mercredi 17 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2202703 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er juin 2022, M. D C, représenté par Me Lagardère, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision implicite du 22 mai 2022 par laquelle le directeur de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) a implicitement refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil avec effet rétroactif au 1er mars 2022 ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Par une ordonnance du 16 février, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 mars 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code des relations entre le public et l'administration
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative ;
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 27 mars 2024 le rapport de Mme Pouget.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant ukrainien né en 1987, a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile le 1er mars 2022. Par une décision du même jour remise en main propre, il s'est vu refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier réceptionné par les services de l'OFII le 22 mars 2022, il a sollicité le rétablissement de ces conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision implicite de rejet né du silence de l'OFII.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". En l'absence d'urgence et de preuve du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait sollicité la communication des motifs de la décision attaquée en application des dispositions précitées. Le moyen tiré du défaut de motivation de ladite décision doit dès lors être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est vu notifier le 15 mai 2019, lors de sa première demande d'asile, une offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil comportant les informations nécessaires ainsi que celles concernant la possibilité de se voir retirer ou refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au titre de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette offre de prise en charge a été acceptée comme comprise par le requérant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines () "
8. Il ressort des pièces du dossier que lors de l'enregistrement de sa demande de réexamen le 1er mars 2022, le requérant a fait l'objet d'une nouvelle évaluation de sa vulnérabilité et de celle de son foyer.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ".
10. Il est constant que M. C a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile le 1er mars 2022. Il se trouvait donc dans le cas, prévu au 3° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, où l'OFII peut refuser d'accorder les conditions matérielles d'accueil. M. C, qui soutient que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte dans le cadre de la décision lui refusant l'octroi des conditions matérielles d'accueil, fait valoir qu'il a eu un nouvel enfant et qu'il est sans ressources sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a bénéficié d'une évaluation de sa vulnérabilité le jour même de l'enregistrement de sa demande de réexamen, puis le 15 juin 2022, et que ces évaluations n'ont pas mis en évidence de facteur particulier de vulnérabilité. Si M. C se prévaut de l'absence de prise en compte de l'agrandissement de son foyer résultant de la naissance d'un nouvel enfant le 23 juillet 2021, il ressort de la notification de refus des conditions matérielles d'accueil, délivrée en main propre le 1er mars 2022, que la naissance de cet enfant a bien été prise en compte par l'OFII. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées doivent être écartés.
11. En cinquième et dernier lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision attaquée des dispositions de la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors qu'à la date de ladite décision, cette directive avait été transposée en droit interne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cette directive ne peut qu'être écarté comme inopérant.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son sa demande dirigée contre la décision 1er mars 2022 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. C est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Pouget, présidente,
Mme A, première-conseillère ;
Mme Chaumont, première conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.
La présidente,
signé
M. POUGET
L'assesseure la plus ancienne,
signé
V. A
La greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation la greffière
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