vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2203605 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M.Myara |
| Avocat requérant | SCP A.B.C.G. (ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE ROMAND) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié l'ensemble des retraits de points affectant son permis de conduire ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le permis de conduire invalidé en reconstituant le capital de points, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que
- la décision en litige ne lui a pas été notifiée ;
- il n'a pas été informé des droits substantiels prévus par les articles L. 223-3 et R 223-3 du code de la route ;
- les infractions constatées ne sont pas établies.
Par une ordonnance du 11 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du Tribunal administratif a désigné M. Myara, vice-président, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Myara, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision 48SI en date du 27 mars 2022, le ministre de l'intérieur a notifié à M. B le dernier retrait de points consécutif à la dernière infraction, et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'il avait perdu le droit de conduire. M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de l'ensemble de ces décisions et du rejet implicite de son recours gracieux reçu par le ministre le 15 avril 2022.
En ce qui concerne le moyen tiré de la notification irrégulière de la décision 48 SI :
2. Les conditions de la notification au conducteur des décisions d'invalidation du permis de conduire ou de retrait de points ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Au demeurant, et en tout état de cause, il ressort du relevé d'information intégral du requérant en date du 11 octobre 2022 que la décision " 48 SI " lui a été adressée par courrier recommandé avec avis de réception, au 5 rue du chalet des roses à Nice (06000), sans que le requérant n'établisse ne pas résider à cette adresse à la date de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification de la décision 48 SI et des décisions de retrait de points successifs ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :
3. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".
4. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.
S'agissant des infractions commises les 28 octobre 2015 et 29 septembre 2016 :
5. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. B et des procès-verbaux des infractions commises les 28 octobre 2015 et 29 septembre 2016 que ce dernier s'est acquitté des amendes forfaitaires majorées correspondant à ces infractions, qui ont été constatées au moyen d'un formulaire conforme aux dispositions des articles A. 37 à A. 37-4 du code de procédure pénale. M. B s'est, dès lors, nécessairement vu remettre un avis de contravention comportant les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Faute pour lui de produire cet avis de contravention pour démontrer qu'il serait inexact ou incomplet, la preuve du respect de l'obligation d'information préalable doit être regardée comme apportée.
6. Il résulte en outre des procès-verbaux précités qui mentionnent les informations prévues par le code de la route, qu'ils ne comportent aucune réserve et font mention que le contrevenant a refusé de signer.
S'agissant de l'infraction commise le 6 septembre 2016 :
7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date par procès-verbal électronique, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.
8. Il résulte de l'instruction que l'infraction commise le 6 septembre 2016 a été constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé. M. B a pris connaissance des informations prévues aux articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route sous lesquelles il a apposé sa signature.
S'agissant des infractions commises les 5 octobre 2018, 12 septembre 2019 et 29 septembre 2019 :
9. Il résulte du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. B que les infractions commises les 5 octobre 2018, 12 septembre 2019 et 29 septembre 2019 ont été relevées par radar automatique et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. L'administration n'apporte toutefois aucun élément de nature à justifier que M. B se serait acquitté de ces amendes forfaitaires majorées ou se serait vu régulièrement notifier, à l'occasion de la commission de chacune des infractions en cause, un avis de contravention ou un avis d'amende forfaitaire majorée comportant l'ensemble des mentions requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Si le ministre fait valoir que le requérant a bénéficié des informations légales à l'occasion de l'infraction précitée du 6 septembre 2016, qui n'est pas récente, il est constant, ainsi qu'il vient d'être dit qu'aucune preuve n'est apportée devant le tribunal de ce que les informations relatives à la qualification des infractions constatées, ont été portées à la connaissance de M. B lors de la constatation, en dehors de sa présence, des infractions des 5 octobre 2018, 12 septembre 2019 et 29 septembre 2019. Par suite, même si le requérant a reçu lors de l'infraction déjà ancienne du 6 septembre 2016 des informations légalement requises, M. B est fondé à soutenir qu'il a été privé de la garantie prévue par la loi et les retraits de points afférents aux trois infractions en litige sont entachés d'illégalité, faute que soit établie la délivrance de l'information légalement requise sur la qualification de ces infractions.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :
10. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ".
11. Il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment intitulé "bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.
12. Si M. B se borne à soutenir que les infractions en litige n'ont donné lieu à aucune condamnation et qu'il a contesté auprès de différents officiers du ministère public les avis de contraventions ayant entraîné perte de points, il n'établit nullement l'existence de ces contestations et ne peut, par suite, utilement soutenir que les infractions ne seraient pas établies.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 5 octobre 2018, 12 septembre 2019 et 29 septembre 2019 doivent être annulées. Il ressort des mentions du relevé le capital de points du permis de conduire de M. B n'était pas nul à la date de la décision 48 SI du 27 mars 2022 invalidant le permis de conduire du requérant, qui doit par suite être également annulée. Ces annulations impliquent nécessairement, d'une part, que l'administration reconnaisse à M. B le bénéfice des points illégalement retirés dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution et sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieures, prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières, d'autre part que le ministre de l'intérieur prenne toutes mesures utiles pour que le titre de conduite de M. B lui soit restitué dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve que l'intéressé ne l'ait pas conservé et qu'il n'ait pas commis une ou plusieurs infractions ayant entraîné, postérieurement au dernier retrait de points pris en compte par la décision constatant la perte de validité de son permis, des retraits de points faisant obstacle à cette restitution. Il y a en conséquence lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à ces mesures dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État la somme que M. B demande au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.
D E C I D E :
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Article 1 : La décision 48 SI du 27 mars 2022, le rejet implicite du recours gracieux de M. B reçu le 15 avril 2022 et les décisions de retrait de points prises consécutivement aux infractions relevées les 5 octobre 2018, 12 septembre 2019 et 29 septembre 2019 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur, d'une part, de restituer à M. B les points illégalement retirés par les décisions annulées par l'article 1er ci-dessus, d'autre part, de prendre toutes mesures utiles pour que le titre de conduite de M. B lui soit restitué, dans les conditions rappelées au point 13, le tout dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
A. MYARALa greffière,
signé
S. GENOVESE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier.
N°2203605
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026