jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2202856 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DEMES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 juin 2022 et 1er décembre 2022, M. A D, représenté par Me Jacquemin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2021 par lequel le maire de La Trinité a retiré pour fraude le permis de construire qui lui avait été délivré le 14 juin 2017 en vue de la restauration de quatre bâtiments existants et la réhabilitation d'une ruine sur les parcelles cadastrées section AL n°s 42, 43, 44, 45 et 46, situées 203 route de Laghet, ensemble la décision datée du 22 avril 2022 par laquelle le maire de la commune a rejeté le recours gracieux qu'il avait formé contre cet arrêté du 23 décembre 2021 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de La Trinité la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- l'arrêté du 23 décembre 2021 a été signé par une autorité incompétente ;
- ledit arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire et l'a privé d'une garantie en ce que ne lui a pas été adressée, préalablement, une copie des éléments qui ont été adressés à la commune le 21 octobre 2021 par M. C et M. B, cohéritiers de la succession de M. E ;
- le permis de construire qui lui a été accordé le 14 juin 2017 n'étant pas entaché de fraude, l'arrêté attaqué du 23 décembre 2021 portant retrait de ce permis de construire est, dès lors, entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2022, la commune de La Trinité, prise en la personne de son maire en exercice, conclut au rejet de la requête dès lors qu'aucun des moyens présentés par le requérant au soutien de ses conclusions à fin d'annulation n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024 :
- le rapport de M. Holzer,
- les conclusions de M. Combot, rapporteur public,
- et les observations de Me Bessis-Osty, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. Par sa requête, M. D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de La Trinité a retiré pour fraude le permis de construire qui lui avait été délivré le 14 juin 2017 en vue de la restauration de quatre bâtiments existants et la réhabilitation d'une ruine sur les parcelles cadastrées section AL n°s 42, 43, 44, 45 et 46, situées 203 route de Laghet, ensemble la décision datée du 22 avril 2022 par laquelle le maire de la commune de La Trinité a rejeté le recours gracieux qu'il avait formé contre cet arrêté du 23 décembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le cadre du litige :
2. Lorsqu'une autorité administrative est saisie d'un recours gracieux contre une décision non créatrice de droits, cette même autorité est tenue d'appliquer les circonstances de droit et de fait existantes à la date à laquelle elle se prononce sur ce recours. Une décision portant refus de délivrer une autorisation d'urbanisme ne constitue pas une décision créatrice de droits au profit de son pétitionnaire.
3. En l'espèce, il résulte du principe énoncé au point précédent que la légalité des décisions attaquées doit s'apprécier au regard des circonstances de droit et de fait existantes à la date de la décision par laquelle le maire de La Trinité a rejeté le recours gracieux de M. D, à savoir le 22 avril 2022.
En ce qui concerne les moyens invoqués par le requérant :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. / () ". En outre, aux termes de l'article R. 423-1 du même code : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / () ". Aux termes de l'article R. 431-5 de ce même code : " La demande de permis de construire précise : / a) L'identité du ou des demandeurs, qui comprend son numéro SIRET lorsqu'il s'agit d'une personne morale en bénéficiant et sa date de naissance lorsqu'il s'agit d'une personne physique ; / () La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R*423-1 pour déposer une demande de permis ". Enfin, aux termes du dernier alinéa de l'article A. 424-8 de ce même code : " Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ".
5. Il résulte des dispositions précitées du code de l'urbanisme que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire indiquant qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 précité. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle demande vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif. La fraude est caractérisée lorsqu'il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a eu l'intention de tromper l'administration sur sa qualité pour présenter la demande d'autorisation d'urbanisme. En outre, si postérieurement à la délivrance du permis de construire, l'administration a connaissance de nouveaux éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de sa décision, elle peut légalement procéder à son retrait sans condition de délai.
6. D'autre part, il résulte des mêmes dispositions citées au point 4 de ce jugement qu'une demande d'autorisation d'urbanisme concernant un terrain soumis au régime juridique de la copropriété peut être régulièrement présentée par son propriétaire, son mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par lui à exécuter les travaux, alors même que la réalisation de ces travaux serait subordonnée à l'autorisation de l'assemblée générale de la copropriété, une contestation sur ce point ne pouvant être portée, le cas échéant, que devant le juge judiciaire. Une contestation relative au défaut d'autorisation des travaux par l'assemblée générale de la copropriété ne saurait caractériser une fraude du pétitionnaire visant à tromper l'administration sur la qualité qu'il invoque à l'appui de sa demande d'autorisation d'urbanisme, l'absence d'une telle autorisation comme un refus d'autorisation des travaux envisagés par l'assemblée générale étant, par eux-mêmes, dépourvus d'incidence sur la qualité du copropriétaire à déposer une demande d'autorisation d'urbanisme et ne pouvant être utilement invoqués pour contester l'autorisation délivrée.
7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 23 décembre 2021 se fonde sur la circonstance selon laquelle M. D, qui s'est déclaré, à tort, propriétaire de la parcelle cadastrée section AL n°43, ne justifiait d'aucun titre de propriété lui permettant de déposer, en son nom, le permis de construire qui lui a été délivré le 14 juin 2017 en vue de la restauration de quatre bâtiments existants et la réhabilitation d'une ruine lesquels étaient situés, pour partie, sur ladite parcelle. Toutefois, il est constant, tel que cela ressort des termes de la décision du 22 avril 2022 par laquelle le maire de La Trinité a refusé de retirer ledit arrêté du 23 décembre 2021 à la suite du recours gracieux formé par le requérant, que le maire s'est finalement fondé, pour maintenir l'arrêté de retrait attaqué et au regard des éléments apportés par le requérant dans le cadre de ce recours, sur la circonstance selon laquelle le permis de construire litigieux ne pouvait être délivré en l'absence d'accord de l'ensemble des copropriétaires de la parcelle cadastrée section AL n°43, reconnaissant ainsi la qualité de copropriétaire au requérant. Dans ces conditions, le motif de retrait pour fraude invoqué dans l'arrêté du 23 décembre 2021 tiré de ce que le requérant ne justifiait pas de sa qualité de propriétaire de la parcelle cadastrée section AL n°43 doit être regardé comme manquant en fait.
8. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la parcelle cadastrée litigieuse section AL n°43 est placée sous le régime de la copropriété. Or, il résulte du principe énoncé au point 6 de ce jugement que le seul défaut d'autorisation des travaux par l'assemblée générale de la copropriété n'est pas susceptible, par elle-même, de caractériser une fraude visant à tromper l'administration sur la qualité invoquée à l'appui de la demande de permis de construire, contrairement à ce qu'a soutenu la commune de La Trinité dans sa décision du 22 avril 2022.
9. Il résulte alors de ce qui précède et dès lors, ainsi qu'il l'a été dit, que les autorisations d'urbanisme sont délivrées sous réserve des droits des tiers, que M. D est fondé à soutenir qu'en l'absence de fraude le maire de La Trinité ne pouvait procéder au retrait du permis de construire qui lui avait été délivré le 14 juin 2017 sans entacher une telle décision de retrait d'une erreur de droit. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté du 23 décembre 2021, ainsi que la décision du 22 avril 2022 portant rejet de son recours gracieux, sont entachés d'illégalité et doivent ainsi être annulés.
10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués par le requérant n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation des décisions attaquées.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de La Trinité une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 23 décembre 2021 du maire de la commune de La Trinité et la décision du 22 avril 2022 portant rejet du recours gracieux formé par M. D à l'encontre de ce même arrêté sont annulés.
Article 2 : La commune de La Trinité versera à M. D une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la commune de La Trinité.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
M. Holzer, conseiller,
Mme Cueilleron, conseillère.
Assistés de Mme Martin, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
M. Holzer
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière
N°2202856
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026