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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2203203

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2203203

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2203203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M.Myara
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 juin 2022 et les 21 et 25 octobre 2022, M. A B, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 mai 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié l'ensemble des retraits de points affectant son permis de conduire et l'interdiction de conduire ;

2°) d'annuler chacun des retraits de points irrégulièrement opérés ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points irrégulièrement retirés dans le délai d'un mois ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la constatation des infractions commises le 2 octobre 2020 à 8h01 et à 8h10 et le 4 avril 2021 ; il n' a pas signé les procès-verbaux et les deux premières infractions ont fait l'objet d'un recouvrement forcé de l'amende forfaitaire majorée.

- l'infraction du 6 août 2019 n'a fait l'objet d'aucune condamnation définitive.

Par un mémoire enregistré le 29 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 4 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du Tribunal administratif a désigné M. Myara, vice-président, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Myara, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis, le 6 août 2019, le 2 octobre 2020 à 8h01 et 8h10 et le 4 avril 2021, quatre infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de points affectés à son permis de conduire. Par une décision en date du 17 mai 2022, le ministre de l'intérieur a notifié à M. B le dernier retrait de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'il avait perdu le droit de conduire. M. B demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points ; celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'un amende forfaitaire ou l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par condamnation définitive ". Selon l'article R. 223-3 du même code : " () III.- Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ". En vertu des articles 529-2, 530 et 530-1 du code de procédure pénale, la contestation de l'amende forfaitaire prend la forme d'une requête auprès du ministère public, et celle de l'amende forfaitaire majorée d'une réclamation auprès de la même autorité, sur lesquelles, si elles sont recevables et si le ministère public n'abandonne pas les poursuites, il est statué par une juridiction pénale.

S'agissant des infractions commises le 2 octobre 2020 à 8h01 et 8h10

3. La délivrance, préalablement au règlement de l'amende, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une condition de la légalité des décisions de retrait de points. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. En vertu de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins soit que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet, soit qu'il démontre que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé, auquel cas la réception d'un avis d'amende forfaitaire majorée ne peut être regardée comme établie.

4. Il résulte notamment du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. B que les infractions commises le 2 octobre 2020 à 8h01 et à 8h10, ont été constatées au moyen d'un procès-verbal électronique sur lequel ne figure que l'information suivant laquelle cette infraction entraîne un retrait de trois points du permis de conduire, sans que soit mentionné le fait que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale vaut reconnaissance de la réalité de l'infraction et entraîne le retrait de point ni l'existence d'un traitement automatisé des retraits de points et la possibilité d'exercer un droit d'accès. En outre, ces infractions ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée le 5 février 2021. Le ministre a produit devant le tribunal administratif un historique des mouvements de paiement, duquel il ressort que M. B s'est acquitté de la totalité du montant de ces amendes auprès du centre d'encaissement des amendes. Toutefois la mention " AD-VIR SATD " située sur le bordereau produit par le requérant, établit que leur règlement est intervenu à la suite d'une saisie administrative à tiers détenteur à la date du 2 juillet 2021. Il suit de là, ainsi que le soutient M. B, que le paiement de ces deux amendes forfaitaires majorées est intervenu par la voie du recouvrement forcé et n'est, par suite, pas de nature à apporter la preuve de la réception des avis de paiement correspondants par l'intéressé.

S'agissant de l'infraction commise le 4 avril 2021 :

5. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire produit par l'administration, que l'infraction commise le 4 avril 2021 a été relevée au moyen d'un radar automatique, ainsi qu'il résulte de la mention "tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé)", et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Eu égard aux mentions dont le titre exécutoire d'amende forfaitaire est réputé être revêtu, l'administration doit ainsi être regardée comme s'étant acquittée de son obligation d'information préalable. Le pli contenant l'avis d'amende forfaitaire majorée a été présenté au domicile du requérant qui a été refusé par le destinataire. Par suite, le moyen tiré du défaut de délivrance de l'information préalable concernant l'infraction doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 6 août 2019 :

6. Il ressort des mentions probantes du relevé d'information intégral que M. B a fait l'objet d'une condamnation pénale prononcée le 23 avril 2021 par le tribunal de grande instance de Grasse, devenue définitive le 16 juillet 2021. Ainsi, la réalité de l'infraction du 6 août 2019 ayant été établie par une condamnation devenue définitive, le requérant ne saurait utilement soutenir qu'il n'a pas bénéficié, à l'occasion de cette infraction, de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 222-3 et R. 222-3 du code de la route, et il n'est pas davantage fondé à soutenir que la réalité de l'infraction ne serait pas caractérisée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation les deux décisions de retrait d'un point correspondant aux infractions commises le 2 octobre 2020 à 8h01 et 8h10. L'annulation du retrait de huit points n'a pas pour effet de rendre positif le solde de points de M. B, qui reste débiteur de 12 points, de sorte que les conclusions tendant à l'annulation de la décision 48 SI doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des huit points non attribués, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution et sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieures, prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières et réexamine la situation de M. B. Il y a en conséquence lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur qu'il rétablisse ces points dans la limite maximum du capital de points égal à douze et réexamine la situation du requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

--------------

Article 1 : Les décisions de retrait de points du capital affecté au permis de conduire de M. B prononcées à la suite des infractions commises le 2 octobre 2020 à 8h01 et à 8h10 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de rétablir dans le système automatisé relatif au permis de conduire de M. B le bénéfice de huit points retirés à la suite des deux infractions commises le 2 octobre 2020.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024

Le magistrat désigné,

signé

A. MYARALa greffière,

signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier.

N°2203203

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