mars 2022 en méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale ;

- la décision attaquée méconnaît le principe de valeur constitutionnelle du respect des droits de la défense et le principe d'impartialité garantis par les stipulations des articles 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la matérialité des faits qui ont fait l'objet de la sanction litigieuse n'est pas établie ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Le ministre fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution, et notamment son préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code pénitentiaire ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- et les conclusions de M. Combot, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, M. A C, incarcéré à la maison d'arrêt de Grasse entre le 18 mai 2021 et le 28 juillet 2022, demande au tribunal d'annuler la décision du 27 avril 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a confirmé l'avertissement prononcé à son encontre par le directeur de la maison d'arrêt de Grasse le 9 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. Si des motifs intéressant la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté ".

3. Si les dispositions citées au point précédent sont applicables à toutes les procédures dans le cadre desquelles un agent est chargé du traitement d'une affaire, y compris les procédures disciplinaires, leur méconnaissance est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision prise, au terme de la procédure, par l'autorité administrative compétente. De la même manière, la circonstance que l'administration pénitentiaire ne justifierait pas des motifs l'ayant conduit à user de la faculté dont elle dispose de rendre anonyme le compte rendu d'incident est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

4. En l'espèce, il résulte du principe énoncé au point précédent que la circonstance alléguée par le requérant selon laquelle le compte rendu d'incident sur le fondement duquel ont été engagées les poursuites disciplinaires qui ont abouti à la sanction litigieuse prononcée à son encontre ne comporte pas l'identité et la qualité de son auteur est sans incidence sur la légalité de cette décision. Il en va de même de la circonstance selon laquelle l'administration pénitentiaire ne justifie pas des motifs l'ayant conduit à user de la faculté dont elle dispose de rendre anonyme ce compte rendu d'incident. Par suite, le moyen invoqué en ce sens par le requérant doit être écarté dans ses deux branches.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale, alors applicable : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le compte rendu d'incident du 29 décembre 2021 a été rédigé par le surveillant portant le matricule n°14690, alors que l'assesseur pénitentiaire qui a siégé lors de la commission de discipline du 9 mars 2022 portait le matricule n°14372. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale manque en fait et doit, par suite, être écarté.

7. En troisième lieu, si le requérant soutient qu'il n'est pas établi que l'auteur du compte rendu d'incident du 29 décembre 2021 n'aurait pas également été le rédacteur du rapport d'enquête du 30 décembre suivant, il n'invoque à l'appui d'une telle allégation la méconnaissance d'aucun principe ni d'aucune disposition législative ou réglementaire. En tout état de cause, il est constant que le compte rendu d'incident du 29 décembre 2021 a été rédigé par un surveillant pénitentiaire, portant le matricule n°14690, alors que ledit rapport d'enquête a été rédigé par M. B E, capitaine pénitentiaire. Dans ces conditions, le moyen invoqué en ce sens par le requérant doit également être écarté.

8. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 : " Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de constitution ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial établi par la loi, qui décidera soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ". En outre, aux termes de l'article R. 57-7-5 du code de procédure pénale, alors applicable au litige : " Pour l'exercice de ses compétences en matière disciplinaire, le chef d'établissement peut déléguer sa signature à son adjoint, à un fonctionnaire appartenant à un corps de catégorie A ou à un membre du corps de commandement du personnel de surveillance placé sous son autorité. / () ". Aux termes de l'article R. 57-7-6 de ce même code et applicable au litige : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article R. 57-7-7 du même code et applicable au litige : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative ". Enfin aux termes l'article R. 57-7-15 du même code, dans sa rédaction alors applicable au litige : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. Les poursuites disciplinaires ne peuvent être exercées plus de six mois après la découverte des faits reprochés à la personne détenue ".

9. En l'espèce, d'une part, eu égard à la nature et au degré de gravité des sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues, qui n'ont, par elles-mêmes, pas d'incidence sur la durée des peines initialement prononcées, celles-ci ne constituent pas des accusations en matière pénale au sens des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, si les sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues peuvent entraîner des limitations de leurs droits et doivent être regardées de ce fait comme portant sur des contestations sur des droits à caractère civil au sens des stipulations du paragraphe 1 de l'article 6, la nature administrative de l'autorité prononçant ces sanctions fait obstacle à ce que ces stipulations soient applicables à la procédure disciplinaire dans les établissements pénitentiaires. Par suite, M. C ne saurait utilement invoquer, à l'encontre de la décision attaquée, la méconnaissance des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. D'autre part, la circonstance que le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, sur la base du rapport d'enquête rédigé à la suite du compte rendu d'incident et en application de l'article R. 57-7-15 précité du code de procédure pénale, l'opportunité de poursuivre la procédure disciplinaire puis prononce le cas échéant, en tant que président de la commission de discipline et en vertu de l'article R. 57-7-7 du même code, les sanctions disciplinaires retenues contre la personne détenue, ne méconnaît ni le principe de valeur constitutionnelle du respect des droits de la défense ni le principe général du droit d'impartialité, applicables en matière de procédures administratives disciplinaires. Par suite, en l'espèce, la circonstance que M. D ait décidé d'engager les poursuites sur la base du rapport d'enquête rédigé le 30 décembre 2021 par M. B E puis qu'il ait présidé la commission de discipline du 9 mars 2022, ne méconnaît aucun des deux principes susmentionnés.

11. Il résulte ainsi de ce qui a été dit aux points 9 et 10 du jugement que le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les principes du respect des droits de la défense d'impartialité garantis par les stipulations des articles 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. En cinquième lieu, et d'une part, en se bornant à soutenir que les faits décrits dans le rapport d'indicent du 29 décembre 2021 ayant donné lieu à l'engagement de poursuites disciplinaires et à la décision de sanction litigieuse prononcée à son encontre font suite à une intervention inadaptée et illégitime ainsi qu'à une insuffisance professionnelle du surveillant, auteur dudit rapport, le requérant ne saurait être regardé comme contestant utilement la matérialité des faits qui lui sont reprochés. D'autre part, la circonstance que ce compte-rendu d'incident mentionne l'existence d'antécédents similaires s'agissant du requérant alors qu'il avait été relaxé dans le cadre d'une précédente procédure disciplinaire ne saurait remettre en cause la matérialité des faits incriminés en l'espèce. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait été prise sur le fondement de faits matériellement inexacts.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, alors applicable au litige : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement () ".

14. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

15. En l'espèce, et d'une part, il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement du compte-rendu d'incident du 29 décembre 2021 et du rapport d'enquête du 30 décembre suivant, que M. C a proféré des insultes à l'encontre d'un surveillant de la maison d'arrêt de Grasse alors que ce dernier lui avait refusé l'accès à la douche. La circonstance que ces faits font suite à une intervention inadaptée et illégitime ainsi qu'à une insuffisance professionnelle du surveillant à l'encontre duquel l'intéressé a proféré ces insultes, à supposer d'ailleurs que cela soit établi, ne saurait permettre de regarder la sanction litigieuse comme étant entaché d'une erreur d'appréciation. D'autre part, un simple avertissement n'apparait pas, eu égard aux faits incriminés, comme étant disproportionné. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 avril 2022 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille. Par suite, les conclusions présentées en ce sens par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par ce dernier doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que M. C demande au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions présentées par ce dernier sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Lendom et au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Copie en sera adressée au directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère,

Assistés de Mme Suner, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2202679

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